‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 64 sur 196 · PALISSOT · texte numérisé non relu

PALISSOT

définies. On affecta, pour jouer la concision et le style nerveux, d'embrouiller ce qui était clair. On confondit tous les genres, et cet étrange bouleversement dans les idées et dans le style parut à quelques esprits vulgaires la preuve d'un siècle abondant en génies lumineux et hardis, digne d'être appelé siècle philosophique. »

Tout cela est bien pensé et bien écrit ; et l'on pourrait citer de Palissot nombre de pages également bonnes. Mais on en pourrait signaler aussi quelques-unes où la prévention a égaré le jugement de l'auteur. n a été particulièrement injuste à l'égard de la Harpe, de Linguet, de Gilbert surtout. Un vrai critique aurait apprécié le mérite d'un poète comme l'auteur de la satire sur le dix-huitième siècle, qui venait tout à coup trancher sur la médiocrité générale, et ne lui aurait pas, en toute occasion, prodigué le ridicule et l'insulte, parce qu'il avait l'audace de se prendre au coryphée de la philosophie.

Palissot termina sa carrière de critique par un ouvrage médiocre, le Génie de Voltaire apprécié dans tous ses ouvrages, volume desliné à servir de supplément à toutes les éditions de l'illustre écrivain. Voltaire €st loin d'être flatté partout; mais la censure y manque de ligueur, comme les éloges de décision. On y sent un homme qui toute sa vie louvoya entre les divers partis, ridiculisa sur la scène et dans la satire les encyclopédistes, et voulut demeurer l'ami de Voltaire.

Palissot est un homme très désireux de renommée, assez ami de la bataille, mais soigneux de ne pas s'attirer de trop grosses affaires et de ne pas se compromettre. 11 veut bien attaquer les plus audacieux d'entre les philosophes, jeter quelques ridicules sur des charlatans d'une audace insupportable ; mais il serait désolé « que des âmes simples le soupçonnassent d'être du parti de ces écrivains de ténèbres, qui ne semblent occupés qu'à faire revivre parmi nous le fanatisme persécuteur des siècles de barbarie ^ »

Il ne pouvait supporter l'accusation de fanatisme antiphilosophique. Lorsque la philosophie parut avoir triomphé de la religion, Palissot, tenant une conduite directement opposée à celle de la Harpe, abjura le christianisme qu'il avait défendu dans les plus belles années de sa vie. Dès ce jour il s'appliqua chaleureusement, en toute occasion, à bien établir que, dans sa comédie des Philosophes, il n'avait prétendu attaquer que les singes des vrais philosophes, que des imposteurs de philosophes ; qu'en particulier son intention n'avait jamais été de peindre Jean-Jacques Rousseau sous le personnage ridicule d'un valet de comédie, mais seulement de représenter un valet balourd qui s'efforce de parodier son maître; que dans ses divers ouvrages, et notamment dans ses Mémoires littéraires, il avait loué les rares talents de l'illustre Rousseau, et qu'il avait pris ouvertement son parti lorsqu'il fut persécuté par le fanatisme ou par la haine ^.

1 Mél. de litt. D'une hist. du cardinal de Polignac.

' Voir la Lettre adressée par le C. Palissot à la closse de Littérature et

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