CAMILLE DESMOULINS
disait de Barnave, dans un moment où il était content de lui : « C'est un arbre qui croît pour ôtre un mât de vaisseau *. » La tempête révolutionnaire le brisa dans sa force.
Camille Desmoulins (1762-1794), moins orateur que polémiste, est un des écrivains populaires qui ont exercé sur leur époque la plus malheureuse influence. Il avait fait d'excellentes études littéraires et classiques. Ses livres, ses discours, ses articles, sont remplis de citations de Cicéron, de Tacite et de tous les auteurs latins ; les Révolutions romaines de Vertct étaient son vade mecum.
Cette admiration pour les grands écrivains et les événements de l'antiquité fut la source de ses opinions politiques.
Desmoulins suivit tous les mouvements de la Révolution, depuis le 14 juillet jusqu'au 31 mai, approuvant toutes ses exagérations, appuyant toutes ses mesures. Il travailla avec Danton, Fabre d'Églantine et Robespierre à la ruine des Girondins ; il dénonça, jugea et condamna Louis \Yl ; dans ses Révolutio)is de France et de Brabant, il s'attachait à prouver que « les rois sont, par un instinct irrésistible, les plus gloutons des anthropophages »; son journal avait pour épigraphe ce mot de Sénèque le tragique : « Victima haud ulla amplior potest magisque opima rnactari Jovi, quant rex • la meilleure et la plus agréable* victime qu'on puisse immoler à Jupiter, c'est un roi.
Il voulut réparer dans le Vieux Cordeller ^ le mal qu'il avait fait dans les Révolutions de France et de Brabant. Au troisième numéro de ce journal, il fit, sous main, le tableau le plus vrai, le plus éloquent elle plus courageux de la situation de la France *. 11 avait osé dire que notre liberté ne serait consohdée que du jour où l'on aurait établi un Comité de clémence. Ce fut son arrêt de mort. Desmoulins se vit dénoncé comme l'apôtre du plus pernicieux modérantisme, et trois mois plus tard Robespierre, son ami de collège qu'il avait quitté pour Danton, le faisait conduire à l'échafaud.
Si violentes qu'aient été les opinions, si cruels qu'aient été plusieurs des actes de ce tribun populaire, il possédait, le croirait-on? des qua lités douces. Il avait de la grâce dans l'imagination et de la tendresse dans le cœur *. Ame faible, inconsistante, ce fut souvent sans avoir conscience de la gravité de ses actô* et des conséquences de ses paroles qu'il fit un abus si funeste des meilleurs dons de sa nature.
Classer parmi les orateurs les Robespierre^, les Saint-Just, les Dan-
iDumont, Souvenirs sur Mirabeau, ch. XHI, p. 248.
* Il n'en parut que sept numéros.
5 Lire en particulier ce passage : <t II y avait anciennement à Rome une loiqui spécifiait les crimes d'État et de lèse-majesté, etc. »
* Voir la dernière lettre de Camille à son épouse, duodi germinal, cinq heures du matiu, dans la France libre, p. 249.
* On a prétendu que les discours de Robespierre, en particulier ses trois ou quatre discours importants, avaient été écrits par Chauderlos de La Clos. Cette opinion a été soutenue par Rabbe et par quelques écrivains du temps.