J.-B. DANSE DE VILLOISOX, BARTHELEMY
ses goûts, il « rappela ces savants magistrats qui parurent à la renaissance des lettres ^ »
J.-B. d'Anse de Villoison (17oO-180o) est encore un de ces intrépides travailleurs qui, dans un cercle étendu de connaissances, ont tout lu, tout étudié, sont allés au fond de tout. Dès l'âge de trente ans, il était le plus savant helléniste de l'Europe : aussi ne connaissait-il ni repos ni distraction ^. Outre ses écrits latins, on a de lui, dans les Mémoires de l'Académie des inscri'ptiùns, dans le Journal des Savants, dans le Magasin encyclopédique, etc., plusieurs Dissertations ei Lettres très doctes sur différents points de critique et d'antiquité.
Parmi les littérateurs érudits du dix huitième siècle, parmi les hellénistes illustres, une place tout à fait à part est due à l'abbé Barthélehy : celui-ci prouva que l'érudition littéraire n'exclut ni l'esprit ni les agréments du style. En écrivant son célèbre Voyage d'Anacharsis, il ne voulut qu'essayer de faire renaître le goût de la saine érudition, la venger du dédain philosophique, et montrer toute l'utilité qu'on en peut retirer. Malheureusement, par un amour excessif de l'élégance moderne, il a trop souvent défiguré la physionomie hellénique.
Jean-Jacques Barthélémy (1716-1793) annonça de bonne heure le goût le plus vif pour les langues anciennes et en particulier pour celle de ce peuple grec dont il devait plus tard retracer avec tant de savoir les mœurs et la civilisation. 11 apprit aussi l'arabe^ et fit avec succès, dit-on, quelques sermons dans cette langue à plusieurs Maronites, Arméniens et autres catholiques arabes qui n'entendaient pas bien le français. Il avait le titre et portait le costume d'abbé, mais sans être entré dans les ordres dont il ne fut jamais revêtu.
Barthélémy fut d'abord et pendant longtemps connu et estime, non pas comme écrivain, mais comme antiquaire : il rendit les plus grands services par ses connaissances numismatiques. M. de Boze, qui l'accueillit à son arrivée à Paris, se l'associa pour le cabinet des médailles elle fit entrer à l'Académie des inscriptions. Pendant plus de soixante ans il s'occupa des médailles, et il en passa dans ses mains, pendant ce long espace de temps, plus de quatre cent mille. A force de vigilance et d'activité, il en déterra un grand nombre de très précieuses et souvent d'uniques dans les divers cabinets de France et de l'étranger, où elles étaient enfouies, et en enrichit celui de Paris, sans qu'il en coûtât de grandes dépenses. Aidé de son neveu, le laborieux et intelligent abbé de Gourçay, il établit dans le riche trésor confié à sa garde
' Du Resnel, Essai sur l'homme, dise, prélim.
' « Je lui demandai un jour, raconte la Harpe, quels étaient donc ses délassements, puisqu'enfin il en faut un peu. Il me dit que, quand il se sentait la tête lasse, il se mettait quelque temps à la fenêtre; et il demeurait dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais. m Lyc, 3= p., I. IV, c. ii.)
3 A vingt et un ans, il connaissait assez cette langue pour la parler.