‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 38 sur 196 · SPINETTA · texte numérisé non relu

SPINETTA

Sans doute. Par exemple : j'aime les perdrix et le poisson, est-ce que je me soucie que le poisson et les perdrix m'aiment ^ ? »

C'est bien ainsi, vraiment, que les roués de la Régence traitaient l'amour et les femmes.

' Voir notre tome II, p. 564.

2 Œuvres de Le Grand, édit. 1770, t. II, p. 336.

MARIVAUX, ALLALWAL. 301

Du reste Le Grand, ce fécond fournisseur de nouveautés habituellement piquantes par rà-propos\ ne manquait pas d'un certain mérite. Parmi ses petites pièces qu"on jouait, comme celles de Dancourt, à la fin du spectacle, et qu'il produisait avec une extrême facilité, plusieurs, commeVAveugle clairvoyant, le Galant coureur, les Amazones modernes, offrent des scènes divertissantes, bien qu'elles soient gâtées par un comique chargé.

Tous les autres comiques de l'école de Dancourt sont, comme Le Grand, remphs de gaillardises un peu fortes, et, disons le mot, d'obscénités révoltantes. Aussi plats, aussi stériles qu'immoraux, ils ne méritent pas seulement d'être nommés ici.

L'auteur de comédies en prose qui eut le plus de succès au dix-huitième siècle, c'est Marivaux (1688-1763), dont la vie fut partagée entre le roman et le théâtre. Celui-là s'apphque toujours à respecter la décence. Il attachait les femmes et les jeunes gens par la manière fine avec laquelle il peignait les caprices, les inconséquences, les dépits d'une femme livrée aux agitations del'amour-propre. Les comédies de Marivaux sont une analyse peu variée, mais cependant très piquante du rôle que joue la vanité dans nos plus vives affections^. On eut rarement à un aussi haut degré le talent de faire rendre à l'idée la plus mince tout ce qu'elle peut donner, et de tirer des sentiments seuls toutes les péripéties qui, généralement, sont le produit des circonstances extérieures.

L'auteur des Jeux de l'amour el du hasard, du Caprice de l'amour, de VÉpreuve et du Legs, n'est pas seulement un ingénieux anatomiste du cœur humain, c'est encore un écrivain distingué, malgré les affectations et les recherches de style qui, depuis, se sont appelées, de son nom, du marivaudage. Constatons cependant que ce marivaudage n'existe que dans les parties comiques de son œuvre, dans la bouche de fats, de coquettes ou de valets, mais jamais dans celle des personnages sérieux ou intéressants de ses pièces.

Un autre auteur, non sans mérite, mais qui fut loin d'avoir les mêmes succès que Marivaux, et vécut toujours dans la misère, d'AL- LAiNVAL (1700-1 7.i3), a fait plusieurs comédies dont une, l'École des Bourgeois, est restée au répertoire.

La Harpe signale comme excellente, et nous croyons devoir citer la scène xiv de l'acte II où l'homme de cour se concilie pour un moment les bonnes grâces de M. Mathieu, son cher oncle. Le dialogue y rappelle , en différents traits bien imités, la manière et le ton de Molière.

1 On le vit donner Cartouche le jour môme que le fameux chef de brigands fut exécuté.

2 M^e de Genlis avoue, dans ses Mémoires (t. I, p. 253), qu'elle aimait et't auteur à la folie, parce « qu'il a parfaitement connu un coin du cœur des femmes, et l'a dévoilé avec une finesse et une grâce qu'on ne trouve dans aucun autre auteur masculin. »

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