‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 62 sur 196 · JOSEPH CHÉNIER. — PALISSOT. 3S · texte numérisé non relu

JOSEPH CHÉNIER. — PALISSOT. 3S

Palissot renferme des appréciations contestables, mais aussi des jugements inspirés par un goût très sain.

Clément, dont le style ordinairement correct est quelquefois roide et diffus, et dont les vues n'ont pas toujours assez d'ampleur, ne saurait ôtre placé au premier rang des juges littéraires du dix-huidème siècle, mais il a droit à une très belle place au second rang.

« Si, plus maître de lui-même, dit Palissot dans ses Mémoires sur la littérature, il eût pu surmonter ou tempérer du moins cette rudesse de caractère qui a presque émoussé chez lui le sentiment de la délicatesse et des grâces, nous croyons que personne n'aurait pu disputer avec plus d'avantage la chaire de Quintilien à M. de la Harpe, qui n'a sur lui qu'une supériorité d'élégance et de formes, sans connaître, à beaucoup près, aussi bien les véritables sources des bonnes études, c'est-à-dire les excellents modèles de l'antiquité. »

Clément avait rendu hommage à la Harpe quand il le vit, revenu aux bons principes, joindre la chaleur du style et la pureté des pensées à son talent académique. L'auteur du Lycée continua bien encore, dans diverses occasions, de poursuivre de ses sarcasmes son ancien adversaire, mais il ne put s'empêcher de reconnaître que c'était un homme qui avait beaucoup plus de littérature que les le Batteux, les Des Fontaines et les la Beaumelle, et de déclarer qu'en changeant de ton et de style dans sa maturité, il s'était montré capable déjuger et d'écrire en homme de lettres et de talents

N'oublions pas Joseph Guénier (1764-18M), qui non seulement fut orateur et poète, mais encore se révéla critique en donnant son Tableau de la littérature du dix-huitième siècle, travail peu volumineux, mais considérable cependant. Chénier embrassant « le cercle entier des applications de l'art d'écrire » voulut à la fois juger les ouvrages publiés dans la période restreinte qu'il étudiait, et tracer à la tête de chaque genre l'aperçu rapide des progrès qu'il avait faits jusqu'à l'époque où commençaient ses observations.

Le célèbre conventionnel considère généralement la littérature en littérateur, et non pas en homme politique, en homme de parti. Cependant ses opinions politiques ont eu de l'influence sur quelquesuns de ses jugements.

Joseph Chénier n'avait pas d'ailleurs les connaissances nécessaires pour devenir un critique très autorisé. Il manquait de la première éducation, et ne savait pas un mot de latin. L'érudition dont il aflecte souvent l'étalage est toute d'emprunt.

Palissot (1730-1814), qui se fit remarquer par une aptitude littéraire si prématurée-, mérite, plus justement que Joseph Chénier, d'être cité

» Lyc, 3» part., liv. I, ch. i, sect. 1.

2 Voir notre volume des Poètes du XVlIh siècle.

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