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LES LETTRES PHILOSOPHIQUES

Arouet de Voltaire, qui était de race noble par sa mère, Marguerite d'Aumart, vécut, à son entrée dans le monde, avec les Vendôme, les Richelieu, les Sully, les Condé, les Conti, les La Fare, les Chaulieu. Il adopta leurs airs railleurs à l'égard de la religion, leur mépris affecté pour les mœurs pures, leur goût et leurs complaisances pour le vice élégant. Le P. Porée, son professeur de rhétorique, avait prédit qu'il

1 Lettre du roi de Prusse à Voltaire, 3 fév. 1739. — Frédéric se plaisait à appeler son cher philosophe Fo/te2>e-B;'2a7-ée. Voirencorelalettredulômai l739.-

2 Essai sur le principe généi ateur di^s constitutions politiques.

3 Bachauniont, AJém. secrets, 4 nov. 17t)8, t. IV, p. 1S3.

serait en France le coryphée de l'impiété. Il se préparait par sa conduite et par ses discours dans la société, avant que de le faire par ses écrits, à jouer ce rôle.

Voltaire était déjà célèbre comme poète par des Pièces fugitives, par des Épitres, et surtout par la Henriade, mais son talent de prosateur était à peine soupçonné quand il publia, en 1731, les Lettres su?- les Anglais, plus connues sous le nom de Lettres philosophiques. C'était à son retour d'Angleterre, où il avait passé trois ans dans la société des Chubb, des Swift, des Collins, des Wolston, des Tindal, des Tailor, des Shaftesbury, des Boliiigbroke, des Warburton, des Pope, et des autres free Thinkers. Les Lettresp/iilosophiques avaientpour double objet de populariser en France les croyances et la réputation des sceptiques anglais. Aussi furent-elles dénoncées par le clergé, et un arrêt du parlement de Paris, du 10 juin 1734, les condamna à être brûlées par l'exécuteur des hautes-œuvres, comme contraires à la religion, aux bonnes mœurs et au respect dû aux puissances.

Les plus importantes de ces lettres roulent sur les quakers, sur la religion anglicane, sur les presbytériens, sur les sociniens, ou ariens, ou antilrinitaires, sur le parlement, sur le gouvernement, sur le commerce, sur le chancelier Bacon, sur Locke, sur Descartes et Newton'. Toutes insinuent un déisme épicurien, et exaltent la supériorité de l'Angleterre dans la religion et dans la philosophie, comme dans les lois, dans la guerre, dans les aris, dans le commerce.

Voltaire, dans les Lettres sur les Anglais, prélude avec précaution aux attaques que désormais il ne cessera pas de poursuivre; mais ce début laisse entrevoir où il tend et permet de présager jusqu'où il ira. D'ailleurs, il se révèle déjà, dans cet ouvrage, comme un prosateur infiniment habile et distingué.

VOLTAIRE HISTORIEN. — l'hISTOIRE DE CHARLES XII. — l'HISTOIRE DB PIERRE LE GRAND. — l'eSSAI SUR LES MOEURS DES NATIONS. — LE SIÈCLE DE LOUIS XIY. — LES ANNALES DE l'eMPIRE. — I.'HISTOIRE DE LA GUERRE DE 1741, ETC. ; LE PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV.

Voltaire a conçu l'histoire sous un nouveau point de vue, et il a eu l'honneur de former des disciples, tels que Robertson, Hume, Gibbon. Dans le savant tableau des progrès de la société en Europe, depuis la destruction de l'empire romain, jusqu'au commencement du seizième siècle, qui sert d'introduction à VHistoire de Charles-Quint, Robertson parle de Voltaire comme d'un historien, non seulement agréable et intéressant, mais savant et profond, dont il a souvent fait son guide, et qui, tout en lui indiquant les faits sur lesquels il était important de

< Voir Prévost, le Pour et le Contre, t. I, p. 241, 273, 297.

s'arrôter, lui a encore fourni les conséquences qu'il fallait en tirer. Un autre judicieux écrivain de l'Angleterre, le critique écossais Blair, proclamait Voltaire le chef des historiens du siècle, et le désignait comme ayant le premier écrit l'histoire philosophique et morale.

La grande innovation de Voltaire, en histoire, a été de faire pénétrer dans la vie intime des peuples plus à fond qu'on ne le faisait avant lui, d'envisager les divers aspects de la civilisation des sociétés, et de subordonner les détails à certaines grandes vues philosophiques qui dominent tout le récit. Il juge les événements, il entremêle sa narration de rapprochements et de comparaisons, il les sème de réflexions toujours ingénieuses et souvent très sensées.

