‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 19 sur 196 · LEBEUF, LA CURNE DE SAIME-PALAYE · texte numérisé non relu

LEBEUF, LA CURNE DE SAIME-PALAYE

principal honneur revient à celui qui fut l'inspirateur et l'àme de cette grande entreprise. •

Le chanoine Jean Lebeuf (1687-1760), membre de l'Académie des inscriptions, grand zélateur des monuments de l'antiquité, qu'il alla étudier dans les diverses provinces de la France, a laissé un Recueil de divers écrits servant à l'éclaircissement de l'histoire de France (1738, 2 vol. in-12) ; des Dissertations sur Vhistoire ecclésiastique et civile de Pa- ?*js, suivies de plusieurs éclaircissements sur l'histoire de France (3 vol. in-12); des Mémoires sur l'hisluire d'Auxerre (1743, 2 vol. in-4") ; une Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris; plusieurs savantes dissertations et lettres insérées à différentes époques dans les journaux, et dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, depuis 1720 jusqu'en 1740. Tous ces travaux, remplis d'une érudition immense, feront vivre le nom du laborieux chanoine d'Auxerre parmi ceux qui ont rendu les plus grands services à l'histoire nationale. Il ne lui a manqué que d'écrire avec plus d'élégance, et de présenter avec plus d'ordre et de méthode le trésor de ses connaissances.

La Curne de Saixte-Palaye (1697-1781), Thomme ('3 la plus vaste httérature que le dernier siècle ait produit, a consacre toute sa vie et sacrifié sa santé et sa fortune aux recherches les plus profondes sur nos antiquités nationales. Le premier il a su deviner le mérite de cette série non interrompue de belles et grandes œuvres littéraires, prose ou poésie, que présente notre vieille langue, depuis le Chant d'Eulalie jusqu'au Roman de la Rose, ces étonnantes compositions où le dix-septième et le 'dix-huitième siècle, qui professaient un si injuste dédain pour les âges antérieurs, n'avaient su voir que confusion et grossièreté. Il a exhumé les nombreuses poésies des troubadours^ et interprété ces chants, oubhés pendant des siècles, qui jettent tant de jour sur une époque très intéressante de notre histoire, et que personne alors ne pouvait comprendre, pas même les

l'abbé Langlet du Fresiioy, autre crudit qui rendit de grands services par sa Méthode pour étudier L'histoire, avec un Cataiofjue des i^rincipaux Jdstorieyis (12 vol. in-12, 1713, et 7 vol. in-4°, 1729).

1 D'après le témoignage de l'abbé Millot [Hist. littér. des troubadours, Avertiss., 1*74), Sainte-Palaye a recueilli environ quatre mille pièces du la langue d'oc avec les vies originales de plusieurs poètes, et a eu le courage de vérifier que les fragments épars en divers endroits, au nombre de douze cents, se trouvaient tous dans ses recueils. Ce fut surtout en Italie qu'il les enrichit. Il fit exprès deux voyages et il parvint, en se faisant accorder un bref spécial du pape, à obtenir la communication de certains manuscrits qu'on n'avait pas laissé voir même aux PP. Mabillon et de Montfaucon. Il a laissé quinze volumes in-folio contenant les pièces provençales avec les variantes de différents manuscrits, huit autres volumes d'extraits où ces pièces sont en partie traduites, sans parler du glossaire, des tables, des index, et d'une infinité de notes.

gens de lettres les plus familiarisés avec le provençal moderne, pas môme les Italiens, tels que les Redi et les Crescimbeni, qui avaient le plus attentivement étudié nos vieilles poésies. Non moins dévoué à la littérature des trouvères, il entreprit d'en faciliter l'accès à tous en dressant un glossaire général de cette langue si riche dans ses différents dialectes, si variée dans ses formes, souvent si bizarre et si irrégulicre dans son orthographe capricieuse. Il poussa très loin cette entreprise immense, en vit commencer l'impression, mais fut enlevé par la mort avant la publication du premier volume. La Révolution, qui éclata bientôt, empocha de continuer une œuvre qui, bien que très imparfaite, eût rendu de grands services. Les manuscrits déposés à la bibliothèque Richelieu ont toujours été consultés par les amateurs de notre vieille langue avec empressement et profit, malgré l'état souvent indigeste où ils ont été laissés et les fautes de toute nature dont ils fourmillent. Du Cange et Sainte-Palaye ont les premiers creusé fort avant dans la riche mine du vieux langage français, mais ils sont loin d'en avoir épuisé les grandes veines : après eux, il reste mieux que des filons à explorer. Malheureusement, l'œuvre à faire est d'une étendue et d'une difficulté capables d'étonner et de désespérer les plus fermes courages. Rédiger un dictionnaire général et complet de notre vieille langue, c'est une de ces entreprises pour lesquelles il faudrait trois ou quatre vies à la place de la misérable apparence d'existence qui nous est accordée. Celle de Sainte-Palaye fut tout entière dévouée à se rapprocher d'un but qu'il eut l'honneur d'apercevoir, s'il ne lui fut pas donné de l'atteindre.

Les divers travaux de Sainte-Palaye sur la langue doc et sur la langue d'oïl ont grandement servi Ihistoire, mais ne sont pas des compositions historiques. 11 en a laissé une qui mérite d'être nommée ici, le Mémoire sur l'ancienne chevalerie, auquel il ajouta, en 1781, un volume contenant des mémoires sur la Chasse, le poème du Vœu du liéron, la Vie deMauny et plusieurs autres fragments précieux pour l'histoire du moyen âge.

Dans cet ouvrage, Sainte-Palaye s'est proposé de donner une juste idée de l'ancienne chevalerie, de faire connaître la nature et l'utilité de cet étabhssement, en mettant sous les yeux du lecteur : 1" l'éducation qui préparait les jeunes gens à la chevalerie ; 2° les exercices des tournois, qui les rendaient propres à la guerre ; 3° l'usage que l'on faisait, dans les armées, de la valeur, de l'adresse et de l'expérience des chevaliers; 4" les récompenses promises à ceux qui se distingueraient dans les combats, et les punitions dont ils étaient menacés s'ils manquaient à leur devoir. Enfin il voulut examiner les causes qui produisirent la décadence et la chute de la chevalerie, et les inconvénients qui devaient en contre-balancer les avantages.

Pour composer son mémoire, le savant académicien s'est beaucoup servi de nos vieux romans, dont il avait lu et relu un grand nombre, en particulier le roman de Perceforest. Il est seulement à regretter

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