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choquant du noble et du familier bas, du sérieux et du bouffon; une gaieté quelquefois forcée, des traits qui visent trop à la caricature; enfin du mauvais goût. Ils n'en sont pas moins, pour l'ensemble, des chefs-d'œuvre de plaisanterie, de logique et d'éloquence.
Voltaire était tellement enchanté de la lecture de ces Mémoires qu'il fut un moment, dit-on, alarmé de la réputation qu'ils donnaient à l'auteur.
« J'ai lu tous les Mémoires de Beaumarchais, écrivait-il, et Je ne me suis jamais tant amusé. J'ai peur que ce brillant écervelé n'ait au fond raison contre tout le monde. Ces mémoires sont tout ce que j'ai jamais vu de plus singulier, de plus fort, de plus hardi, de plus comique, de plus intéressant, déplus humiliant pour ses adversaires. Il se bat contre dix ou douze personnes à la fois, et les terrasse comme Arlequin sauvage renversait une escouade du guet '. »
II disait, après avoir lu le quatrième Mémoire :
« J'en suis encore tout ému. Jamais rien ne m'a fait plus d'impression ; il n'y a point de comédie plus plaisante; point d'histoire mieux contée, et surtout point d'affaire épineuse mieux éclaircie. »
Enfin il ne se rassurait contre la vogne extraordinaire qu'obtenait Beaumarchais, qu'en se disant qu'il fallait encore plus d'esprit pour faire Zaire ou Mérope, que pour écrire ces Mémoires •prodigieusement spirituels.
Beaumarchais, auteur comique*, ne peut prétendre qu'au second rang, mais il a droit au premier dans l'éloquence judiciaire et oratoire.
Les ouvrages des jurisconsultes sont la principale source où les avocats doivent puiser leurs moyens les plus puissants. Il est donc naturel qu'après avoir parlé des avocats nous disions un mot, sinon de tous les jurisconsultes du dix-huitième siècle, au moins de celui qui s'est distingué par-dessus tous les autres, de Pothier.
PoTHiER (1709-1772) comptera toujours au nombre des plus grands jurisconsultes de la France.
Il avait fait ses études chez les jésuites, et avait cultivé avec goût la poésie ' et la géométrie avant de s'adonner passionnément à la science du droit, à laquelle il joignit létude de la théologie et delà morale puisées dans les sources les plus pures. Il fut reçu conseiller au Chàtelet d'Orléans en 1720, et nommé professeur de droit en 1749. Tous les moments qui n'étaient pas réclamés par ses fonc-
* Lettre à d'Argental, 30 déc. 1773.
- Voir pag. 308 et suiv.
3 « Il paraissait même dans sa conversation, dit l'auteur de l'Éloge imprimé en tête de ses œuvres, qu'il avait lu avec fruit les poètes latins; il se plaisait souvent à en rapporter des passages, et surtout de Juvénal, qui était son poète favori. »
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tions de magistrat, il les employait au travail du cabinet. Peu d'hommes furent aussi laborieux que lui, peu d'hommes accomplirent d'aussi grands travaux.
Pothier fut choisi par le chancelier d'Aguesseau pour réaliser le projet conçu depuis longtemps de faire une nouvelle collation des lois romaines, distribuées dans leur ordre naturel. 11 fit une révision complète du Digeste. Il rétablit la méthode qui manque dans la célèbre collection de l'empereur Justinien, par des notes appuyées de l'autorité de Cujas et des meilleurs interprètes, en concilia les contradictions réelles ou apparentes, en corrigea les leçons défectueuses, et la compléta en y insérant un grand nombre de lois du Code et des Novelles, et en ajoutant à son ouvrage les fragments qui nous restent de la loi des Douze Tables, avec divers morceaux tirés des Institutes de Gaius et des Fragments d'Ulpien, des Sentences de Paul et de quelques autres auteurs anciens.
Après vingt ans de travail, Pothier publia cette œuvre importante en 1748, en trois volumes in-folio, sous le titre de Fandectse justinianeœ in novum ordinem digeslx. Sa réputation fut aussitôt étabUe et son nom connu de tous les jurisconsultes de l'Europe.
Pothier joignait à la connaissance la plus profonde du droit romain celle des ordonnances de nos rois et des coutumes qui] formaient notre ancien droit français. C'est la réunion de toutes ces connaissances qui lui permit de publier avec tant de succès un si grand nombre de traités sur différentes parties de la jurisprudence, et ses fameuses Coutumes des duché, bailliage et prévôté d'Orléans.
Tous les ouvrages de Pothier respirent l'amour du bien. Jamais il n'envisage les questions qu'il traite sous le rapport du droit positif qu'après les avoir considérées sous celui du for intérieur. Ses nombreux traités sont moins le recueil de ce que les lois o.ffrent de positif que le développement des conséquences nécessaires qui découlent des notions du juste et de l'injuste. Aussi ont-ils mérité de devenir la source de la nouvelle législation de la France : les rédacteurs du Code civil ont conservé jusqu'à ses expressions, surtout dans la matière des obligations et des contrats, la partie la mieux faite du code français.
Pothier est un jurisconsulte irréprochable, un moraliste parfait, parce qu'il fut un homme profondément religieux. Toute sa vie, sans avoir une heure, un instant de défaillance, il demeura fidèle aux prescriptions du christianisme et aux lois de l'Église. Il connaissait et comprenait sa religion, il en sentait toute la nécessité; et son âme était remplie d'amertume en voyant « Thorrible corruption des mœurs de son siècle, et l'irréhgion qui faisait tant de progrès et qu'on professait si publiquement et si impunément ', »
1 Pothier, Traité de la prescription, n" 100.