Non seulement par ses grandes œuvres, mais aussi par ses essais historiques trop décriés au jugement de M. de Chateaubriand, Voltaire fit sans doute accomplir un progrès à la science de l'histoire; mais il n'eut pas un génie assez profond et assez grave pour être un grand historien. Il ne voit bien que les petites causes des événements, les causes accidentelles. Il est presque toujours préoccupé de vues passionnées et d'idées préconçues, et il ramène tout à sa thèse, ou à sa marotte. 11 sait embrasser les grandes perspectives; et cependant il a généralement le ton trop anecdotique. 11 aime, quoiqu'il s'en défende^ à faire paraître son esprit; il rend l'histoire épigrammatique. Quelquefois il descend jusqu'à un ton de plaisanterie grivoise fort peu convenable au genre sévère des Thucydide et des Tite-Live*. Cependant la frivolité et la plaisanterie ne caractérisent pas autant qu'on pourrait le croire les compositions historiques de Voltaire. Il faut plutôt lui reprocher d'être souvent sérieux jusqu'à la froideur, austère jusqu'à la sécheresse. Môme dans les sujets les plus pathétiques, sa manière d'écrire l'histoire est sèche et froide. Rien de plus rare que de rencontrer chez lui des expressions émues, comme ces mots jetés à travers le récit de l'expédition de Charles-Edouard: « Ce dernier rejeton de tant de rois et de tant d'infortunés ^. »

Sans nous ranger avec ceux qui affectent de ne donner aux histoires de Voltaire que les éloges qu'on réserve pour les excellents romans, nous ne saurions reconnaître en lui une autorité bien sûre. Malgré sa grande lecture, il était peu versé dans les sources, et il ne recourait guère aux auteurs originaux pour ses recherches historiques. 11 prenait où il la trouvait une érudition toute faite. Par exemple, ce qu'il a dit de plus exact sur Hermès, sur Zoroastre et les Égyptiens, est puisé dans les premiers chapitres de l'Histoire de la médecine de Da-

1 II écrivait au président Hénault : « Donnez de l'esprit à Duclos tant que vous voudrez, mais gardez-vous bien de m'en soupçonner. »

2 Voir dans VEssai sur les mœurs, ch. lvii, le récit de la fête qu'on célèbre tous les ans à Coïmbre en l'honneur de la mort de cinq compagnons de saint François d'Assise.

3 Discours sur l'histoire de Charles XII,

niel Le Clerc. Et malheureusement il ne s'adressait pas toujours aussi bien. Quant à sa bonne foi historique, tout le monde sait ce qu'il en faut penser*.

Voltaire essaya du rôle d'historien à un moment où il était tout occupé de poésie. Aussi choisit-il un héros poétique, Charles XIL D'après ses propres paroles, il composa cette histoire sur des récits de personnes connues qui avaient passé plusieurs années auprès de Charles XII et de Pierre le Grand, et qui, s'étant retirées dans un pays libre longtemps après la mort de ces princes, n'avaient aucun intérêt à déguiser la vérité; et il n'a pas avancé un seul fait sur lequel il n'eût des témoins oculaires et irréprochables. Cette protestation n'a convaincu personne, et la Vie de Charles XII passe plutôt pour un roman historique que pour une histoire. « Il faut à mes amis les Français, a-t-il dit quelque part, plus d'historiettes que d'histoire pour les servir selon leur goût. » C'est pourquoi il a tant prodigué les agréments romanesques dans YHistoire de Charles XII. Émule de Quinte-Curce, mais supérieur à l'historien d'Alexandre, il intéresse par l'extraordinaire des faits, et offre un modèle de narration nette, vive, preste et intéressante. La retraite du général Schulenberg, si admirée par Montesquieu, la bataille de Pultawa et la retraite de Charles XII, la description delà Suède et celle des plaines de la Pologne et des forêts de l'Ukraine, sont des tableaux dignes d'être à jamais cités. Mais les hautes qualités de l'histoire manquent à cette brillante monographie. On n'y trouve ni profondeur, ni sentiment, ni chaleur ; l'historien, en retraçant les plus émouvantes catastrophes, reste élégant, spirituel et joli. L'Histoire de Charles XII étaitl'ouvrage favori de Voltaire, celui pour lequel il se sentait des entrailles de père ^ : la postérité n'a pas sanctionné cette préférence.

Comme confirmation et comme supplément de YHistoire de Charles XII, Voltaire écrivit, trente ans plus tard, l'Histoire de l'empire de Russie sous Vierre le Grand. Elle fut principalement composée en Angleterre, à la campagne, avec M. Fabrice, chambellan de Georges I", électeur de Hanovre, roi d'Angleterre, qui avait résidé sept ans auprès de Charles XII après la journée de Pultawa^ et sur des mémoires envoyés ou du moins approuvés par la cour de Russie, en particulier par le comte de Schouwalow, chambellan de l'impératrice Elisabeth, « l'homme de l'empire peut-être le plus instruit, » dit l'historien .

n avait été engagé à ce travail par des présents considérables de l'impératrice Elisabeth. Pour lui faire sa cour, il dissimula tout ce qui pouvait être désavantageux à Pierre et à Catherine I" ; c'est ainsi que Charles XII qui, dans la première histoire, était mis beaucoup au-dessus de Pierre P'^, lui est sacrifié dans la seconde.

