‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 60 sur 196 · CHAMFORT. — RIVAROL · texte numérisé non relu

CHAMFORT. — RIVAROL

écrivain, il fut digne, par le talent, de l'estime que lui témoignèrent d'illustres souverains : l'impératrice de Russie, le grand Frédéric, Gustave III, roi de Suède.

Chamfort (1741-1794) fut un de ceux qui préparèrent une métamorphose dans la critique française, en la rendant plus spirituelle, plus vive, plus acérée. Tel éminent juge littéraire de nos jours pourrait être regardé comme un disciple de Chamfort, mais un disciple qui s'est élevé fort au-dessus de son maître. Chamfort avait de l'esprit, et du plus délié, mais ses connaissances n'étaient pas très étendues, et il ne sut pas marcher assez fermement sur les traces des maîtres du goût. C'est dans ses premiers écrits, dans ses Éloges académiques, et aussi dans sa. Jeune Indienne, qu'il eut le plus de dislinclion et de grâce ^ Plus tard il rechercha trop les applaudissements des hommes et des femmes à la mode, et négUgea le vrai beau pour la manière. Cet écrivain, d'une élégance si travaillée, ne relève pas des purs classiques ; il se rattache plutôt à l'école de Fontenelle.

Chamfort, avide de réputation, ambitionnait surtout les succès de société. Les bons mots de ce causeur brillant et sarcastique circulaient dans le monde ; après avoir enchanté les salons par ses rencontres et ses traits, il alla faire briller dans les clubs son esprit incisif et sa brève éloquence. « Son nom restera attaché à quantité de mots concis, aigus, vibrants et pittoresques, qui piquent l'attention et qui se fixent bon gré mal gré dans le souvenir^. » C'était, de plus, en conversation, un excitateur d'idées ; il en fournit à des hommes politiques comme Mirabeau, Sieyès.

RivAROL (1754-1801), pour différents écrits, en particulier pour le Petit Almanach de nos grands hommes et le Discours sur Vuniversalité de la langue française, mérite aussi d'ôtre rangé parmi les critiques les plus distingués du dix-huitième siècle. Ses appréciations, quelquefois, sont erronées, mais elles ont souvent une bien autre portée que celle des Marmontel, des la Harpe et des Suard.

Le Discours sur Vuniversalité de la langue française fut composé pour l'Académie de Berlin qui, en 1783, avait proposé comme sujet de prix la réponse à ces questions ; — Qu'est-ce qui a rendu la langue française universelle? — Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative? — Est-il à présumer qu'elle la conserve ?

On a souvent loué les idées élevées, les aperçus justes et fins de cette

littérature allemande ; une Lettre sur Omphale, tragédie lyrique ; une Lettre à l'ahbé Raynal sur les remarques au sujet de sa lettre à Omphale; le Petit Prophète de Boehnàschtroda, défense très spirituelle de la musique italienne; Du poème lyrique; une facétie écrite en 1760, sous le titre de Préface de la comédie des Philosophes ; treize Lettres à Frédéric II.

1 Ses œuvres ont été recueillies par son ami Ginguené, en 4 volumes in-8.

' Sainte-Beuve, Causeries, 22 sept. 1851.

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