‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 22 sur 196 · SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

SAINT-SIMON

volumineuses correspondances ; mais à peine y trouve-t-on quelques alkisions aux événements publics, jamais de récits ; l'histoire actuelle de la France, pour les contemporains, n'était plus qu'un sujet de tristesse et de dégoût ; le pouvoir ne voulait pas qu'on parlât d'aucune manière, et il ne restait dans les écrivains aucun sentiment assez vif pour qu'ils songeassent à le braver ou à se dérober h sa censure. Dans toute l'histoire de France, on trouverait h peine une période où les narrateurs des événements contemporains aient plus complètement manqué, que durant le règne de Louis XV i. »

Les mémoires personnels sont abondants au dix-huitième siècle à proportion de la disette des mémoires politiques. Jamais les Français ne furent possédés comme à celte époque de la manie de parler d'eux mêmes, d'entretenir le public de leurs moindres actions et de tout ce qui pouvait les concerner depuis le berceau jusqu'à la tombe, enfin de consigner à la postérité mille Inutilités, mille bagatelles n'ayant d'intérôt que pour la vanité de ceux qui les rapportaient. De grands seigneurs donnèrent dans ce travers comme les gens de lettres devenus la puissance du jour, et par là disposés à croire que rien de ce qui les touchait ne pouvait être indifférent à l'avenir. Ainsi s'amoncelèrent des masses de mémoires, de souvenirs, de confessions, etc., dans lesquels les écrivains nous parlent avec les plus minutieux détails de leurs ouvrages en prose ou en vers, de leurs succès, de leurs jalousies, de leurs inimitiés, de leurs protecteurs et de leurs maîtresses, et les femmes de leurs intrigues, de leurs trahisons, de leurs bonheurs et de leurs désespoirs. Parmi tant d'écrits confidentiels, un petit nombre seulement méritent notre attention pour l'agrément du style ou pour certains faits propres soit à jeter du jour sur les événements publics, soit à faire connaître les mœurs de l'époque.

En tête des auteurs de mémoires du dix-huitième siècle, il faut citer l'incomparable Saunt-Simon, qui ne mourut que le 2 mars 17oo, à l'âge de quatre-vingts ans, et dont le récit ne se termine qu'avec la régence du duc d'Orléans, vers l'année 1723. Nous nous sommes assez longuement arrêté, dans un autre volume, sur cet écrivain original, qui appartient au dix-septième siècle plus encore qu'au dix-huitième, pour que nous n'ayons pas à y revenir.

Après Saint-Simon, nous nommerons un auteur d'un genre bien différent, mais d'un talent rare, une femme, qui ravit par les petits détails, comme le célèbre duc captive généralement par l'importance des faits. Nous voulons parler de M°"^ de Staai., W^" de Launay^ (1693- 1750), qui, elle aussi, nous entretiendra de la régence, mais dans un esprit tout opposé à celui de Saint-Simon : M""" de Staal aime et sert

1 Histoire des Français, XXVII, p. 439.

2 M"" de Launay ou Delaunay n'a jamais, on ne sait pourquoi, porté le nom de son père qui s'appelait Cordier et était réfugié en Angleterre. Le nom de de Launay était celui de sa mère.

Pr.OSATEUHS DU XVIH° SIÈCLE. 13

ceux que le duc et pair déleste et se réjouit de voir dégrader.

II n'y a pas deux voix sur le charme et l'intérôt des Mémoires ^ de M"" de Launay, celte spirituelle amie des Fontenclle, des Chaulicu, des Valincour, des Vertot, des Malézieu, des du DefFant. Dès leur apparition, ITo.ï, ils furent regardés comme un ouvrage unique dans son genre et obtinrent un succès prodigieux.

Les faits qu'ils renferment sont peu de chose. M^''= de Launay, qui prit le nom de M™'= de Staal quand elle se fut mariée, n'étant déjà plus jeune, à un officier suisse, pour avoir le droit de monter dans les carrosses, était loin de se flatter que les événements de sa vie « méritassent jamais l'allention de personne ». Et si elle se donna la peine de les écrire, ce ne fut que pour s'amuser par le souvenir des choses qui l'avaient intéressée.

M"'' de Launay reçut une éducation beaucoup au-dessus delà position qu'elle devait occuper dans le monde.