1 M. Msard a cependant relevé chez Voltaire un exemple de respect pour la vérité. Voir Histoire de la Utt. franc. ,x. IV, p. 31.

2 Voir la lettre à Cideville, du 30 janvier 1731.

3 Commentaire historique.

Prosateurs du xviii* siècle. 43

Le panégyriste des Romanoff a singulièrement surfait son héros; il a tracé des tableaux de fantaisie et imaginé des merveilles de régénération qui n'eurent rien de réel. Les historiens les mieux informés et les plus impartiaux sont unanimes à reconnaître que depuis le commencement du dixième siècle, c'est-à-dire depuis l'époque où l'histoire de la Russie nous est connue, jusque vers la fin du dix-huitième, les mœurs de ce pays ont été invariablement sauvages et dégoûtantes, et qu'elles ont égalé par leur grossièreté et par leur barbarie celles des peuples les plus stupides et les plus féroces de l'Asie. Le vernis de civilisation dont Pierre I'"' les couvrit ne changea rien au fond. En vain Voltaire soutient-il, avec son exagération ordinaire, que ce czar avait avancé la civilisation de trente siècles. Ce prétendu réformateur qui s'était pressé d'appeler les arts avant que d'avoir réformé les mœurs laissa non un empire policé, mais « un peuple féroce armé de tous les arts de la guerre', » et lui-même aurait mérité d'être appelé Pierre le Cruel, comme l'historien l'avoue quelque part à propos de la mort du Czarowitz. Pierre l"' ne fut qu'un faux grand homme, dénué du vrai génie et de la puissance créatrice. Il ne sut que copier au hasard l'Occident, qu'imiter tout ce qui était européen, bon et mauvais. Abolissant toutes les coutumes nationales, môme les meilleures, il introduisit en Russie les instructions, les usages et les formes les plus antipathiques au génie moscovite. Enfin, le plus clair résultat de la révolution opérée par lui fut de resserrer la chaîne du servage, et d'établir une autocratie qui surpassait le despotisme de la Rome impériale et de Byzance, et même celui de la Turquie.

Frédéric, encore prince impérial, avait bien jugé Pierre P^ Il écrivait à Voltaire, en 1737, en lui envoyant une Histoire du Czar qu'il venait de lire :

« Le czar vous apparaîtra dans cette histoire bien différent de ce qu'il est d;ins votre imagination... Un concours de circonstances heureuses, des événements favorables et l'ignorance des étrangers ont fait du czar un fantôme héi'oïque, de la grandeur duquel personne ne s'est avisé de douter. — Le czar n'avait aucune teinture d'humanité, de magnanimité et de vertu; il avait été élevé dans la plus crasse ignorance ; il n'agissait que selon l'impulsion de ses passions déréglées. »

Voltaire aurait dû se souvenir de cette appréciation de son royal disciple.

D'ailleurs, cette Histoire deTierre le Grand, censément écrite sur des autorités incontestables, présente d'innombrables erreurs et faussetés; et malgré toutes les adresses de l'auteur pour relever son héros, elle ne laisse, non plus que celle de Charles XII, aucune grande impression, ne fait naître aucune réflexion profonde; sa réputation n'est justifiée que par un certain nombre de beaux chapitres. Diderot dis-

< Rulhière, Hist. de l'anarchie de Pologne, t. III, liv. IX, p. l45.

tinguait entre tous le récit des cruautés de la princesse Sophie, elle pathétique tableau qui représente le jeune Pierre, âgé de douze à treize ans, tenant une \ierge entre ses mains, conduit par ses sœurs en pleurs à une multitude de soldats féroces qui le demandent à grands cris pour l'égorger, et qui viennent de couper la tète, les pieds et les mains à son père ^

L'ouvrage de Voltaire est composé d'une préface d'un style léger, sur la manière d'écrire l'histoire en général, d'une description de la Ru;-ie, assez commune, où l'auteur étale hors de propos des prétentions aux connaissances physiques, et de l'histoire décousue et mal ordonnée du czar, depuis sa naissance jusqu'à la défaite de Charles XII, à la journée de Pulta^a.

En somme, l'histoire du fondateur de la Russie moderne est de beaucoup inférieure à celle du héros suédois.

Dans les deux ouvrages dont nous venons de parler, Voltaire laisse à peine apparaître ses préoccupations de philosophe et d'homme de parti ; mais elles percent à chaque instant dans sa trop fameuse histoire générale.

