‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 45 sur 196 · LES RÉUNIONS ET SOUPERS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

LES RÉUNIONS ET SOUPERS LITTÉRAIRES

encore pour la propagande irréligieuse ; elles voulurent êlre et se montrer philosophes. Triste ambition qui, le plus souvent, coûta cher à leur vertu. Parmi ces femmes philosophes, il y en eut très peu dont la réputation ne fût attaquée, et beaucoup ne durent à leurs connaissances et à leur esprit qu'un surcroît d'impudeur dans le vice. Sans tomber dans les petits détails, que de scandales nous aurions à flétrir, si la nature de cet ouvrage ne nous obligeait pas de glisser sur ce qui n'appartient que de loin à l'histoire de la littérature française !

Pour bien apprécier le rôle littéraire des femmes au dix-huitième siècle, il faut pénétrer dans ces salons, il faut assister à ces soupers qu'elles présidaient et où se trouvait réunie l'élite des beaux esprits.

Chez aucun peuple, la conversation n'a jamais été aussi active qu'en France, et l'on n'a jamais tant conversé en France qu'au dix-huitième siècle. C'est qu'à cette époque, plus qu'a aucune autre, les femmes tinrent le dé de la conversation dans les salons et à table, et qu'elles étaient l'âme de ces réunions où s'effaçaient toutes les distinctions de rang et de naissance, et où le principal titre d'admission étaient les talents et la réputation.

Duclos, dans ses Confessions du comte de '**, a traité avec mépris ces réunions présidées par des femmes à qui les beaux esprits réunis chez elles prodiguaient l'encens. « Tous ces bureaux de bel esprit, dit-il après avoir peint une de ces femmes, ne servent qu'à dégoûter le génie, rétrécir l'esprit, encourager les médiocres, donner de l'orgueil aux sots et révolter le public. »

Delille, dans une des poésies de sa jeunesse, n'a pas parlé plus favorablement de ces cénacles féminins :

o Viendras-tu te soumettre aux petits tribunaux. Où, la navette en main, président nosSaplios; Où ce sexe, autrefois content de nous séduire, Jusque sur les talents exerce son empire ; Efféminé à la fois les esprits et les mœurs; Étouffe la nature en la chargeant de fleurs. Et, bornant des beaux-arts la carrière infinie, Veut réduire à ses yeux les élans du génie * ! »

Reaucoup d'autres ont ridiculisé et satirisé ces réunions où les femmes sortaient un peu trop de la modestie et de la réserve qui leur conviennent. Au moins ces soupers littéraires, même ceux qui avaient été le plus envahis par la philosophie et par la politique, valaient-ils mieux que les petits dîners et les soupers licencieux de M^'^ Quinault, de M"« Guimard et des courtisanes fameuses dont le règne a tout perdu en France.

Sur la fin de Louis XV, les salons des femmes distinguées par l'esprit, par la naissance ou par la position sociale, se dirent désertés

1 Delille, ÉpitrelII. Sur l'utilité de la retraite pour les gens de lettres, 1761.

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