« Il m'est arrivé, dit-elle, tout le contraire de ce qu'on voit dans les romans, où l'héroïne, élevée comme une simple bergère, se trouve une illustre princesse. J'ai été traitée dans mon enfance en personne de distinction ; et par la suite je découvris que je n'étais rien, et que rien dans le monde ne m'appartenait. Mon âme, n'ayant pas pris d'abord le pli que lui devait donner la mauvaise fortune, a toujours résisté à l'abaissement et à la sujétion où je me suis trouvée. C'est là l'origine du malheur de ma vie -. »

A quatorze ans elle connaissait et entendait Descartes ; elle lisait la Recherche de la vérité, du P. Malebranche, et « se passionnait du système de l'auleur ». Mais son bon sens l'avertit bientôt du danger de ces études peu faites pour une femme, et auxquelles elle se portail avec une ardeur qui lui faisait trouver tout le reste fade et insupportable.

a Je prenais, dit-elle, un si grand plaisir à cette prétendue découverte de la vérité, que je ne pouvais souffrir rien de ce qui m'en détournait. Les amusements, les sociétés ordinaires, tout me déplaisait, hors l'étude et les entretiens qui s'y rapportaient. Cependant, à force de penser, j'eus des pensées qui m'inquiétèrent. Je craignis que la philosophie n'altérât la foi; que ces idées métaphysiques ne fussent une nourriture trop forte pour un esprit peu capable encore de les bien digérer; et je pris, au fort de ma passion, le parti d'en éloigner l'objet jusqu'à ce que je pusse m'y livrer sans danger 3. »

Cependant elle entretint et cultiva le goût des choses littéraires. Dès sa tendre jeunesse, et alors que son cœur commençait à battre pour la première fois, elle s'amusa à composer des contes et des romans

1 Voir Mémoires de ili™'= rft? Staal {M'^^ Delaunay) sur la fin du règne de Louis XIV, la cour de Sceaux, la conspiration de Cellamare et la Bastille, suivis des lettres de M'^' de Staal à 3i"* la maniuise du Deffant et des lettres de Chaulieu à M'" Delaunay, avec notice historique, notes et table analytique, par :M. de Lescure. .2 vol. in-18. Lemerre, 1877.

- Mém.,t. I, p. 27.

3 Ibid., p. 35.

M"^e DE STAAL. 19o

pour donner quelque essor aux senliments dont son âme était remplie, et pDur avoir lieu de placer différents portraits du même original, qu'elle peignait tantôt de face et tantôt de profil ^

Ceci était le rêve charmant; mais la réalité était triste et poignante. Sans fortune, sans protection, qu'allait-elle devenir avec tous ses beaux talents et ses instincts de grande dame?

Après avoir été longtemps dans une position très précaire, mademoiselle de Launay, qui avait rêvé un sort brillant, dut enfin consentir à entrer comme femme de chambre chez la duchesse du Maine. Elle y fut d'abord dans une véritable domesticité. Quelques personnes connaissaient bien sa valeur, mais, en cherchant à la faire briller, elles ne surent que lui causer de mortifiantes humiliations.

La duchesse de la Ferté l'avait vantée comme une personne extraordinaire par son esprit et par ses connaissances. Elle la fit venir à la cour, la produisit au souper du roi, la fit remarquer au duc de Bourgogne.

« Elle ne s'en tint pas là, nous raconte M"* de Launay. Le lendemain, étant allée chez la duchesse de Noailles, elle me manda d'y venir : j'arrive. Voilà, dit-elle, madame, celte personne dont je vous ai entretenue, qui a un si grand esprit, qui sait tant de choses... Allons, mademoiselle, parlez... Madame, vous allez voir comme elle parle. Eile vit que j'hésitais à répondre, et pensa qu'il fallait m'aiJer, comme une chanteuse qui prélude, à qui l'on indique l'air qu'on désire d'entendi-e. — Parlez un peu de religion, me dit-elle; vous direz ensuite autre chose. Je fus si confondue, que cela ne se peut représenter, et que je ne puis même me souvenir comment je m'en tirai. Ce fut sans doute en niant les talents qu'elle me supposait, et, à ce qu'il me semble, pas tout à fait si mal que je l'aurais dû.

« Cette scène ridicule fut à peu près répétée dans d'autres maisons où l'on me mena. .le vis donc que j'allais être promenée comme un singe, ou quelque autre animal qui fait des tours à la foire. J'aurais voulu que la terre m'engloutît, plutôt que de continuer à jouer un pareil personnage *. »

Quant à l'égoïste duchesse du Maine, qui se voyait entourée, dans sa petite cour de Sceaux, d'une foule de beaux esprits quelque peu maniérés, elle ne se doutait pas qu'elle avait, en la personne d'une de ses femmes de chambre les plus modestes et les moins apparentes, un trésor de bon sens, de bon goût, d'intelligence élevée et de véritable esprit. Elle en fit la découverte à l'occasion d'une lettre que M'i" de Launay écrivit, d'après le désir de la princesse, à Fontenelle dont on riait fort dans le moment pour une visite rendue par lui à une jeune fille nommée M^'^ Têtard, laquelle ^ excitait la curiosité du public par un prétendu prodige qui se passait chez elle ». La lettre de M'^'= de Launay, écrite uniquement dans l'intention de s'attirer une réponse qui pût servir à l'apologie du philosophe, réussit merveilleusement, et devint l'affaire du jour. On en prit des copies: elle courut tout Paris, et, quand on connut la main d'où elle était par-

1 Mém., t. I, p. 62.

2 Ibid., p. 83.

lie, la spirituelle correspondante du doyen des beaux esprits fut accablée d'éloges, et chacun s'empressa de féliciter la duchesse de posséder une personne dont elle pouvait faire un usage si agréable. En effet, la lettre de M"" de Launay était tournée de la manière la plus piquante et la plus ingénieuse.