Vers 1740, il entreprit d'écrire un Essai sur l'histoire générale des rïiTAtrs, qui ne fut imprimé qu'en 1736. Ce qui l'y détermina, ce fut, a-t-il dit, le désir de réconcilier avec la science de l'histoire son amie, la marquise du Chàtelet. « Cette femme philosophe était, nous racontet-il, rebutée de deux choses dans la plupart de nos compilations historiques, les détails ennuyeux et les mensonges révoltants ; elle ne pouvait surmonter le dégoût que lui inspiraient les premiers temps de nos monarchies modernes avant et après Charlemagne ; tout lui paraissait petit et sauvage. » Dans les histoires de France, d'Allemagne, d'Espagne et d'Italie, « elle n'avait trouvé qu'un chaos, un entassement de faits inutiles, la plupart faux et mal digérés ^. »

En entreprenant une histoire universelle, il songea « moins à recueillir une multitude énorme de faits qui s'effacent les uns par les autres, qu'à rassembler les principaux et les plus avérés qui puissent servir à guider le lecteur, et à le faire juger par lui-même de l'extinction, de la renaissance et des progrès de l'esprit humain, à lui faire reconnaître les peuples parles usages mêmes de ces peuples*. »

C'est l'histoire de la société, l'histoire de la race humaine qu'il a prétendu faire ; mais il n'envisagea guère l'humanité que par ses vilains côtés; il fit un tableau des sottises humaines, et une peinture des crimes qui ont déshonoré notre espèce. Le tableau était déjà bien sombre dans les premières éditions ; il le rembrunit encore dans les

1 Voir Lettres à M^' Voland, 18 oct. 1760.

* Remarq ■ es pour servir de supplément à l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations.

3 loid.

dernières *. Il écrivait à d'Alemberl, le 4 février d763, en lui annonçant qu'il verrait bientôt une certaine histoire générale de sa façon : « Le genre humain y est peint cette fois de trois quarts; il ne l'était que de profil aux autres éditions. » Il disait aussi à d'Argental, le 15 octobre 1754: « J'ai pris les deux hémisphères en ridicule; c'est un coup sûr. » Il est malheureusement trop vrai qu'à étudier l'histoire des peuples on retrouve partout sur le globe une tradition non interrompue de crimes et de forfaits qui rendent Thomme à la fois haïssable et méprisable; mais le véritable esprit philosophique demande qu'on n'ajoute pas à la laideur du tableau ; Voltaire prend un plaisir satanique à noircir les couleurs, et ce plaisir redouble pour tout ce qui touche de près ou de loin à la religion.

L'Essai sur les mœurs des nations commence à Charlemagne. Voltaire a choisi cette époque pour point de départ, parce que, reconnaît-il, c'est celle où Bossuet s'est arrêté, et qu'il n'osait toucher à ce qui avait été traité parun si grand homme. Cependant il remonte, dans une assezlongueintroduction,jusquaux temps les plus anciens et parle des Égyptiens, des Chaldéens, des Indiens, des Chinois, sans omettre les Juifs, dont il s'efforce de rabaisser l'histoire autant que Bossuet l'avait relevée, et il déverse le ridicule sur tous les miracles racontés dans la Bible, tout en disant qu'il ne rapportera ni n'essayera d'expliquer aucun des faits surnaturels dont il n'appartient qu'à 1" Esprit-Saint de parler, et qu'il examinera seulement le peu d'événements qui peuvent être soumis à la critique. L'examen qu'il fait n'a d'autre objet que de tout enlever au peuple hébreu au profit de ses Chinois et de ses Indiens. Dans le nom d'un roi de la Chine, Hiao, il trouve une" extrême conformité avec le Jao ou Jeova des Phéniciens, et il en conclut que le nom de Jehova donné à Dieu par les Hébreux vient de la Chine *. Ainsi du reste. Tout ce qui peut favoiiser ses passions, il le saisit avidement, et, s'il faut mutiler et défigurer les faits, il l'ose sans le moindre scrupule. Des savants hautement autorisés, tels qu'Abel de Rémusat^, l'ont pris en flagrant délit, et ont montré combien il lui arrive souvent d'avancer des assertions que la chronologie contredit, ou que les faits démentent positivement. C'est particulièrement en parlant de l'Inde qu'U a accumulé les inexactitudes et les faussetés *.

1 La dernière édition renferme des Additions contenant ce qui s'était passé jusqu'à l'année 1761.

* Essai si<r les mœurs, introd., c. I.

3 Voir le Jownal asiatique, t. FV, p. 265.

* Un savant géographe de notre siècle a très bien relevé l'erreur où est tombé Voltaire sur le compte des mandarins.

« Ces mandarins, dit Malte-Brun, sont loin d'être ce que Voltaire a prétendu en faire; ce ne sont pas des philosophes occupés à contempler les beautés de la religion naturelle, qui, après s'être élevés au dessus des passions humaines, •veillent paternellement sur la vertu plus fragile de leurs frères ; ce ne sont pas non plus des patriotes qui gardent ayec intégrité et défendent avec énergie le dépôt sacré de la liberté et de la justice publiques; ce sont

Voltaire s'est montré, jusqu'ici, beaucoup moins l'historien que le détracteur des Juifs, Il va nous paraître bien plus outrageux et plus partial encore à l'égard des chrétiens et du christianisme.

