‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 65 sur 196 · MERCIER · texte numérisé non relu

MERCIER

Il se vantait surtout d'avoir toujours proféré avec admiration dans ses écrits ce grand nom de Voltaire qu'il avait vénéré dès son enfance; il rappelait l'édition complète des Œuvres de Yoltaire ' publiée par lui avec des commentaires respirant à chaque pas son respect pour la mémoire de l'illustre philosophe, et sa haine pour les fanatiques qui l'avaient persécuté jusqu'au tombeau. Pour couvrir de confusion ceux qui l'accusaient de fanatisme antiphilosophique il rappelait encore ses Questions relifjieuses, publiées dés les premières années de la révolution et qui avaient eu un si grand succès auprès des libres penseurs de tous les pays ; il faisait valoir l'amitié dont il était Ué depuis plusieurs années avec les littérateurs les plus déclarés pour la révolution, tels que Joseph Chénier dont il s'honorait d'avoir guidé les premiers pas, et François de Neufchàteau, l'un de ses plus chers élèves. Enfin il faisait remonter son amour pour la liberté républicaine jusqu'à sa première jeunesse où il avait publié une histoire des premiers siècles de Rome, dans laquelle il célébrait avec enthousiasme les Numa et les Brutus.

La versatilité dont Palissot a fait preuve honore peu son caractère ; mais, avec ses adversaires et ses ennemis même de tous les temps, il faut louer en lui un écrivain pur, correct, élégant. 11 se glorifiait d'appartenir à l'école de Port-Royal, et il est réellement un des auteurs qui ont le plus chàlié leur style.

Les saines doctrines littéraires, les principes du grand goût classique défendus par la Harpe, par Palissot, par Suard, par GeolTroy, rencontrèrent à la fin du dix-huitième siècle des adversaires qui firent preuve de beaucoup plus d'audace et de singularité que de talent, mais dont quelques-uns cependant méritent, malgré tout, d'être étudiés ici dans leurs principaux ouvrages. Tel est Mercier (1740-1814), auteur, entre mille écrits de toute nature, de la iS'éologie, de l'Essai sur l'art drauiatigite, et du Tableau de Paris.

Mercier, en pubhant la Néologie, voulait essayer « d'établir une langue qui fût d'wie 7'içhesse sans tormes, et qui déconcertât à jamais la morgue académique; de donner à l'esprit toutes les expressions les plus variées, les plus mobiles, afin que, reparaissant toujours sous une forme et sous des couleurs différentes, la même pensée ne fût jamais la même*. » 11 espérait ainsi rendre un grand service aux écrivains à

Beanx-Arts de l'Institut Jiational, le 18 frimaire an VI, dans la Décade philosophique, t. XVI, p. t-39-144.

1 Palissot annonçait une édition purgée de tout ce que Voltaire a écrit contre le goût et contre les mœurs; mais il n'a pas tenu sa promesse. Lui qui blâmait si sévèrement la triste surabondance des éditeurs de Ke/d, il n'a guère retranché des œuvres de Voltaire que la valeur de trois ou quatre volumea de la correspondance.

î Néologie, préf., p. l.

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