GOUJET, LARCHER
l'histoire des hommes illustres dans la répiihlique des Itti-es, avec un Catalogue raisonné de leurs ouvrages. On reproche à ce laborieux compilateur non seulement de trop négliger son style, mais d'avoir oublié dans ses Mémoires des hommes comme Copernic, Commines, Bourdaloue, et cinquante autres, tandis qu'il a donné la notice de plus de quatre cents auteurs sans nom et presque sans mérite. Il paraît que Nicéron connaissait peu par lui-même les ouvrages et les écrivains dont il parlait. Aussi y a-t-il beaucoup à reprendre dans ses appréciations empruntées.
GoujET (1697-1767) a beaucoup plus de critique et de fond que Nicéron. Dans sa Bibliuthéque française, dont le premier volume parut en 1740 et le dix-huitième et dernier en 17o6, reprenant et élargissant le plan que Charles Sorel avait ébauché au dix-septième siècle, il voulut donner une histoire érudite de notre littérature moderne. Suivant l'ordre chronologique des ouvrages en chaque genre composés dans notre langue, il s'applique à montrer les progrès accompUs dans les arts et dans les sciences, il s'arrête sur les principaux écrits, les discute, examine ce qu'ils renferment de bon et d'utile, et, à l'exemple de Baillet, rapporte les jugements des savants; enfin il donne l'histoire des livres, fait connaître ce qui en occasionna la publication, les disputes qu'ils suscitèrent, les critiques qu'ils essuyèrent. L'auteur, pour avoir donné beaucoup trop de place à quantité d'auteurs fort peu importants, n'a pu seulement achever la partie des belles-lettres qu'il a conduite jusqu'à la fin du dix-septième siècle.
Il a encore laissé une Histoire abrégée de la poésie française et celle des poètes français avant Clément Marot; ce n'est pas à une telle source qu'on chercherait aujourd'hui des renseignements sur nos vieux auteurs. Ses notices littéraires sur Ovide, sur Boileau, etc., de même que divers morceaux qu'il a insérés dans les Mémoires de littérature et d'histoire du savant hollandais Sallengre, attestent ses études, mais n'oflrent plus rien de piquant pour nous. On consulterait avec plus de profit son Histoire de la vie et des ouvrages de M. Nicole, composée d'après les mémoires d'un ami de l'auteur des Essais. Ce n'est pas le seul amour des lettres, mais encore l'esprit de parti qui lui fit composer cette histoire. Goujet, grand ami de Rollin, était un janséniste na'if, animé d'un zèle ardent et superstitieux qui lui suscita bien des traverses et le priva des récompenses dues à ses utiles travaux.
Larcher (1726-1812) est encore un érudittrès estimable. Sa traduction de VHistoire d'Hérodote et de la Retraite des Dix Mille de Xénophon est, comme ses traductions d'ouvrages anglais, assez mal écrite, mais est précieuse pour l'intelligence généralement exacte du texte, et peur les recherches géographiques et chronologiques. Il a encore