Cette histoire générale n'est, suivant l'expression de Chateaubriand, qu'une longue injure au christianisme^. Il ressasse, il aggrave, il envenime tout ce que les idolâtres, les hérétiques et les plus vils imposteurs ont jamais imaginé contre le Christ, sa religion, ses adorateurs et surtout ses ministres. Il s'acharne à présenter le sacerdoce comme le mauvais génie de l'humanité, et à montrer tous les malheurs, toutes les guerres, tous les fléaux et tous les crimes découlant de cette source. Et, afin de pouvoir plus impunément attaquer l'Église et ses ministres, il se fait l'avocat delà monarchie et le flatteur des rois. Avec une habileté perfide, il sépare la cause des rois de celle des prêtres, qu'il peint, dans tout le cours de l'histoire, comme les plus grands ennemis des rois, tandis qu'il soutient que les philosophes ont toujours été les alliés naturels des rois, les premiers soutiens de l'autorité royale. Il amnistie volontiers la tyrannie dès qu'elle ne s'attaque pas aux consciences, et il ne déverse guère ses blâmes sur les rois ambitieux, injustes ou cruels, que si leurs crimes ont été couverts du masque de lu religion. Il n'épargne aucune période de la civilisation chrétienne, mais il s'acharne principalement contre les âges où le christianisme a exercé la plus dominante influence sur la société. Dans ce moyen âge qui, malgré ses ignorances, ses crédulités, et même ses crimes, fut une si grande époque pour la vaillance, pour le génie, pour la vertu, il ne voit que « des scènes d'absurdités et d'horreurs », des abominations tefles qu'on ne trouve rien de pareil ni chez les Romains et les Grecs, ni chez les barbares.

« C'est le fruit, dit-il, de la plus infâme superstition qui ait jamais abi'uti les hommes, et du plus mauvais des gouvernemenis; mais vous savez qu'il n'y a pas longtemps que nous sommes sortis de ces ténèbres, et que tout n'est pas encore éclairé ^. »

Il se plaît à vilipender les plus illustres personnages de cette ère intermédiaire. C'est ainsi qu'il ne sait rien comprendre à la grandeur de Grégoire VII. Il aurait pu discuter et improuver quelques actes de ce pape. Ce n'est point assez pour sa passion. Suivant lui, si ((l'Église, dont il fut le vengeur et la victime, l'a mis au nombre des saints, comme les peuples de l'antiquité déifiaient leurs défenseurs, les sages l'ont mis au nombre des fous ^ » .

Du reste, dans ce long factum contre le christianisme et le sacer-

tout simplement les satellites d'un despote absolu. Mal salariés, ils vivent du produit de leurs vexations. « {Géogr., liv. 143, édit. Cortambert.)

1 Génie du christ., note 49. * Essai sur les mœurs, c. cvui.

8 Ibid., c. XLvi.

doce, il n'a garde d'attaquer la religion par l'injure. Son arme est l'ironie, mais lironie la plus irritante. Du ton que prendrait Bertrandd'Alembert, il proteste ne vouloir contredire en rien notre sainte et « ineffable religion, si supérieure en tout à nos lumières », dont il adopte les sentiments d'une foi ferme et constante, « soumettant tout ce qu'il écrit au jugement de cette sainte Église, qui est infaillible* ».

« Tant de fraudes, tant d'erreurs, tant de bêtises dégoûtantes, dont nous sommes inondés depuis dix-sept cents années, n'ont pu faire tort à notre religion. Elle est sans doute divine, puisque dix-sept siècles de frip omîmes et d'imbécillités n'ont pu la détiuirej et nous révérons d'autant plus la vérité, que nous méprisons le mensonge *. »

C'est du môme ton qu'il parle de la Bible et de l'histoire du peuple de Dieu. A-t-il raconté à sa manière la ne de Moïse :

« Avouons, ajoute-t-il, qu'humainement parlant, ces horreurs révoltent la raison et la nature. Mais si nous considérons dans Moïse le ministre des desseins et des vengeances de Dieu, tout change alors à nos yeux; ce n'est point un homme qui agit en homme, c'est l'instrument de la Divinité à laquelle nous n'avons aucun compte à demander : nous ne devons qu'adorer, et nous taire 3. »

Et encore : '

0 Tous ces événements sont des figures, des prophéties, qui annoncent de loin la loi de grâce. Ce sont, encore une fois, des mystères auxquels nous ne touchons pas. >

La religion et la civilisation chrétiennes lui paraissent fort inférieures à la religion et à la civilisation musulmanes.

