‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 68 sur 196 · BOUHIER · texte numérisé non relu

BOUHIER

inséré de savants travaux relatifs à l'antiquité dans les Mémoires de l'Académie des inscrij)(ions, dont il fut membre depuis 1778.

Voltaire s'est cru forcé de reconnaître la sérieuse érudition de Larchcr; mais cet hommage contraint ne répare pas les injures infâmes dont il a couvert ce savant' pour le punir de s'être permis de relever quelques erreurs où il était tombé dans sa Philosophie de l'histoire, publiée sous le nom de l'abbé Bazin et reçue du public avec un extravagant enthousiasme.

Le Supplément à la philosophie de l'histoire (1767) de l'abbé Larcher fut trouvé très solide, et les méprisables insultes de Voltaire ne purent entamer la considération d'un homme dont d'Alembert luimôme, écrivant à son maître, était obligé de dire:

« Larcher, qui vous a contrfidit sur je ne sais quelle sottise d'Hérodote, est au foin! un galunt homme, tolérant, modéré, modeste, et vrai philosophe dans ses sentiments et dans sa conduite, du moins si j'en crois des amis communs qui le connaissent et l'estiment 2. »

Larcher fit aussi une Réponse à la Défense de mon oncle; mais il n'y sut pas manier les traits de la plaisanterie aussi bien que les armes de la raison.

Le président Bouhier (1673-1746), sans être, comme Larcher, un érudit de profession, s'est aussi occupé de l'étude des ouvrages et delà vie dlléiodote et a fait des traductions estimées de divers écrivains de l'antiquité, de Cicéron, de Pétrone, etc. Il a laissé divers autres travaux relatifs à l'antiquité, remarquables par l'esprit d'analyse et de méthode. Vivant dans un siècle qui goûtait peu ces savantes recherches, il s'est élevé avec force et autorité contre les études et les lectures frivoles :

« Je connais, dit-il, le dédain de la plupart de nos prétendus beaux esprits pour tout ce qui sent l'érudition tant soit peu recherchée. Renfermés dans le cercle de quelques petites connaissances superficielles, ils ne peuvent souffrir qu'on mette en honneur celles qui sont au-dessus de leur portée. Bien différents de ces génies de premier ordre, les Scaliger, les Petau^ les Saumaise, les Huet, et plusieurs autres qui ont fait tant d'honneur à la France par leur savoir éminent, ils déshonorent notre nation, non seulement en l'inondant d'écrits frivoles, mais, de plus, en faisant tous leurs efforts pour décrier les sciences auxquelles ils ne sauraient atteindre 3. »

Le président Bouhier étudia jusqu'à son dernier soupir, « épiant la mort, » suivant sa sublime expression. Par le sérieux et la solidité de

^ Dans le pamphlet intitulé : Défende de mon oncle.

2 Lettre de d'Alemb, à Volt., 22 déc. 1772.

3 Voy. l'avertissement qui est à la tète de ses Dissertations sur Hérodote, p. 4, et la préface de sa traduction en vers français du poème de Pétrone, etc., p. 30.

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