‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 44 sur 196 · LES RÉUNIONS ET SOUPERS LITTERAIRES · texte numérisé non relu

LES RÉUNIONS ET SOUPERS LITTERAIRES

rencontrent pas uniquement dans les Se vigne, dans les la Fayette, dans les Maintenon. La marquise de Courcelles, M™« de la Guette, \line (jg Villedieu, ces femmes mêmes offrent de charmantes et quelquefois de ravissantes pages de style.

Le dix-septième siècle a produit une quantité assez considérable de dames qui non seulement eurent une certaine fleur de belles-lettres et d'exquise érudition, mais qui mirent leur plus grand plaisir à cultiver l'étude, même dans ce qu'elle avait de plus sérieux et de plus abstrait. C'est à des femmes que Descartes s'adressait pour hâter le succès de ses Méditations d'un ordre si élevé. La princesse palatine Elisabeth et la reine Christine avaient été ses disciples et ses protectrices, et, après sa mort, nombre de femmes se glorifiaient d'apprécier sa philosophie et se déclaraient cartésiennes. Cependant c'était là l'exception. Parmi les grandes dames d'alors, très peu possédèrent un fond étendu et solide d'études. Un des plus libres esprits de l'ère de Louis XIV croyait faire une proposition bien hardie en demandant qu'au catéchisme, à la couture, à la danse, au chant, à la science de s'habiller, de parler civilement et de faire la révérence, on ajoutât de savoir lire, écrire, compter assez pour tenir conseil, et en outre quelques notions de médecine pour pouvoir soigner les malades. Ces bornes étaient un peu étroites. Mais mieux valait-il encore rester en deçà qu'aller au delà, comme on le fit bientôt. Beaucoup de jeunes filles, dans le dix-huitième siècle, furent initiées à la connaissance delà poésie, de la philosophie, de l'histoire, de la morale. On ne tarda pas à vouloir leur en apprendre autant qu'aux hommes, leur apprendre les mêmes choses et de la même manière. Il en sortit promptement des abus si graves, qu'un homme dont les principes n'étaient pas trop sévères, le prince de Ligne, écrivait, aux approches de la Révolution :

« Les femmes, il y a vingt ans encore, ne savaient seulement pas l'orthographe. A présent je connais dix ou douze Sévignés. Elles n'ont que trop d'esprit. Il faudrait les arrêter i. »

A la fin du dix-septième siècle, les femmes étaient passionnées pour les questions religieuses. Les évêques étaient obligés de s'élever contre « la téméraire critique des femmes les plus ignorantes, » et de réprimer la licence de toutes ces femmes vaines et présomptueuses auxquelles le jansénisme avait appris à parler, malgré l'Apôtre qui leur ordonne de se taire-, et qui, semblables à celles que saint Paul dépeint, apprenaient à parcourir les maisons, discouraient, étaient curieuses, disaient ce qu'il ne fallait pas ^.

Au dix-huitième siècle, elles se passionnèrent avec plus d'excès

1 Mélanges. Mes écarts ou ma tête en liberté, t. XII, p. 187. * Fénelon, Mand. au clergé et au peuple de son diocèse, soumis à Sa Majesté Impériale, pour la récept. de la Constit. du 8 sept. 1713, chap. ni et ix. 3 Id,, Instruct. pastor. sur le jansénisme.

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