LE JOURNAL DES SAVANTS
Ils n'ont jamais fait produire une bonne ligne à un bon esprit, ni empêché un mauvais auteur de faire un mauvais ouvrage i. »
Mais il y eut aussi, dans le même temps, de nombreuses et volumineuses collections trop oubliées aujourd'hui, où sur toutes les matières, et en particulier sur la littérature philosophique, se découvrent les renseignements les plus importants.
Le Journal des savants, le plus ancien et le plus sérieux des journaux littéraires, demeura, au dix-huitième siècle, à peu près ce qu'il avait été au dix-septième. On maintint la méthode adoptée à l'origine de donner, dans des extraits fidèles, un compte rendu pur et simple des écrits nouveaux, pour les faire connaître aux savants des divers pays. Le Journal des savants n'épousait aucun parti et s'abstenait absolument de critique. Son importance ne cessa de s'accroître. Il devint dispensateur de la considération scientifique, mais ce n'est guère que de nos jours que, tout en gardant son caractère primitif et essentiel, il est devenu un journal hautement littéraire.
A côté du Journal des savants se placent naturellement les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui ont propagé dans le monde savant les plus solides principes de l'érudition classique, et ont commencé à rappeler l'attention sur les vieux trésors de notre littérature nationale. Cette riche collection est une mine inépuisable de science. Les rédacteurs les plus habituels et les plus distingués au dix-huitième siècle furent Dacier, l'abbé Sallier, le comte de Caylus, Lebeau, Lebeuf, Mignot,Sainte-Palaye, Anquelil-Duperron, Villoison, etc.
Le grand succès des journaux que les protestants publiaient dans les Pays-Bas et en Angleterre fit naître au duc du Maine l'idée d'un journal qui serait principalement consacré à la défense de la religion ^. Il choisit les jésuites du collège de Paris pour réaliser sa vue pieuse. Telle fut l'origine des Mémoires pour les sciences et les beaux-arts, connus ■sous le nom de Journal de Trévoux, parce qu'ils s'imprimèrent d'abord dans cette ville appartenant au prince de Bombes. Au bout de trente ans, ce prince, fatigué, dit- on, des plaintes incessantes qu'on lui
1 Voltaire, avant 17G0, parlait aussi fort dédaigneusement de ces écrits périodiques qu'il voyait pulluler, à, la honte du goiit. « Depuis l'an Ï6G6, disaitil, nous avons environ dix mille journaux au moins, dans lesquels on a conservé près de trois cent mille extraits de livres inconnus; et, ce qui est fort à l'honneur de l'esprit humain, c'est que tout cela se fait pour gagner dix écus pendant que ces messieurs auraient pu en gagner cent à labourer la terre. ■ (Note sur l'Ode XII, édit. 1759.)
* Le Journal de Trévoux commença à paraître en 1701. Un volume était publié chaque mois. A partir de i735, les rédacteurs ajoutèrent chaque année un ou plusieurs volumes de supplément. En 1743, ils se mirent à donner seize volumes par année. A partir de 1740, ils crurent qu'il fallait s'accommoder un peu au goût du public et rendre leurs journaux moins sérieux. Voir le numéro de mai 174C.