« On s'étonne, et peut-être avec quelque raison, disait-elle au fameux sceptique, que le destructeur des oracles, qui a renversé le trépied des sibylles, se soit mis à genoux devant le lit de M'" Têtard. On a beau dire que les charmes, et non le charme de la demoiselle, l'y ont engagé : ni l'un ni l'autre no valent rien pour un philosophe. Aussi chacun en cause. Quoi! disent les critiques, cet homme qui a mis dans un si beau jour des supercheries faites à mille lieues loin, et plus de deux mille ans avant lui, n'a pu découvrir une ruse tramée sous ses yeux? Les partisans de l'antiquité, animés d'un vieux ressentiment, viennent à la charge : — Vous verrez, disent-ils, qu'il veut encore mettre les prodiges nouveaux au-dessus des anciens. Enfin, les plus raffinés prétendent qu'en bon pyrrhonien, trouvant tout incertain, vous croyez tout possible. D'un autre côté, les dévots paraissent fort édifiés des hommages que vous avez rendus au diable : ils espèrent que ce'a pourra aller plus loin. Les femmes aussi vous savent bon gré du peu de défiance que vous avez montré contre les artifices du sexe. Pour moi, monsieur, je suspens mon jugement jusqu'à ce que je sois mieux éclaircie •. »

Celte citation suffit pour faire comprendre les témoignages de flatteuse estime que recueillit M"*^ de Launay. Elle n'obtint pas seulement le premier applaudissement; la curiosité qu'on eut de la connaître lui procura d'entrer dans les meilleures sociétés et lui valut des amis de distinction.

Cependant chaque jour elle s'insinuait davantage dans la confiance et l'amitié de sa maîtresse, à qui elle devint plus que jamais chère et précieuse quand elle eut accepté la pénible fonction de lire toutes les nuits auprès de celte princesse qui avait perdu le sommeil à force d'inquiétudes et ne pouvait plus être endormie par les contes qu'une de ses femmes lui avait faits jusque-là.

« La princesse, dit M"' de Launay, trouva que je lisais bien, et que je ne parlais point mal. Elle s'accoutuma à m'entretenir ; toute remplie des affaires de sa maison, c'était l'unique objet de ses conversations nocturnes. Les faits, les projets, les plaintes, les regrets, tout y entrait *. »

Celte pleine confiance toucha sensiblement M"^ de Launay, bien qu'elle pût croire, remarque-t-elle finement, « que ce fût moins abondance de cœur qu'abondance d'idées. « Désormais sûre de l'estime de la princesse, elle se dévoua sans réserve au soin de lui plaire, et, pour ne pas la quitter, refusa généreusement de séduisantes propositions.

^ Mcm., t. I, p. 123. Fontenelle répondit à cette lettre par une épître aussi flatteuse que spirituelle. Voir les Mémoires, édit. Lemerre, t. I, p. 125. 2/éîû?., p. 139.

Cependant l'état de domesticité mal dissimulée auquel elle était réduite contrariait fort sa fierté naturelle. Elle se sentait faite pour une posilion plus relevée. Malgré tous ses efforts sur elle-même, il lui était bien difficile de vivre avec toutes les filles de condition inférieure parmi lesquelles elle était confondue. Aussi n'avait-elle « pas une entière approbation dans le corps des femmes de chambre ». A tenter de plaire à toutes, de tout accorder, la plus habile politique eût échoué.

« On peut prendre quelque ascendant sur des gens qui ont des vues saines, des intérêts connus, des passions ordinaires ; il n'en est pas de même de ces sortes d'esprits, dont les idées sont à l'envers, les mouvements à contre-sens, étales bas intérêts cachés dans la poussière i. »

L'adversité allait bientôt la relever à ses propres yeux comme à ceux du monde.

L'aventureuse et légère duchesse du Maine avait été arrêtée (il décembre i718) pour avoir tramé la ridicule conspiration de Cellamare, à l'effet d'organiser une grande ligue du Xord et du Midi, et d'obtenir par la force ouverte le rétabhssement des Stuarts, le renversement du Régent, et la réintégration du duc du Maine dans tous les droits de bâtard légitimé dont il s'était naguère laissé tranquillement dégrader par le Parlement. M"« de Launay fut enfermée à la Bastille avec quelques-uns des serviteurs intimes de la duchesse. Menaces et promesses furent inutilement employées pour la faire parler. Jamais on ne put tirer d'elle un mot compromettant pour sa maîtresse. Sa captivité devint plus rigoureuse. Heureusement elle fut adoucie par son gardien, le Heutenant de roi la Maisonrouge, à qui elle avait inspiré une vive passion.

