‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 153 sur 196 · SERVAN · texte numérisé non relu

SERVAN

mont soutint cette lutte avec un talent qui fut digne des louanges de la Harpe.

Beaumont est surtout célèbre par la défense des Calas et des Sirven, en faveur de qui Voltaire avait remué toute la France et toute l'Europe. Son mémoire pour la famille des Galas est faible et ressemble presque entièrement à celui de Loyseau de Mauléon. Le mémoire pour les Sirven est bien raisonné et fait avec âme; mais l'emphase et la déclamation y remplacent quelquefois l'éloquence.

Beaumont n'est pas dépourvu d'élégance dans le style; mais trop souvent il est lourd et verbeux; il manque fréquemment de goût, et ses mémoires sont farcis de pathos de collège. C'est ce que Voltaire et d'Alembert étaient obligés eux-mêmes de reconnaître, malgré toute leur amitié pour frère Beaumont *.

Servan (1737-1807), né dans le Dauphiné, y passa toute sa vie, et se fit de là connaître à toute la France comme un des meilleurs avocats du temps. C'est encore un imitateur des défauts de Jean-Jacques et de Diderot. Lui aussi il prodigue l'apostrophe et l'antithèse, les grands mots et les mouvements ambitieux.

Son coup d'essai fut son chef-d'œuvre. Nous voulons parler du plaidoyer connu sous le titre de Discours dans la cause d'une femme protestante (1767). Un protestant avait contracté un mariage suivant les lois de sa religion, qui n'étaient point reconnues par les lois du royaume, aux yeux desquelles ce mariage était nul. Quelques années après, il changea de religion pour pouvoir changer de femme. Servan se fit l'avocat de l'épouse abandonnée. En plaidant pour elle et pour toute la population protestante, il trouva dans son cœur généreux et dans sa conscience indignée des accents d'une véritable éloquence, et gagna sa cause, à l'universelle satisfaction.

Les philosophes essayèrent de tirer à eux cet avocat provincial qui venait de triompher avec tant d'éclat d'un abus consacré, et qui en avait ensuite attaqué hardiment plusieurs autres dans un Discours sur f administration de la justice criminelle. « Ce jeune magistrat, écrivait d'Alembert à Voltaire, sera une bonne acquisition pour la philosophie. » Voltaire, écrivant à Servan, l'encourage beaucoup à ne point tromper cet espoir ; et, déplorant l'état de la littérature, il ajoute : « Ce qui me console, c'est qu'il y a beaucoup de philosophie ; soyez toujours, monsieur, ma plus grande consolation. »

Servan sut assez bien résister à ces cajoleries. Il ne repoussa pas absolument les avances des philosophes, mais il ne leur sacrifia point la liberté de son esprit, et, tout en continuant à attaquer les abus, il se garda bien de saper les bases mômes de la société.

Tous les écrits de Servan sont ingénieux et piquants, mais aucun de

1 Voir lett. de Volt, h d'Alemb., 25 mars 1765, et lett. de d'Alemb. à Volt., 2J mars U65.

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