ALLAINVAL
LE MAfiQUIS.
C'est moi qui vous devrai tout.
M. MATHiED, à part.
Je ne sais où j'en suis, avec ses politesses.
LE MARQUIS
Monsieur Mathieu, je vous en prie, je vous en conjure. M. MATHIEU, un pcu brusquemeTii.
Je ne le ferai pas, s'il vous plaît.
LE M\RQU1S.
Quoi ! vous me refusez cette faveur ? Il est vrai qu'elle est grande !
M. MATHIEU
Oh ! point du tout.
LE MARQUIS
De grâce 1 parez-moi du titre de votre neveu. C'est celui qui me flatte le plus.
M. MATHIEU
Vous vous moquez ?
LE MARQUIS
Mon cher oncle, voulez-vous que je vous en presse à genoux? (//se met à yenoux.)
M. MATHIEU, se mettant aussi à genoux, pour le faire relever. Eh! monsieur le marquis, monsieur le marquis.... Mon neveu, puisque vous le voulez.
LE MARQUIS
Il semble que vous le fassiez malgré vous.'
M. MATHIEU
Non, monsieur... [A part.) Le galant homme I
LE MARQUIS
Parlez-moi franchement, est-ce que vous n'êtes pas content que j'épouse <s'otre nièce?
U. MATHIEU
Pardonnez-moi.
LE MARQUIS
Vous n'avez qu'à, dire. Peut-être protégez-vous Damis.
M. MATHIEU
Non, monsieur, je vous assure.
LE MARQUIS
Madame Abraham a dû vous dire
M. MATHIEU, l'interrompant.
Ma sœur ne m'a rien dit; et ce n'est que ce matin que le bruit de la ville m'a appris que vous faisiez à ma nièce l'honneur de la rechercher.
I,E MARQUIS
Que veut dire ceci ? Quoi! vous ne h savez que de ce matin 1
M. JIATHIEU.
Non, monsieur le marquis.
LE MARQUIS
Et par un bruit de ville encore? list-il croyable? (Apirt.) Madame Abraham, quoi ! vous que j'estimais, en qui je trouvais quelque savoir-vivre, vous manquez aux bienséances les plus essentielles. Vous mariez votre fille, et voua n'en avez pas vous-même informé M. Mailiieu votre propre frère, un homme de tête, un homme de poids ! Vous ne lui avez pas demandé ses conseils ! Ah ! madame Abraham, cela ne vous fait point d'iimneur. J'en ai honte pour vous, et je suis forcé de rabattre plus de moitié de l'estime que je faisais de vous.
M. MATHIEU, à part.
Ce courtisan est le plus honnête liomme du monde {Au marquis.) Ma
sœur croyait que je n'en valais pas la peine.
LE UARQCIS.
Je vois bien que c'est à moi à réparer sa faute, monsieur Mathieu. J'aime votre nièce, elle m'aime, sa mère souhaite ardemment de nous voir unis ensemble. Tout est prêt pour la noce, équipaf^es, habits, festin. C'est ce soir que nous devons épouser; mais je vais tout rompre, à cause du mauvais procédé de votre sœur.
M. MATHIfcU.
Eli I non, oh! non, monsieur le marquis, je ne mérite pas
i.E MARQUIS, Vinterrompant.
C'en est fait, je n'y songe plus.
M. MATHIEU
Monsieur le marquis, il faut l'excuser.
LE MARQUIS
Les mauvaises raisons m'ont toujours révolté.
M. MATHIEU
Monsieur le marquis, je vous en prie, oubliez cela.
LE MARQUIS
Non, monsieur Mathieu, ne m'en parlez plus.
M. MATHIEU
Monsieur le marquis, monsieur le marquis mon neveu.
LE MARQUIS
Ah! ce nom me désarme. Madame Abraham vous a obligation, si je tiens ma promesse.
M. MATHIEU, à part.
Oh! ma foi! voilà un aimable homme!
LE MARQUIS
Embrassez-moi, de grâce 1 mon cher oncle. Je cours chez moi écrire à votre