« Le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant sa religion devint indulgente et tolérante. L'instituteur divin du christianisme, vivant dans l'humanité et dans la paix, prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes et la plus barbare *. »

C'est ainsi que, dans le récit des croisades, il favorise les mahométans plutôt que les chrétiens, et prend Saladin pour son héros.

Nous en avons dit assez pour justifier les anathèmes qui ont été prononcés contre cette mensongère et perfide histoire. Cependant, si mauvais que soit l'esprit dont elle est animée, nous devons reconnaître qu'à ne l'envisager que littérairement, c'est un des ouvrages les plus remarquables de Voltaire, pour l'agrément et le naturel du style, pour l'habile disposition des faits, pour la justesse et l'à-propos d'un grand

1 Essai su7^ les mœurs, introd., des Chaldéens.

2 Ibid., ch. IX.

* Ibid., Introd.

♦ Ibid., c. vu.

nombre de réflexions morales*, pour la vérité et la vigueur de beaucoup de portraits d'hommes célèbres.

Il y a de belles pages dans l'introduction où il passe en revue les révolutions du globe, mais l'idée philosophique qui y domine, c'est le système matérialiste du monde existant éternellement par lui-même. C'est ainsi que l'historien de l'univers écarte, dès le début de son ouvrage, toute intervention de la Providence, et l'esprit qui animera tout le livre sera un scepticisme fataliste.

Le dernier chapitre ofifre un résumé de toute cette histoire jusqu'au temps où, commence le beau siècle de Louis XîV. 11 suffit de le citer pour donner une idée de la manière et de l'esprit du livre.

« J'ai parcouru ce vaste théâtre des révolutions depuis Charlemagne, et même en remontant souvent beaucoup plus haut, jusqu'au temps de Louis XIV. Quel sera le fruit de ce travail? quel profit tirera-t-on de l'histoire? On y a vu les faits et les mœurs ; voyons quel avantage nous produira la connaissance des uns et des autres.

« Un lecteur sage s'apercevra aisément qu'il ne doit croire que les grands événements qui ont quelque vraisemblance, et regarder en pitié toutes les fables dont le fanatisme, l'esprit romanesque et la crédulité ont chargé dans tous les temps la scène du monde.

o Constantin triomphe de l'empereur Maxence; mais certainement un labarum ne lui apparut point dans les nuées, en Picardie, avec une inscripiion grecque.

« Clovis souillé d'assassinats se fait chrétien, et commet des assassinats nouveaux ; mais ni une colombe ne lui apporte une ampoule pour son baptême, ni un ange ne descend du ciel pour lui apporter un étendard,

« Un moine de Clairvaux peut prêcher une croisade; mais il faut être imbécile pour écrire que Dieu fit des miracles par la main de ce moine, afin d'assurer le succès de cette croisade, qui fut aussi malheureuse que follement entreprise et mal conduite.

« Citons un ou deux exemples. Après avoir raconté les aventures singulières, les dangers pressants, les extrémités cruelles qu'éprouva le fils de Charles l" en fuyant les meurtriers de son père, l'historien fait cette réflexion :

« On ne peut trop remettre ces terribles exemples devant les yeux des hommes vulgaires qui voudraient intéresser le monde entier à leurs malheurs, quand ils ont été traversés dans leurs petites prétentions ou dans leurs vains plaisirs. » (Ch. cliixi.)

Il est quelquefois éloquent dans ses réflexions morales, surtout lorsqu'un flétrissant les bassesses et les crimes, il peut du même coup frapper sur l'Église ou ses ministres.

• Le roi de France, père de son peuple, et honnête homme chez lui, favorisait en Italie ces crimes qu'il aurait punis dans son royaume; il s'en rendait le complice; il abandonnait au pape ses victimes pour être secondé par lui dans sa conquête de Naples : ce qu'on appelle la politique, l'intérêt d'État, le rendit injuste en faveur d'Alexandre VI. Quelle politique, quel intérêt d'État, de seconder les atrocités d'un scélérat qui le trahit bientôt après! Et comment les hommes sont gouvernés! Un pape, et son bâtard, qu'on avait vu archevêque, souillaient l'Italie de tous les crimes; un roi de France qu'on a nommé Père du peuple les secondait; «t les nations hébétées demeuraient dans le silence. » (Ch. cxi.)

« Le roi Louis VIII peut mourir de phtisie; mais il n'y a qu'un fanatique ignorant qui puisse dire que les embrassements d'une jeune fille l'auraient guéri, et qu'il mourut martyr de sa chasteté.

