MAURY
Maury affectionnait ces coups de théâtre et les plaçait habituellement, comme ici, dans ses péroraisons.
Le député de Péronne prit encore part aux débats sur la constitution civile du clergé, ouverts le '-:9 mai 1790, et, appuyé par l'abbé de Montesquieu et par M. de Monllosier, il démontra contre Camus, Talleyrand et Mirabeau, tout le mal qui devait sortir de cette conception janséniste, protestante et impie.
L'amour de létude, une rare capacité de travail, une forte et tenace mémoire qui lui permettait de s'approprier l'esprit de tout le monde, la persévérance, la hardiesse, la confiance en lui-même, la foi en son avenir, firent de l'abbé Maury un personnage important, mais ne suffirent pas à lui donner la puissante action de tribune de son redoutable antagoniste. 11 fut loin de posséder à un aussi haut degré que Mirabeau le talent de faire passer avec rapidité et d'imprimer avec force dans les âmes de ses auditeurs les sentiments dont il était pénétré.
Il n'attaque jamais de front une grande question; il se jette dans les accessoires et les lieux communs, il ne craint pas de se contredire; quand les bonnes raisons lui manquent, il y supplée par des citations ou des paralogismes, comme un sophiste déclamateur et emporté. Maury semblait ignorer complètement que la force dans le discours ne peut être séparée de la mesure, et, entraîné par «cette impudence d'esprit qui brave les convenances comme les périls dans les assemblées du peuple *, » il se laissait aller en toute occasion à ces excès oratoires qui lui valaient tant d'interruptions, de rappels à l'ordre et de censures.
er Aujourd'liui, remarque un liistorien, lorsqu'on veut lire le recueil des discours proïioncés par l'abbé Maury à l'Assemblée constituante, on est fort désappoinié. Presque tout ce talent, en efifet, qu'il déploya dans cette seconde et brillante partie de sa carrière, toute cette verve, cette belle humeur provocatrice, ont péri. Il ne reste, au milieu d^ beaucoup de redondance et d'une érudition indigeste et hâtive, uniquement suffisante pour l'instant de la tribune, il ne reste, dis-je, qu'un raisonnement assez suivi et assez vigoureux, des portions qui sont encore de^Jon sens, et d'autres qui ne peuvent jamais avoir été de bonne foi -. »
Où le talent de l'abbé Maury se montrait avec le plus d'avantage, c'est dans l'improvisation. Un jour, il arrive tard à une séance du soir. La discussion était engagée sur un sujet inattendu. Dès l'entrée, ses amis lui crient : « Allons, l'abbé, voilà comme vous êtes toujours; vous êtes absent, et voilà ce qu'ils vont faire passer. » Averti par un simple mot du sujet en question, il traverse la salle, monte à la tribune, y remporte un beau triomphe. Et il en obtint souvent de semblables grâce à lénergie de ses organes autant qu'à celle de «a pensée.
1 Sainte-Bpuve, Causerie^, 23 juin 1852.
2 Lamartine, Les Constituants, LXVII.