‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 78 sur 196 · L'ABBÉ ARNAUD · texte numérisé non relu

L'ABBÉ ARNAUD

entendu soutenir la musique de Gluck contre celle de Piccini, l'appelle un parodiste de Midas, qui

« Préfère aux chants heureux des cygnes d'Italie De l'opéra français la triste psalmodie '. »

Mais il était honoré dans la meilleure compagnie de Paris, où il vivait, et les étrangers surlout le recherchaient. On vantait sa conversation charmante, sa sociabilité parfaite, et il dut une grande partie de sa réputation à ses liaisons avec les hommes célèbres des partis les plus différents : Montesquieu, Raynal, l'abbé Trublet, l'abbé Arnaud, Gerbier, le baron d'Holbach, Diderot, M. et M™« Necker, l'abbé Morellet, l'abbé Galiani, Grimm. C'était un homme du monde plus encore qu'un homme de lettres. Cependant on faisait grand cas de son talent. Généralement on estimait sa critique modérée, spirituelle et instructive ; on lui savait particulièrement gré de s'attacher moins à blâmer ce qui était mal fait, qu'à montrer comment on pouvait faire mieux, et d'éviter, autant qu'il pouvait, de blesser l'amour-propre de personne.

L'abbé Arnaud (1721-178i) doit être nommé après Suard avec lequel il vécut pendant vingt-cinq ans sous le même toit, dans une intime communauté de travaux. Doué d'un goût fort délicat, très sensible à l'harmonie, musicien et ardent admirateur de Gluck, il s'appliqua de préférence à analyser les beautés de la poésie, et à rechercher les vraies sources de celte mélodie de discours qui fait le charme incomparable de la littérature grecque. Il aurait voulu qu'écrivains et musiciens s'efforçassent, à l'envi, de rapprocher le plus possible la langue française de l'harmonie hellénique.

Sa principale élude fut celle d'Homère, pour lequel une simple traduction fut capable de lui inspirer une admiration enthousiaste, et qu'il voulut ensuite comprendre et sentir dans sa langue.

A son avis, comme à celui de Quintilien, « tout ce que l'éloquence et la poésie peuvent avoir et d'énergie et de grâce, c'est à Homère que nous le devons; ses forces surpassent les forces de l'esprit humain; ses beautés sont inaccessibles ^. » Aux détracteurs du chantre épique il oppose un argument triomphant, c'est sa postérité littéraire. « L'Enéide de Virgile, la Jénisdem délivrée du Tasse, le poème de l'Arioste, le Télémaque de Féndon, la Henriade de Voltaire, voilà ce que vous lui devez, » dit-il à ceux qui se sont laissé séduire aux sophismes des Perrault et des la Motte.

H a écrit des pages pleines d'une admiration aussi profondément sentie sur Platon, auquel il assignait, parmi les prosateurs, le même rang que tient Homère parmi les poètes. Quand il parle de ces grands hommes, son élocution est si vive et si brillante, son style si pitto-

' Voir YEpitre : Si l'erreur est utile aux hommes. - fiilogt; d'Homère.

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