L'ABBE LE BATTEUX
Sans être inconnu cependant, Louis Racine n'est qu'un écrivain de second ordre, soit qu'il aborde la critique comme dans son Traité de la poésie dramatique, ou la poésie elle-même, dans son poème de la Religion.
L'abbé Le Batteux (1713-1780), rappelant les travaux critiques de l'abbé Du Bos, le prédécesseur de Louis Racine, fit paraître, en 1746, les Beaux- Arts réduits en un même principe. Ce principe qui, bien compris, « fixerait tout d'un coup ceux qui ont véritablement du génie pour les arts, et les affranchirait de mille vains scrupules, » pour ne les soumettre qu'à une seule loi souveraine, base, précis et explication de toutes les autres ; ce principe, posé par Aristote dans sa Poétique, c'est l'imitation, et F imitation de la nature est l'objet commun de tous les arts : ils ne diffèrent entre eux que par les moyens qu'ils emploient pour exécuter cette imitation.
Il entreprit de développer les mômes théories par des applications plus détaillées, et de les présenter d'une manière plus appropriée à la jeunesse, dans un second ouvrage auquel il donna le nom de Cours de belles-lettres distribué par exercices, ou Principes de littérature. 11 embrassa les lettres françaises, latines et môme grecques, mais donna le principal rang aux lettres françaises. Le plan qu'il suivit fut de parcourir successivement tous les genres, en commençant par les plus aisés et les plus simples ; de donner un exposé sommaire de la nature, des parties, des règles de chacun d'eux, d'en raconter l'histoire en peu de mots, enfin de faire l'application des principes et des règles aux ouvrages les plus fameux dans chaque genre.
Le choix d'exemples proposés pour modèles dans le Cours de belleslettres le rendit d'un grand usage à la jeunesse et le fit rechercher. Cependant ce fut surtout hors de France, et particulièrement en Allemagne, que le livre de l'abbé Le Batteux eut du succès. Les étrangers y trouvèrent un abrégé de la littérature française fait pour les intéresser.
Le vice capital de cet ouvrage est une sécheresse rebutante, un développement démesuré donné à des questions oiseuses aux dépens des principales : l'auteur n'y montre pas un esprit très juste, un goût très sûr.
Le Batteux est encore auteur de quelques ouvrages courts, mais substantiels, sur certaines parties de l'art d'écrire.
Dans son petit traité des Constructions oratoires, il s'attache à prouver que l'arrangement naturel des mots doit être réglé par l'importance des objets, et qu'effectivement il l'est ainsi dans les langues qui sont assez flexibles pour faire suivre à leurs constructions l'ordre de la nature. 11 examine ensuite quels dérangements l'harmonie peut causer dans la construction naturelle des mots, et montre les effets qui résultent de
» "Voir Lettres de Chesterfield, lett. CCCLXXII.