« Chez toutes les nations, l'histoire est défigurée par la fable, jusqu'à ce qu'enfin la philosophie vienne éclairer les hommes; et, lorsque enfin la philosophie arrive au milieu de ces ténèbres, elle trouve les esprits si aveuglés par des siècles d'erreurs, qu'elle peut à peine les détromper; elle trouve des cérémonies, des faits, des monuments étabUs pour constater des mensonges. »

Même dans ce morceau, on voit comme Voltaire ne néglige aucune occasion de jeter le mépris sur le christianisme, sur les temps chrétiens, sur les entreprises chrétiennes. Quelquefois, cependant, cet ennemi de tout ce qui a rapport à la religion impose silence à ses passions et à ses préjugés, en présence de grands caractères qui opèren t une sorte de séduction sur son esprit : l'auteur de la. Pucelle parle avec admiration de Saint Louis et de Jeanne d'Arc.

Inutile de dire que, s'il faut se tenir en garde contre l'esprit général de ce livre, il ne faut pas moins se défier de l'exactitude des détails. Les erreurs de noms, de dates et de faits y foisonnent. L'Essai sur les mœurs est le premier modèle de la critique historique, mais en môme temps un grand exemple de toutes les fautes où l'on peut tomber, avec la meilleure méthode , quand l'instruction est insuffisante et qu'on so laisse dominer par la passion et le parti pris.

Voltaire revint à plus de justice et d'impartialité, en jugeant une époque qui fut non moins glorieuse pour la religion que pour les lettres et les arts. Il écrivit, dans la disposition d'esprit la plus équi table qu'il lui était possible d'avoir, le Siècle de Louis XIV, son meilleur ouvrage, livre devenu justement classique, et qui, malgré des défauts essentiels, a rendu un grand service à la jeunesse française en lui inculquant l'admiration pour notre plus glorieuse époque littéraire.

Dès 1732, à un moment oîi l'opinion était encore peu favorable à la mémoire du grand monarque absolu, Voltaire pensait à esquisser l'histoire de l'ère immortelle à laquelle il a mérité de donner son nom. Vers la fin de 1739, il publia un Essai sur le siècle de Louis XIV; il ne donna l'ouvrage entier que douze ans après, en 1732. Son objet est non pas d'écrire la vie de Louis XIV, ni les annales de son règne, mais de retracer avec exactitude Ihisfoire de l'esprit humain durant cette grande période ; non pas de ramasser comme un annaliste tous les petits faits, de raconter les détails que la postérité négligera, mais de faire connaître ce qui caractérise le siècle, ce qui a causé des révolutions, ce qui sera important dans cent ans* ; de présenter des tableaux des événements du temps qui méritent d'être peints, en mettant les principaux personnages sur le devant de la toile, et laissant la foule dans l'enfoncement ; enfin de « ne s'attacher qu'à ce qui mérite l'atten-

* Voir Lettre écrite de Cirey, octobre 1738.

tion de tous les temps, à ce qui peut peindre le génie et les mœurs des hommes, à ce qui peut servir d'instruction, et conseiller l'amour de la vertu, des arts et de la patrie'. »

Concevant l'histoire à la manière des anciens, il ne lui suffit pas d'instruire et de faire penser, il veut encore émouvoir.

« Mon secret, dit-il, est de forcc^r le lecteur à se dire à lui-même : Philippe V sera-t-il roi? sera-t-il chassé d'Espagne? la Hollande sera-t-elle détruite? Louis XIV succombera-t-il? »

Il sait, en effet, sans recherche, tenir ainsi l'esprit en suspens et le captiver durant tout le cours de son récit. Cependant le corps même de l'histoire, le narré des événements politiques, est ce qu'on lit le moins, ce qui paraît le moins intéressant dans le Siècle de Louis XIV, parce que l'historien manque de largeur dans les vues comme d'élévation morale.

Ébloui par les belles manières, par la pompe théâtrale, par la galanterie brillante de cet âge fastueux, il offre « moins le tableau d'un siècle qu'un récit élégant de fêtes, de conquêtes et d'aventures de cour-. » C'est de l'histoire à la façon d'un épicurien. La vraie grandeur de ce siècle, la grandeur religieuse, il ne paraît pas la soupçonner, ou il croit l'anéantir en ridiculisant des querelles de doctrine dont il ne sait pas comprendre la portée, et où il ne voit que des « dissensions qui feront honte à la nature humaine' ».

Le Siècle de Louis XIV ne forme pas un tout suivi. L'auteur parle en autant d'articles détachés des arts, de la religion, du gouvernement, de l'industrie. C'est un plan défectueux qui rompt désagréablement le fil chronologique, détruit tout ensemble et morcelle la vie sociale; mais de ce vice môme du plan, ou de ce manque de plan, sont sorties des beautés dont il faut tenir compte. Voltaire ne consacre qu'un petit nombre de pages au tableau des lettres, des sciences et des beaux-arts, mais il supplée aux détails qu'il a le tort de ne pas donner d'abord par un tableau alphabétique des hommes célèbres du siècle. Dans l'une et l'autre partie, il a porté, sur nos grands génies, des jugements d'une vérité éternelle, et si parfaits dans leur concision que la critique n'a fait depuis que les répéter en les développant et en ,les expliquant.