« M. de Maisonrouge, raconte-t-elle, débarrassé, par la sortie de quelquesuns des nôtres, d'une partie de ses soins, les redoubla à mon égard. Il prenait, sans s'en apercevoir, !e plus grand attachement que jamais personne ait eu pour moi. C'est le seul homme dont j'aie cru être véritiiblement aimée, quoiqu'il me soit arrivé, comme à toute femme, d'en trouver plusieurs qui m'aient marqué des sentiments. Celui-ci ne me disait pas un mot des siens; et je crois m'en êire aperçue longtemps avant lui. Il était tellement occupé de moi, qu'il ne parlait d'autre chose. J'étais l'unique objet de son entrelien avec tous les prisonniers à qui il rendait visite ; et il croyait bonnement que c'étaient eux qui ne faisaient que lui parler de moi. Il revenait me voir, tout ravi de l'estime prétendue que je leur avais inspirée. Cela est étonnant, me disait-il, à quel point on vous admire, et combien ici tout le monde s'intéresse à vous. On m'en parle sans cesse, et je ne puis aller nulle part que je n'entende vos louanges. Cela devint vrai par la suite, quand on eut remarqué le plaisir extrême qu'il y prenait 2. »

M^'^ de Launay, tout en ménageant M. de Maisonrouge pour ses bons offices, ne pouvait pas répondre à son amour. Elle en avait

1 Mém., t. I, p. 109.

« Ibid., p. 211, 212.

elle-môme conçu un très vif pour un de ses compagnons de captivité, le chevalier de Ménil, qui s'était aussi épris d'elle et avait marqué l'intention de l'épouser. Us trouvaient moyen de se voir souvent, et le temps qu'elle n'était pas avec lui, elle le passait à lui écrire. Déjà une fois elle avait aimé. Le marquis de Sillylui avait inspiré des sentiments qui demeurèrent toujours ardents au fond de son cœur, même quand l'indifférence du marquis leur eut fait changer de nature. Elle espérait être plus heureuse avec M. de Ménil. Mais elle ne trouva en lui qu'un ingrat, qui tourna ses vues ailleurs dès qu'il crut y trouver son avantage. M"" de Launay, malgré son peu de beauté, devait encore faire naître plus d'une passion « longtemps après y avoir renoncé, et dans un âge où l'on n'en inspire plus ' ».

Cependant la duchesse du Maine, pour obtenir sa liberté, avait confessé à peu près tout ce qu'on avait désiré. On n'en persista pas moins à vouloir faire parler M"'' de Launay. La menace môme de rester toute sa vie à la Bastille ne put lui arracher la moindre révélation. La seule complaisance qu'elle eut fut d'écrire au Régent une confession très inoffensive, à décharge bien plus qu'à charge pour la princesse, et où elle se contentait de dire qu'elle avait vu sa maîtresse fort préoccupée de quelque affaire dont elle n'avait pas su le détail. Enfin on lui rendit la liberté. Elle revit la duchesse du Maine. Au lieu des remercîments qu'elle était en droit d'altendre, elle n'en reçut qu'un froid accueil. Pour toute faveur, la duchesse fit pratiquer une fenêtre et une cheminée dans la chambre froide et humide où sa spirituelle suivante avait si souvent reçu de distingués et illustres visiteurs.

Cependant la duchesse, crainte de perdre une confidente qui lui était devenue de jour en jour plus nécessaire, songea à la sortir de la position douteuse où elle était jusqu'alors demeurée. Elle lui donna le droit de marcher de pair avec toutes ses dames, en lui faisant épouser un officier retiré du corps suisse dont le duc du Maine était colonel général.

Quand M""^ de Launay fut devenue M™'' de Staal, sa considération grandit beaucoup à la petite cour de Sceaux. Néanmoins, plus d'une humiliation lui fît sentir, en diverses circonstances, qu'on n'oubliait pas combien elle était de mince noblesse. La duchesse, la retromant à Paris, après une courte absence, lui témoigna beaucoup de joie de la revoir sous sa nouvelle forme et lui prodigua d'abord les distinctions, mais les mortifications ne tardèrent pas à s'y mêler :

« J'eus tous les agréments des dames dans sa maison, sa table, l'entrée dan<i son carrosse. Cependant je sentis, dans une occasion qui^se présenta, sa répugnance à me montrer si près d'elle au grand jour. C'était le temps où le roi fait la revue des gardes suisses. M. le duc du Maine lui dit qu'il fallait qu'elle y vînt, et me donnât ce spectacle. Elle y fut, et m'y fit aller avec M™* de Suri,,, dans un autre carrosse que le sien, où elle mit M™* de Bess, .., plus

1 Mém., t. H, p. 76.

connue à la cour: d'où je jugeai que le sacrement du mariage n'effaçait pas les taches originelles comme celui du baptême *. »

M™'^ de Staal se consolait de ces petits déboires par la culture des lettres et par le plaisir de voir, quand elle le pouvait, ses anciens amis et ceux que sa nouvelle position lui avait procurés, comme la marquise du Deffant. En se tenant tranquillement à sa place, elle continuait à faire preuve de ce bon sens qui la caractérisait si éminemment qu'elle a pu très légitimement dire d'elle-même « que sa folie avait toujours été de vouloir être raisonnable, et que c'était pour fortifier sa raison qu'elle avait rempli sa vie d'occupations sérieuses, plutôt que pour orner son esprit dont elle faisait peu de cas -. » — « Mon caractère et mon esprit, disait-elle encore, sont comme ma figure, il n'y a rien de travers; mais aucun agrément. » La postérité apprécie également et sa raison et son esprit.

