PALISSOT
parmi les critiques, pour de bons morceaux sur divers sujets de littérature, pour ses observations sur le Commentaire de Voltaire sur Comallc, où il a signalé avec beaucoup de raison tant d'injustices et de méprises de l'auteur de Zaùx faisant le procès à l'auteur de Polyeucte; pour ses mémoires littéraires surtout, où il fait preuve d'une rare pureté de goût et d'une élégance continue de style.
Les Mémoires sur la littérature étaient un des ouvrages de prédilection dePalissot : il les regardait comme destinés à devenir classiques - Dans ces Mémoires alphabétiques il se proposa de donner un essai de la manière dont on aurait dû traiter, dans les dictionnaires, les articles des hommes célèbres. Il désirait offrir une sorte de cours de littérature; cependant, pour ne présenter au public que ses propres idées, il ne voulut parler d'aucun auteur qui ne lui fût très connu.
La critique des Mémoires sur la littérature est presque toujours exacte, saine et lumineuse, et les jugements en sont généralement appuyés sur les principes immuables du goût. Bien qu'il ait là, comme dans la Duncia'le\ blessé plus d'un amour-propre par la sévérité de ses appréciations, on ne peut l'accuser de beaucoup d'injustices. Le seul reproche sérieux qu'on lui puisse faire est de s'être trop occupé de lui-même et de ne s'être pas assez garanti des travers qu'il a remarqués et combattus dans les autres.
Les Mélanges de Palissot, en particulier les Petites Lettres sur de grands philosophes, offrent aussi de bonnes pages de critique, tel que ce passage de la seconde de ses lettres destinées à défendre et à justifier la comédie des Philosophes :
B On vit à la tête de quelques productions philosophiques un ton d'autorité et de décision, qui, jusqu'à présent, n'avait appartenu qu'à la chaire. On transporta à des traités de morale ou à des spéculations métaphysiques un langage que l'on eût coniiamné, partout ailleurs, comme celui du fanatisme. J'ai vécu, disait l'un '; f écris de Dieu, disait fastueusement l'autre ' ; jeune homme, prends et lis, écrivait-il encore *; ô homme! écoute, voici ton histoire f s'écriait un troisième s.
« Ce ton d'inspiration dans les uns, d'emphase dans les autres, si éloigné de celui de la raison qui doute, ou de la vérité qui persuade, révolta quelques gens sensés. En examinant de près des ouvrages qui promettaient de si grandes clioses, ils trouvèrent que les uns étaient servilement copiés de Bacon, sans que l'on ait jugé à propos d'en prévenir le public, et que d'autres ne contenaient que des pensées mille fois rabattues, mais rajeunies, ou par un tour épigi'ammatique et de mauvais goût fort à la mode aujourd'hui, ou par certain ton d'audace bien propre à séduire les simples.
« On donna de nouvelles définitioas de quantité de choses déjà très bien
» Voir notre volume des Poètes du dix-huitième siècle, p. 352 et suiv.
2 Duclos.
^ Les Pensées philosophiques.
* Le livre obscur intitulé : Pensées sur l'i)iterprétation de la Jiature.
'" Le Discours sur l'inégalité des conditiojis.