‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 4 sur 196 · LA NOUVELLE ÉCOLE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE ÉCOLE LITTÉRAIRE

« Un géomètre ! quel fléau pour la poésie qu'un géomètre ! » s'était écriée madame Dacier en voyant apparaître dans la lice l'abbé Terrasson. Toutes les appréciations, toutes les critiques de cet écrivain sensé, mais froid et dénué du sentiment du beau et du grand, sont plutôt d'un mathématicien que d'un esprit fait pour juger et pour sentir la haute poésie.

L'auteur de la Dissertation critique sur l'Iliade d'Iloméve était un partisan déclaré de la perfectibilité ; aussi donnet-il la préférence à Thucydide et à Démosthène sur Homère, aux Latins en général sur les Grecs, au Dante et au Tasse sur Virgile et sur Homère. Nous avons vu depuis reproduire cette théorie ; et cependant nous sommes encore dans l'attente de la grande épopée qui dégradera Homère du premier rang.

Le roman de Séthos, publié par l'abbé Terrasson en 1731, fut loin, avec ses prétentions épiques, d'obtenir cet honneur. Cette pâle imitation du Télémaque, semée de belles réflexions et de traits de morale frappants, ornée de quelques discours éloquents ', mais gâtée, comme à plaisir, par un mélange tout à fait déplacé de physique et d'érudition, tomba, presque dès son apparition, dans l'oubli oîi elle a été laissée depuis et dont elle mérite peu de sortir.

Malgré tout, Terrasson n'était pas une intelligence commune. Le caractère par lequel il se dislingue le plus à son époque, c'est son esprit de philosophie qui s'alliait chez lui à une religion très sincère *, esprit qu'il a défini « une supériorité de raison qui nous fait rapporter chaque chose à ses principes propres et naturels, indépendamment de l'opinion qu'en ont eue les autres hommes. « Il a dit encore ailleurs : « Les sciences naturelles ont prêté leur justesse aux belles-lettres, et les belles-lettres ont prêté leur élégance aux sciences naturelles. Mais pour étendre et fortifier celte union heureuse qui peut seule porter la littérature à sa dernière perfection, il faut nécessairement rappeler les unes el les autres à un principe commun, et ce principe n'est autre que l'esprit de philosophie. » Il se réjouissait de voir cet esprit se répandre partout. « La philosophie, dit-il, fait, pour ainsi dire, l'esprit général répandu dans l'air, auquel tout le monde participe sans môme s'en apercevoir. »

Fontenelle, la Motte, Terrasson, tous ces écrivains se rattachent plus ou moins au parti philosophique. Diderot vante « la Motte. Terrasson, Boindin, Fontenelle, sous lesquels la raison et l'esprit philosophique ou de doute a fait de si grands progrès ^. » Le chef des philo-

1 D'Alembert, dans VÉlofje de l'abbé Terrasson, loue particulièrement « le portrait de la reine d'Egypte en forme d'oraison funèbre, portrait, dit-il, que Tacite eût admiré, et dont Platon eiît conseillé la lecture à tous les rois. »

î Voir sa Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit et de la raison, 1754, 2 vol. in-12.

' Encyclopédie, art. E.ncyci.opédie.

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