Ce que nous avons cité de cette femme distinguée suffit à faire juger qu'elle tient beaucoup, pour le style, de l'époque de Louis XIV qui vit sa jeunesse.

Grimm ^ ne trouvait pas que, la prose de Voltaire à part, il y en eût de plus agréable que celle de M'"'^ de Staal ; il vante la rapidité étonnante, la touche fine et légère, les traits de pinceau sans nombre, les réflexions neuves, fines et vraies, le naturel et la chaleur toujours également soutenus, qui font le mérite de ses Mémoires.

Longtemps avant, le marquis d'Argenson avait dit dans son journal manuscrit :

« Elle écrit mieux que M™e de Sévigné ; moins d'imagination, plus de sagesse, plus de sentiment, plus de vérité *. »

L'éloge est excessif, mais il montre quel cas les meilleurs esprits du dix-huitième siècle faisaient d'une femme qui n'eut jamais la prétention d'être un auteur.

Narratrice charmante, M"'^ de Staal décrit avec autant de naturel et d'agrément qu'elle en met à raconter :

« On jugea à propos de me faire voir M. de S... (Staal), et de me montrer à lui. L'entrevue se fit chez M"e de Suri... Il fut plus content de moi qu'il n'y avait lieu de l'espérer. Je ne portai aucun jugement de lui à ce premier abord ; mais quelque temps après, je fus avec 51. et M™^ Suri... à sa maison de campagne où nous dînâmes. Le lieu, le repas, la compagnie, tout rappelait la simplicité de l'âge d'or. Je trouvai une petite maison gaie et propre par la blancheur des muraUles ; il lui seyait de n'être point meublée. Je n'ai pas fait tant de cas, par la suite, de cette espèce d'ornements. La volatile d'une basse-cour, la chair des troupeaux, les fruits du verger, couvrirent la

1 Mém., t. II, p. 88.

2 Ibid., p. 70, 71.

•* Corresp. litt., 15 août 1754.

* Mémoires manuscrits du marquis d'Argenson.

table Nos j.Hines hôtesses, comme au temps où l'on reverrait Jupiter Hospitalier, préparèrent une partie des mets, nous régilèrent de gâteaux et de fromages façonnés et servis par leurs mains. Je considérai avec plaisir cette façon de vivre si conforme à la nature, qui nous est devenue étrangère; et je crus qu'elle me conviendrait. Je fus contente du maître de la maison, de son maintien, d'une certaine politesse non étudiée, qui part du cœur et annonce un caractère doux et bienfaisant. En effet, c'est le sien. Son âme, exempte de toutes passions, va vers le bien par une pente naturelle, sans être retenue ni détournée par rien. Il résulte de ce calme inaltéiablc une parfaite égalité d'iiumeur; des vues saines, parce qu'elles ne sont offusquées d'aucun trouble d'esprit; plus de justesse que d'abondance d'idées; peu de discours, mais sensés; enfin quelqu'un dont la société ne peut incommoder; aussi incapable de faire naître l'enjouement, que de donner du dt'goiit. Je sentis confusément tout ceci, que je démêlai par la suite; et je trouvai un bomme que la nature avait placé où la raison ne saurait arriver. Nous eûmes une conversation après le dîner, dans laquelle on traita l'affaire dont il s'agissait. M. de S... témoigna la désirer extrêmement, et néanmoins tint ferme à ne la conclure que lorsqu'il serait muni du titre qu'il demandait. J'approuvai cette sage précaution; et nous nous séparâmes contents lun de l'autre. Quand je fus montée en carrosse, il mit à mes pieds un agneau le plus gras de son troupeau, qu'il me pria d'emmener avec moi : cotte galanterie pastorale me sembla parfaitement assortie à tout le reste i. »

Assez souvent une image originale vient relever l'agrément d'un style charmant de simplicité limpide et de gracieux naturel. M"'' de Launay parle d'un chevalier d'Ilerb... qui rendait fréquemment visite à M™'' de Silly au château de laquelle elle se trouvait alors, et qu'elle jugea d'abord « homme d'esprit et de bonne compagnie».