Cette élégante histoire a des parties élevées. Le tableau de l'état de l'Europe au commencement du règne de Louis XIV est une belle et grande peinture. Quelques portraits, par exemple ceux de Louis XIV et de Guillaume III, sont tracés avec autant de justesse que d'éclat. Le tout ensemble a un entrain qui charme l'esprit. Rien de pareil ne s'était encore vu. On n'était pas accoutumé à une touche si brillante

1 Siècle de Louis XIV, c. i.

* Lettre au président Hénault, 8 janv. 17^2.

3 Meilhan, Portraits et Car., p. 137.

dans l'histoire. Aussi l'admiration fut-elle extrême et les éloges hyperboliques. « Mais, en vérité, écrivait l'auteur de V Abrégé chronologique, il n'y a ni Titien, ni Rubens, dont le coloris égale le sien '. » En effet, il y a lieu de louer le coloris plutôt que le dessin du Siéde de Louis XI V. Ce n'est pas un tableau en grand, c'est une esquisse, mais une des plus brillantes esquisses qu'on ait jamais tracées.

Voltaire est encore auteur de plusieurs travaux historiques de moindre importance. Nous nous contenterons de dire un mot des principaux.

Au retour de sa triste équipée de Prusse, il écrivit à Colmar les Annales de l'Empire depuis Charlemagne pour la duchesse de Saxe-Gotha, qui se plaignait de ne pouvoir lire aucune histoire de son pays. Cet ouvrage de commande est négligé et a tous les défauts de la précipitation. Le principal mérite de l'historien est d'avoir su, dans cet aride travail de dates, dans ce résumé chronologique où il a fait entrer tant de noms d'empereurs, d'électeurs, de papes, se refuser les traits d'esprit, les épigrammes, les allusions hardies qu'il aimait à glisser dans l'histoire^. Il se renferma sévèrement, mais ennuyeusement, dans son objet: raconter tous les événements principaux depuis le renouvellement de l'empire d'Occident, présenter à la fois, d'une manière sommaire, l'histoire de l'empire et du sacerdoce, de l'Allemagne et de l'ItaUe.

L'Histoire de la guerre de 1741 a quelque mérite; mais l'auteur a déshonoré ce morceau d'histoire par les honteuses flatteries qu'il y a prodiguées à la marquise de Pompadour. Après avoir fait hommage à cette maîtresse royale de la paix d'Aix-la-Chapelle, il ajoute :

« Il faut avouer que l'Europe peut dater sa félicité du jour de cette paix. On apprendra avec surprise qu'elle fut le fruit des conseils puissants d'une jeune dame de haut rang, célèbre par ses charmes, par des talents singuliers, par son esprit et par une place enviée (celle de maîtresse du roi). Ce fut la des-

1 Lettre de Hénault au comte d'Argenson, 31 déc. 1751, dans les Mém. li'Argenson. Bibl. elzév., t. V.

* Cependant on rencontre bien encore, dans les Annales de lEmpire, cjuelques réflexions philosophiques. C'est ainsi qu'après avoir raconté comment, en 1551, Ernest, comte de Mansfed, gouverneur du Luxembourg, faillit reprendre, par les artifices d'un cordelier, la ville de Metz, que l'empereur n'avait pu réduire avec cinquante mille hommes, l'historien antimonacal ajoute :

« Un chartreui découvre le complot ; on arrête le père Léonard, qu'on trouva mort le lendemain : son corps fut porté au gibet, et on se contenta de faire assister dix-huit cordeliers à la potence. Tant d'exemples du danger d'avoir des moines n'ont pu encore les faire abolir. »

Voir encore, sous l'année 1378, comment, après avoir parlé des fraudes, des assassinats, de tous les crimes qui signalèrent le grand schisme, il s'étoime 0 que chaque parti s'obstinât à regarder comme des dieux en terre des scélérats qui se disputaient la papauté, c'est-à-dire le droit de vendre, sous cent noms différents, tous les bénéfices de l'Europe catholique. »

tinée de l'Europe, dans cette longue querelle, qu'une femme la commençât (l'impératrice reine de Hongrie), et qu'une femme la finît (la Pompadour). La seconde a fait autant de bien que la première avait causé de mal, s'il est vrai que la guerre soit le plus grand des fléaux qui puissent affliger la terre, et que la paix soit le plus grand des biens qui puissent la consoler. »

Voltaire écrivit aussi, avec des détails circonstanciés, la campagne de 1 744 et la bataille de Fontenoi, d'après les lettres de tous les officiers que le comte d'Argenson, ministre de la guerre, lui avait communiquées, et d'après des mémoires que lui avaient confiés le maréchal de Noailles et le maréchal de Saxe.

Il donna plus tard un Précis du siècle de Louis XV, écrit par fragments à mesure que les événements s'accomplissaient. C'est à peine si l'on y retrouve, dans quelques morceaux, la touche du maître.

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