‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 80 sur 196 · LA CORRESPONDANCE SECRÈTE, ETC · texte numérisé non relu

LA CORRESPONDANCE SECRÈTE, ETC

gieuses, et s'alarme des progrès de l'incrédulité. Ainsi il dira, au sujet d'un ouvrage athée nouvellement paru:

« Le Spinosisme modifié, ou le Monde-Dieu. Ce n'est plus dans les ténèbres et dans le silence que se traîne l'impiété timide, elle lève aujourd'hui un front altier, elle déchire les bandeaux les plus respectés, elle se montre à découvert, elle se reproduit de toutes parts, et, telle que ce monstre de la Fable, une de ses tôtes à peine abattue, il en renaît plusieurs autres i. »

Il y a dans les Mémoires secrets bien des choses légères et même licencieuses. Cependant Bachaumont a, malgré tout, un sentiment moral assez élevé ; les bassesses l'indignent, et il les flétrit énergiquement'.

Ses continuateurs, en suivant le môme plan que lui, voulurent l'étendre. Ils donnèrent plus d'importance aux détails historiques, et n'écartèrent que la partie purement politique. Comme Bachaumont, ils s'appliquèrent à « tenir registre des sottises de la cour et de la ville' », mais ils le firent d'une manière moins désintéressée : ils affeclèrent de donner à leurs moindres récits une teinte de philosophisme. Le philosophisme était généralement contenu dans les volumes dus à la plume de Bachaumont; il va jusqu'à l'irréligion déclarée dans les dernières années*.

Il se fit de nombreuses imitations des Mémoires secrets. On vit apparaître la Chronique scandaleuse, l'Espioii des houlevarts, le Journal des gens du monde, les Anecdotes du dix-huitième siècle, la Correspondance secrète, politique et littéraire, ou Mémoires pour sei^ir àV histoire des cours, des sociétés et de la littérature en France, depuis la mort de Louis XV, par Métra, G. Imbert et autres. Tous ces recueils pillaient plus ou moins les Mémoires secrets.

Le plus original est la Correspondance secrète, commencée en 1787. Suivant ses rédacteurs, « les matériaux en ont été trouvés dans les porlefeuilles de souverains et de ministres d'État, sur les bureaux de grands seigneurs elles pupitres d'illustres philosophes, sur les toilettes des muses et des grâces, et sur les tablettes de leurs adorateurs. C'est une collection de lettres écrites par des gens du monde de tous les états €t par des hommes de lettres de toutes les classes. Elles offrent de la

' Mém. secrets, 23 oct. 1765, t. II, p. 247.

2 Voir t. II de ses Mém. sea:, p. 147, à propos de certains vers courtisanesques du poètastre Poinsinet.

3 Mém. secrets, année 1786, t. XXXI, Avertiss. des auteurs.

* Voir en purciculier t XXV, 3 avril 17S4, l'article concernant les Lettres philosophiques sur saint Paul, ouvrage qu'on attribuait à Voltaire, et où l'auteur peignait l'Apôîre comme soutenant tour à tour le déisme, le polythéisme, le manichéisme, le matérialisme, le judaïsme, l'idolâtrie, la tolérance, l'intolérance, conséquemment comme un homme sans principes, sans tenue, Comme un enthousiaste du mument, vaiùant suivant que ses organes étaient affectés, comme un visionnaire, comme un fou. Jugement qui, aussi bien que le reste du livre, paraît aux rédacteurs des Mémoires très philosophique, très juste, et digne d'un ami de l'humanité.

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