‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 57 sur 196 · L'ABBÉ D'OLIVET · texte numérisé non relu

L'ABBÉ D'OLIVET

meux étaient loin d'avoir atteint la perfection de ses chers Grecs et Romains.

Après de brillantes études il entra chez les jésuites, dans l'espoir d'y continuer à loisir la culture des belles-lettres.

Pour se former à l'éloquence, il étudia avec ardeur Cicéron, en saisit avec enthousiasme toutes les beautés, et cette admiration pour l'orateur romain demeura la passion la plus vive de toute sa vie. « Lisez Cicéron, lisez Cicéron, » ne cessait-il de répéter. Ce fut en partie pour se livrer sans contrainte à ce goût exclusif qu'il quitta la société de Jésus, à l'âge de trente-trois ans.

Sa première publication, une fois rentré dans le monde, fut naturellement une traduction de Cicéron. Il mit en français les Entretiens sur la nature des dieux. Il donna ensuite une version des Tusculanes, composée avec le président Bouhier, et la fit bientôt suivre d'une traduction assez médiocre des Catilinaires. Enfin, sous le titre de Pensées de Cicéron, pour servir à l'éducation de la jeunesse, il donna un estimable recueil des plus excellents endroits de l'orateur philosophe. Sa traduction de la Nature des Dieux est enrichie de recherches curieuses sur la philosophie ancienne, sous le titre de Théoloyie païenne.

En outre, pour contribuer à répandre autant qu'il était en lui les œuvres de Cicéron, il en mit au jour une magnifique édition complète, adusum Delphini, avec une savante préface et un choix des notes éparses dans les vastes commentaires qui avaient été publiés depuis trois siècles.

Les traductions de l'abbé d'Olivet avaient paru à l'Académie un titre suffisant pour l'admettre dans son sein (23 décembre 1723). Dès lors il s'occupa plus particulièrement delà langue et des écrivains de la France.

Ses Remarques sur Raci7ie sont célèbres et estimables à plus d'un titre. d'Olivet témoigne de connaissances grammaticales et de sagacité, mais nombre de ses jugements sont d'un purisme outré. Des Fontaines ana!/sant, dans son Racine vengé, les remarques de d'Ohvet, établit facilement que le rigide et timide académicien avait pris le change dans la plupart.

Toujours empressé d'exalter la langue de son pays, d'Olivet fit un traité de la Prosodie française où il se proposait, en montrant toutes les richesses et toutes les ressources de notre prosodie, de prouver que nous n'avons à cet égard rien ou presque rien à envier aux Grecs et aux Romains, et que la plupart de nos syllabes ont une mesure déterminée.

D'Olivet se complaisait à traduire et àinterpréter les anciens, à analyser notre langue et à en expliquer les difficultés. Cependant il possédait lui-même le talent d'écrire, et il le prouva par sa continuation de VHistoire de l'Académie. PeUisson n'en avait fait qu'environ vingt années; son continuateur alla jusqu'au commencement du dixhuitième siècle. Il se montra judicieux et plein de goût dans la plupart

Page 1