BARTHELEMY
et fort augmente par son zèle un ordre si méthodique, que les savants le venaient admirer de toutes les parties de l'Europe.
Barthélémy a consigné ses principales idées sur la science des médailles dans son Essai de paléographie numismatique, qui ouvrit une carrière jusqu'alors négligée par les antiquaires.
Sans interrompre ses chères études de numismatique, Barthélémy donna, en 1760,1e roman censément traduit du grec, intitulé les Amours de Carite et Polydore, et dont l'action est supposée s'être passée au commencementdu quatorzième siècle avant Jésus-Christ. Ce roman, composé pour l'instruction du jeune d'Auriac, respire le goût sain de l'antiquité et est écrit avec une simplicité noble. C'était l'annonce d'un travail bien autrement important sur l'ancienne Grèce.
Le laborieux Barthélémy, dans les loisirs que lui laissait sa charge de garde du cabinet des médailles, avait entrepris un grand ouvrage sur les arts, les sciences, la religion, la politique, les usages et les mœurs des Hellènes, son Voyage dit jeune Anacharsis.
Il suppose qu'un jeune Scythe, nommé Anacharsis, descendant du fameux Anacharsis qui était venu trouver à Athènes le législateur Solon, visite la Grèce quelques années avant la naissance d'Alexandre, et que d'Athènes, son séjour ordinaire, il fait plusieurs voyages dans les provinces voisines, observant partout les mœurs et les usages des peuples, assistant à leurs fêtes, étudiant la nature de leur gouvernement, quelquefois consacrant ses loisirs à des recherches sur les progrès de l'esprit humain, d'autres fois conversant avec les grands hommes qui florissaient alors, tels qu'Épaminondas, Phocion, Xénophon, Platon, Aristole, Démosthène, ou avec des Athéniens qui fréquentèrent Sophocle, Euripide, Aristophane, Thucydide, Socrate, Zeuxis et Parrhasius. Le voyageur philosophe a vu paraître les chefs-d'œuvre de Praxitèle, d'Euphranor et de Pamphile, ainsi que les premiers essais d'Apelles et de Protogène; et dans une des dernières années de son séjour en Grèce naquirent Epicure et Ménandre. Enfin Anacharsis fut témoin de la révolution qui changea la face de la Grèce, et qui, quelque temps après, détruisit l'empire des Perses. A son arrivée, il trouva le jeune Philippe auprès d'Épaminondas; il le vit monter sur le trône de Macédoine, déployer pendant vingt-deux ans contre les Grecs toutes les ressources de son génie, et obliger enfin ces fiers républicains à se jeter entre ses bras. Dès que le philosophe scythe voit la Grèce, après la bataille de Chéronée, asser-sie au père d'Alexandre, il retourne dans sa patrie, y met en ordre la suite de ses voyages, qui ont duré vingt-six ans; et, pour n'être pas forcé d'interrompre sa narration, il rend compte, dans une introduction élégante et assez artimée, des faits mémorables qui s'étaient passés en Grèce avant qu'il eût quitté la Scythie, et expose ainsi l'origine des Grecs jusqu'à la prise d'Athènes par les Lacédémoniens, qui précéda immédiatement son arrivée.
L'auteur dit qu'il a composé un voyage plutôt qu'une histoire, parce que tout est en action dans un voyage. Cependant le défaut de ce savant