‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 163 sur 196 · MAURY · texte numérisé non relu

MAURY

ton, les Couthon, les Marat, ce serait déshonorer l'éloquence. Si quelques-uns de ces terroristes manièrent quelquefois avec force la parole, leur inspiration fut trop sauvage pour qu'on puisse l'appeler éloquente. Les orateurs marquants de la Révolution servirent tous plus oumoins la démocratie. Parmi les champions de l'ancien ordre de choses, deux seulement , à l'Assemblée constituante , se signalèrent avec éclat , l'abbé Maury et Cazalès.

Au moment où l'antique société s'enfonçait sous elle, et que tout conspirait à sa ruine, l'abbé Maury, député par le clergé aux états généraux, comme représentant de Péronne, se porta pour un de ses soutiens les plus déterminés. Avec Malouet et Monnier, il combattit Garât, Lebrun, Thouret, Duport, Mirabeau et les autres chefs de la Révolution, en particuher dans la question de la vente des biens du clergé; mais comme il possédait sur ces biens vingt-huit à trente mille livres de rente *, on l'accusa d'avoir pensé surtout à ses intérêts pécuniaires en se faisant le champion de l'ancien régime. S'il ne fut pas complètement désintéressé, il fut certes éloquent.

Le projet de loi proposait : I ° de s'approprier tous les biens du clergé ; 2° de supprimer tous les bénéfices sans fonctions qui se trouvaient vacants ou qui viendraient à vaquer dans la suite; 3° de transformer en un traitement payé par l'État les revenus des titulaires restants et de tous les ecclésiastiques, en réduisant toutefois d'un tiers la somme de ces revenus. D'après les calculs du comité, les biens de l'Église, estimés à plus de deux milliards, après avoir fourni à la dotation annuelle du clergé, devaient encore éteindre 110 millions de rentes viagères.

Maury déploya toutes les ressources de son esprit à présenter cette mesure comme impie, comme illégale, comme injuste, comme impolitique, comme inhumaine, et tendant à sacrifier la prospérité réelle de la nation, le bien-être de nos campagnes, à la prospérité et au bien-être mal entendu de la métropole.

Il se prononça avec une égale éloquence, mais avec un égal insuccès, contre l'émission des assignats. Pour montrer que les assignats devaient être le tombeau des finances de la France, il emprunte au passé les exemples les plus propres à jeter l'effroi dans l'âme de ses auditeurs. Présentant de ses mains tremblantes à l'assemblée quelques-unes de ces actions du Mississipi, jadis émises par Law :

a. Les voilà, s'écrie-t-il, ces papiers désastreux ! ces assignats de l'époque, couverts des larmes et du désespoir d'un peuple entier ! Plaçons-les bien haut, comme des phares, pour signaler les écueils redoutables contre lesquels peut se briser le vaisseau de la patrie 1 »

* n parait qu'en outre il participait pour 2,500 fr. aui pensions secrètes sur le trésor public.

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