« Il venait souvent, dit-elle, sans être invité, et restait longtemps sans qu'on fît effort pour le retenir. D'où nous jugeâmes, M'" de Silly et moi, qu'une de nous deux lui avait plu ; mais il n'était pas aisé de discerner sur qui tombait son choix. Je pariai pour elle, elle pour moi ; et cela devint une affaire entre nous, de découvrir à qui appartenait cette conquête. Elle était véritablement des plus minces ; mais dans la solitude les objets se bouffonnent, comme ce que l'on met dans la machine du vide 2. »

Ailleurs elle dira, avec autant de mélancolie que d'imagination :

«Disposée naturellement et accoutumée par un long usage à m'attacher, je n'avais plus la force de me passer de cette espèce de soutien, mais alors je savais qu'un tel appui, cliancelant lui-même, tombe sur celui qui s'y repose, et ne manque guère de l'écraser. »

Une douce ironie, une aimable gaieté animent fréquemment le récit de la spirituelle sotibretle de cour. A propos des efforts que faisait la duchesse du Maine pour soutenir contre le Régent les droits des princes légitimés, M'^'= de Launay raconte:

' Mémoires de il/^e de Staal, t. II, p. 82-83. « Menu, t. I, p. 48.

« Il parut alors une multitude d'écrits imprimés pour établir ou réfuter les raisons de part et d'autre. La matière n'y était qu'ébauchée ; mais elle fut traitée à fond dans le grand mémoire des princes légitimés, qui se fit sous les yeux de M"' la duchesse du Maine par le cardinal de Polignac, M. de Malézieu, et M. Davisart, avocat gént'ral du parlement de Toulouse, qui avait été présenté depuis peu à M. le duc du Maine, comme un homme de beaucoup d'esprit et d'une capacité supérieure dans les affaires.

« M™" la duchesse du Maine contribua beaucoup elle-même à, cet ouvrage, non-seulement par ce qu'elle tirait de ses propres lumières, mais encore par ses laborieuses recherches. La plus grande partie des nuits y était employée. Les immenses volumes, entassés sur son lit comme des montagnes dont elle était accablée, la faisaient, disait-elle, ressembler, toute proportion gardée, à Encelade abîmé sous le mont Etna. J'assistais à ce travail, et je feuilletais aussi les vieilles chroniques et les jurisconsultes anciens et modernes jusqu'à ce que l'excès de fatigue disposât la princesse à prendre quelque repos. Alors succédait une lecture que je faisais pour l'endormir. Puis j'allais de mon côté chercher le sommeil, que je ne trouvais guère.

<i Le désir d'enrichir cet ouvrage de tout ce qui pouvait lui donner plus de poids, faisait ramasser de toutes parts les exemples et les autorités favorables à la cause Mille gens obscurs s'offraient à ces recherches, et venaient apporter leurs minces découvertes; la plupart m'étaient renvoyés, ou avertis du moins de s'adresser à moi. Un entre autres, renommé par son grand savoir (c'était Boivin l'aîné, plus Hébreu que Français, plus au fait des usages des Chaldéens que de ceux de son pays, qui ne connaissait d'autre cour que celle de Sémiramis), demanda d'être introduit à la nôtre avec ses antiques trésors peu utiles à l'affaire dont il s'agissait. Des exemples tirés de la famille de Nemrod n'eussent été guère concluants pour celle de Louis XIV. Cependant on lui donna jour, et on lui fit dire de venir chez moi. Lorsqu'il arriva, j'étais à la toilette de M"' la duchesse du Maine. On vint m'avertir. Elle me dit: Ne vous en allez pas; il n'y a qu'à le faire entrer, je le verrai. Il entra chez elle, préoccupé qu'on le menait chez une de ses femmes de chambre. Les lambris dorés, l'appareil de sa toilette, la quaniité de gens qui la servaient, rien ne put le tirer de sa première pensée. Il lui parla, l'appela toujours mademoiselle, et sortit sans se douter qu'il eût parlé à d'autre qu'à moi ^ »

Voilà le pauvre érudit bien habillé ; mais dans ce sel attlqiie pas un grain de malice ; dans cette fine moquerie, pas la moindre intention de blesser.

La gaieté de M™^ de Staal est encore charmante quand, après avoir dépeint sa désolation à son entrée en fonctions de femme de chambre, elle nous raconte ses maladresses de couturière chargée de ce qui s'appelle, en termes de l'art, bâtir des chemises : elle s'y prit si bien que quand M"''^ la duchesse du Maine eut mis sa chemise, elle trouva dans le bras ce qui devait être au coude. Et ses balourdises dans le service de la princesse, comme elle nous les rappelle avec agrément! comme elle nous représente bien le mépris avec lequel ses compagnes, adroites et stylées, regardaient ses ineptiesM C'est là du comique

1 Mém.,t. I, p. 152.

^ Ibid., p. 107.

excellent, et bien plus divertissant que celui de ses petites pièces de société, VEnrjnmmeid et la Mode.

