LE P. ANDRE, L'ABBE D'OLIVET
cette construction. Un court examen de la doctrine de Denys d'Halicarnasse sur le principe de la construction oratoire termine le livre. L'opinion de Le Batteux fut combattue par le grammairien Beauzée. Le Batteux répondit en donnant l'Examen du préjugé de l'inversion où il s'efforce, non sans succès, de prouver que les langues inversives ont, pour la peinture des sentiments, un grand avantage sur celles dont la construction est fixe.
Le Père André (1675-1764), s'élevant au-dessus de ces minutieux et cependant utiles détails, remonta jusqu'aux principes du beau littéraire et artistique. Marchant, comme le fera plus tard Diderot, sur les traces de l'Ecossais Hutcheson et de l'Allemand Baumgarten, il inaugura, dans son Essai sur le beau, des recherches sur les fondements de l'esthétique ; le premier en France il étudia solidement et expliqua, dans un style ferme et élégant, la nature du beau dans les arls. Ce disciple de Platon, de saint Augustin, de Descartes et de Malebranche emploie successivement le langage de la poésie, le ton oratoire, l'exactitude mathématique. Son dernier chapitre est une sorte de traité delà musique. Avec les notions générales de cet art et les principes de l'harmonie, on y trouve des observations curieuses sur la nature des corps sonores, et un abrégé historique des différents systèmes de musique qu'on a formés en divers temps.
La réputation du spirituel jésuite s'est rajeunie dans ces derniers temps, grâce à la publication de divers écrits inédits de lui. Cependant ils offrent une large matière à la critique. Dans sa correspondance avec Malebranche, Fontenelle, etc., récemment imprimée, on rencontre beaucoup de jugements paradoxaux ou hasardés et excessifs. Suivant le philosophe jésuite, « Virgile n'est que le plus grand des versificateurs. — Voltaire est médiocre en tout. — Le style de Platon est un peu trop précis. — Spinosa n'a ni esprit ni raisonnement. — Leibnitz est un mauvais métaphysicien. — Buffon, dont on vante trop le style, n'est que prétentieux. — Parlez-nous de Fontenelle! dit-il encore, voilà non seulement un bel esprit, mais un grand esprit M »
Avec ses appréciations idéalistes, avec son goût et son talent d'un ordre supérieur, le Père André ne relève donc qu'à certains égards de la haute école du dix-septième siècle. Sa raison n'est pas assez ferme, et il se laisse aller au paradoxe.
L'abbé d'Olivet (1682-1768), littérateur et critique de l'école du dixseptième siècle, sans s'élever aussi haut, se tint plus ferme dans les principes sévères. Il se montra toujours disciple de Boileau, et les anciens eurent peu de partisans aussi décidés. Ses contemporains ne lui inspiraient qu'une très médiocre estime, et, à son avis, les plus fa-
1 Voir: Le Père André, Documents inédits pour servir à t histoire du XVIII' siècle. — Correspondance inédite du Père André. 2 vol. in-8, 1858.
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