‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 54 sur 196 · LOUIS RACINE · texte numérisé non relu

LOUIS RACINE

traité comme les F'rançais. Chesterfield en recommandait la lecture à son fils. II y trouvait une critique juste et une manière de dire animée.

Louis Racinc (1692-1763) publia lui aussi des Réflexions sur la poésie, écrites avec charme et simplicité, où il traite des questions générales, telles que le langage poétique et l'observation des mœurs au point de vue de la poésie. « C'est toute une poétique où, comme Rollin, Louis Racine se montre disciple de deux antiquités: l'antiquité homérique et l'antiquité biblique'. » Il puise ses principes dans Aristote, Horace, Cicéron, Quinlilien, Boileau, etc. ; et il tire ses exemples des poètes de l'antiquité, surtout d'Homère ; il s'excuse presque de citer les vers de son père, le grand Racine : « Je ne crains point, dit-il, qu'on me fasse des reproches lorsque je n'en parle que quand mon sujet m'en présente naturellement les occasions, puisqu'on pourrait me pardonner de les chercher^. »

Bien qu'il eût fort peu connu son père, il voulut consacrer à son souvenir un monument de famille, et publia des Mémoires sur la Vie de Jean Racine. Un souvenir attendri anime toute cette biographie, écrite avec intérêt, mais inexacte. Les tendances de son esprit le portaient, comme le grand poète, vers la dévotion, et ses appréciations critiques s'en ressentent.

C'est ainsi qu'il réprouve certaines a dangereuses tragédies » de son père « où les peintures de l'amour sont si vives ' » et qu'il déclare ne s'être résolu à publier, en 1752, ses Remarques sur les tragédies de Jean Racine, que pour « instruire un fils qui, sitôt qu'il sera répandu dans le monde, entendra souvent parler de ces pièces, tantôt avec admiration, tantôt avec mépris, jamais indifféremment*. » Il proteste néanmoins d'un profond respect pour son père, qui, « condamnant sincèrement ses tragédies profanes, refusait de jeter même les yeux sur les nouvelles éditions qu'on en faisait =. » Il examine chaque pièce, et, la suivant de scène en scène, ajoute à l'analyse des notes grammaticales et des remarques littéraires. A propos d'Athalie, il étudie l'histoire et la nature de la poésie dramatique et recherche si elle a été portée par les Grecs à un plus haut degré que par les autres nations ; mais ce travail est, somme toute, de mince portée et superficiel.

Louis Racine n'a pas su imprimer à ses différents écrits une allure personnelle, il se défiait trop de lui-même ; et certes sa modestie était très sincère lorsqu'il se faisait peindre tenant les œuvres de son père et le doigt sur ce vers de Phèdre :

«Et moi, fils inconnu d'un si glorieux père... »

1 Vinet, Histoire de la littérature française au XVIII^ siècle, t. I, p. 151. - Réflexio is sur la poésie, préface.

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