Elle jette en courant des réflexions pleines de sens, et qui attestent une profonde observation des hommes. Elle parle ainsi du poète Chaulieu aux soupers voluptueux et bachiques duquel elle parut quelquefois, et qui s'était épris d'amour pour elle quand, déjà caduc, il commençait à devenir aveugle :

« J'envoyai au Temple prier l'abbé do Chauliou de ni'cnvoyer son carrosse pour me mener chf^z lui et ensuite à Sceaux ; il était déjà fort mal de la maladie dont il mourut trois semaines après. Je le vis; et je remarquai combien, dans cet état, ce qui nous est inutile nous devient indifférent. Il avait pris grande part à ma captivité, et ne m(! parut point touché de m'en voir délivrée, .le sentis vivement la perte que j'alluis faire d'un ami qui semblait s'être chargé du soin de répandre de l'agrément dans ma vie, tout autant qu'elle en pouvait comporter <. »

M"<^ de Launay, dans ses bonnes pages, jette sa phrase avec l'aisance la plus gracieuse. Son style est souvent charmant de naturel, mais en même temps il est d'une élégance très polie, très ajustée, parfois presque aussi contrasté et aussi épigrammalique que celui de Fontenellc et de la Motte. Les jeux d'esprit, les saiUies, les traits non appuyés y abondent. Le tout compose un ensemble délicieux, et l'on comprend parfaitement qu'une femme qui parlait et écrivait ainsi ait obtenu toute l'estime des Chaulieu, des Fontenelle, des Voltaire ^.

Les Mémiiires de M'"-^ de Staal sont complétés par une correspondance très curieuse qui éclaircit quelques parties romanesques de sa vie, en particulier son amour pour le chevalier de Ménil. Le commerce épistolaire de M^'"^ de Launay avec son trop aimé compagnon de captivité était quotidien; elle lui adressait souvent, ou du moins écrivait pour lui plusieurs lettres par jour. Nous en avons deux cent quatorze du 28 avril 1719 à l'année 1722. Elles sont, suivant les expressions de l'auteur, les actes originaux qui attestent la vérité du récit des mémoires, à la suite desquels elle en inséra quelques-unes, pour tenir lieu de ses conversations avec le chevalier, « conversations toujours troublées par la crainte, abrégées par la prudence, «et dont elle avait presque entièrement perdu le souvenir quand elle écrivit les aventures de sa jeunesse. Dans ces lettres, la passion à laquelle elle avait cru pouvoir se livrer sans offenser ni la raison ni la vertu est exprimée sans aucune réserve. « Je parlais, dit-elle, à quelqu'un à qui je me regardais comme déjà unie par les plus sacrés liens, n'attendant pour rendre cet engagement indissoluble et authentiq ue que la lin de

1 Mém., t. II, p. 39.

2 Fontenelle cependant ne lui garda pas toujours cette grande estime. Ne disait-il pas, après la publication à^s Mémoires, dépité d'un succès qu'il n"avait pas préparé : « J'en suis fâché pour elle, je ne la soupçonnais pas de cette petitesse; cela est écrit avec une élégance agréable, mais cela ne valait guère la peine d'être écrit » ?

notre captivité. » Sous l'influence d'une première passion, cet esprit si raisonnable se dérange par moments; et elle le sent bien.

rt Nous devenons trop insensés l'un et l'autre, écrit-elle au chevalier, je commence à en avoir honte ; nous savons si peu ce que nous disons, que le mieux serait de nous taire. J'avais toujours bien pensé qu'on était obligé de renoncer à l'amour ou à la raison, car on ne peut les faire vivre ensemble, etc. *. »

Il lui fallut bientôt, nous l'avons dit, renoncer à cet amour si cher, le chevalier ayant jugé qu'une jeune fille qui n'avait pour tout bien que son esprit n'était pas pour lui un assez bon parti, La douleur de M^''' de Launay est exprimée avec dignité dans les dernières lettres à M. de Ménil.

Après la correspondance avec le chevalier, on goûte encore un vif intérêt à lire les vingt-deux lettres adressées à M""' du DefTant ^, les quarante et une lettres au marquis de Silly, son ami de toute la vie, et surtout la correspondance en partie littéraire et politique, au nombre de vingt-sept lettres, du 28 juillet 1740 au 18 janvier 1749, avec M. d'Héricourt, homme distingué qui avait la confiance de M™*^ de Slaal, et l'un de ceux à qui elle communiqua ses Mémoires.

