VERGNIAUD
pathétique et imagé; mais aussi trop souvent que de platitudes, que de pathos, que d'incorrections, que d'obscurités, que de phrases embarrassées, traînantes, mal faites, que de fautes contre le goût, dansl'emploi des images que de discordances, que d'incohérences! Enfin, dans certains discours les fautes de toute nature sont tellement accumulées qu'on ne s'étonne pas que Rivarol ait appelé Mirabeau « un barbare effroyable en fait de style, l'Atlila de l'éloquence. » L'orateur, comme le poète, peut s'exempter de suivre une syntaxe timide, mais il ne lui est pas permis de violer les lois essentielles du langage, comme le fait si Iréquemment Mirabeau.
On a surnommé Mirabeau le Démosthène français. Il est notre Démosthène, si l'on ne considère que sa puissance oratoire, et la virtualité d'éloquence qu'il avait en lui. Mais si l'on examine ses discours comme œuvre httéraire, la comparaison est impossible. Quand on accorderait à l'orateur de la Constituante l'ordonnance sévère du discours, la progression croissante des preuves, qui font la perfection du sublime adversaire de Philippe, aucun homme éclairé ne songera jamais à mettre en parallèle pour le style Mirabeau et Démosthène. Dans les harangues de Démosthène travaillées si à loisir, si longuement mûries, on ne saurait, suivant la pensée de Longin, déplacer une phrase, une expression, sans détruire la justesse et l'énergie du langage. Dans les discours de Mirabeau, toujours plus ou moins improvisés, on n'aperçoit que trop les passages qui auraient gagaé, pour l'idée comme pour l'expression, à être retouchés et refondus.
Quelque haut que soit montée, par intervalles, l'éloquence de Mirabeau, il n'eut ni une composition assez forte, ni une logique assez rigoureuse, ni surtout un style assez correct et assez exact pour remplir toute l'idée du grand orateur. Pour le talent comme pour le caractère, il est du nombre de ces hommes au sujet desquels on ne peut exprimer qu'une admiration tempérée de beaucoup de réserves.
Mirabeau n'eut pas d'égal dans toute la période révolutionnaire. Cependant plusieurs orateurs peuvent être nommés honorablement après lui.
Vergniaud (1739-1793), avocat du barreau de Bordeaux, fit entendre avec éloquence sa voix au Palais avant de la faire retentir à la tribune de la Convention nationale. Dans un plaidoyer pour des paysans saisis dans une émeute, il disait :
a La raison des nations, comme celle des individus, n'est qu'une faible étincelle delà raison divine. Les passions les plus nobles ont leur ivresse ; celle de la liberté a aussi la sienne, qui peut conduire à des égarements instantanés. Les glandes révolutions des empires impriment aux peuples des mouvements tumultueux, dont la sagesse des hommes ne saurait régler roscillation terrible. Elle n'est soumise qu'à la toute-puissance devant laquelle s'apaise aussi la fureur des flots. Des législateurs humains doivent lutter sans relâche, au milieu deces orages politiques, pour prévenir tous