De la lecture de toute cette correspondance, on rapporte une bonne opinion sur cette femme qu'on a prétendu, d'après une saillie d'ellemême, ne s'être peinte qu'en buste dans ses Mémoires. Une créature

1 Lettre au chevalier de Ménil, LXIV, lOjuill. 1719, éd. 182I. * Lire, en particulier, la lettre du 15 août 1747, où est racontée avec tant de spirituelle malice l'arrivée chez la duchesse du Maine, à Anet, de Voltaire et de M""" du Châtelet, tmînant avec eux leur physique :

« M"* du Châtelet et Volt-iire, qui s'étaient annoncés pour aujourd'hui, et qu'on avait perdus de vue, parurent hier sur le minuit, comme deux spectres, avec une odeur de corps embaumés qu'ils semblaient avoir apportée de leurs tombeaux, etc. » Rien de plus plaisant que la manière dont la mordante Staal représente l'attitude singulière des deux personnages dans la maison et leurs bizarreries affectées. Dans la célèbre newtoniennc, dans la divine Emilie, elle ne voit, elle qui avait aussi des connaissances scientifiques, qu'une pédante ridicule. Elle nous la montre faisant la revue de ses principes. « C'est, dit-elle, un exercice qu'elle réitère chaque année, sans quoi ils pourraient s'échapper. Je crois bien que sa tête est pour eux une maison de force, et non pas le lieu de leur naissance. »

L'appréciation, légèrement médisante, de M™^ de Staal est confirmée par Boisjourdain, qui, dans ses Mélanges historiques, s'itviques et anechtiques (t. m, p. 96 102), parle aussi des prétentions et des ridicule-i de la volage maîtresse de Voltaire, et ne croit pas non plus à la science de la soi-disant auteur des Institutions de physique, et de la traductrice des Principes de Newton. Le malin écuyer de Louis XV dit que « née sans talents, sans mémoire, sans goût, sans imagination, elle s'est faite géomètre, pour paraître au-dessus des femmes, ne doutant point que la singularité ne donne la supériorité. »

Lire encore, pour avoir une idée du meilleur style de M"* de Launay, la lettre qui contient la description du château de Sorel, la peinture de ses mornes et tiistes habitants, et le portrait de la dame du lieu qui « est à désirer quelque pointe de tracasserie pour réveiller la compagnie ».

légère et désordonnée n'aurait pas eu, dans sa correspondance intime, un ton si constamment décent, chaste et réservé.

Pour mesurer toute la distance qui sépare deux époques très rapprochées, la fin du règne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV, il faut, quand on a lu les Mémoires de M™^ de Staal, lire les Souvenirs de M™'= de Caylus, qui circulèrent en copies manuscrites multipliées et obtinrent un grand succès après la mort de l'auteur et jusqu'à ce que Voltaire s'en fit le premier éditeur, en 1776, et qui depuis ont toujours été recherchés avec avidité.

Marthe-Marguerite de Villette de Murçay (1673 1729), qui épousa le marquis de Caylus n'étant pas encore âgée de treize ans, descendait du célèbre Thcodore-Agrippa d'Aubigné, et était nièce à la mode de Bretagne de M"'' de Maintenon. Elle fut enlevée à sa famille calviniste pendant que son père, huguenot très zélé, était en mer. Pour faire abjurer la jeune enfant, M'"'^ de Maintenon employa les moyens les plus doux. Je pleurai d'abord, raconte-t-elle elle-même, mais je trouvai le lendemain la messe du roi si belle, que je consentis à me faire catholique, à condition que je l'entendrais tous les jours, et qu'on me garantirait du fouet. C'est là tuute la controverse que l'on y employa et la seule abjuri'tion que je fis.

Placée à Saint-Cyr, la jeune de Villette y reçut une brillante éducation. M"'' de Maintenon se fit elle-même sa maîtresse, provoquant et dirigeant ses réflexions, lui faisant rendre compte de ses lectures et des sermons qu'elle avait entendus, enfin exigeant d'elle qu'elle écrivît chaque jour à quelque personne de son choix une lettre qui était soumise à l'approbation de la royale directrice de Saint-Cyr. La dociUté et les succès de la jeune personne augmentèrent la tendresse de sa tante, qui bientôt la prit auprès d'elle à la cour. Elle put donc bien connuître l'illustre parvenue qui lui contait ses pensées secrètes et ses déplaisirs, voir de près Louis XIV et tout ce monde brillant de Versailles. Aussi les courts Mémoires qu'elle rédigea, un an avant sa mort, à la prière de son fils, le savant antiquaire et l'auteur estimable de romans de féerie et de chevalerie, Anne-Claude-Philippe de Tubière de Caylus, sont-ils un des ouvrages qui font le mieux pénétrer dans l'intérieur de la cour du grand roi. Malheureusement, la charmante narratrice dont les années avaient déjà affaibli la mémoire, et qui mourut prématurément, a quitté son récit au moment où il serait devenu le plus intéressant, quand, après avoir fait de piquantes révélations sur la duchesse de Bourgogne, elle allait aborder les dernières années de Louis XIV.

Ces mémoires inachevés ne sont donc qu'un fragment" où il est surtout question des d'Aubigné, des maîtresses du roi, du personnel de la cour, et plus que de tout le reste, de M"'= de Maintenon. Ce ne sont pas même des mémoires, mais de simples Souvenirs.

« Le titre de Mémoires, quoique de toutes les façons d'écrire la plus simple et la plus libre, m'a cependant paru, dit M""' de Caylus, encore trop se-

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