LE MERCURE, L'ESPRIT DES JOURNAUX, ETC
il prenait aux divers journaux français leurs bons articles, en traduisait des principaux journaux anglais et allemands, et en donnait aussi quelques-uns de sa propre rédaction. On trouve dans chaque numéro l'analyse des publications nouvelles, des mélanges, des poésies fugitives, un compte rendu des séances et des travaux de l'Académie française et de diverses sociétés savantes, de curieux détails touchant l'histoire naturelle, la physique, la chimie, la botanique, la médecine, la chirurgie, l'agriculture, l'économie, l'industrie, le commerce, la musique, la bibliographie de l'Europe, enfin des nouvelles diverses'.
Ce journal, qui présentait tant de faits et d'idées, qui répondait à tant de besoins, qui pouvait suppléer à tant de livres, était fort recherché en France comme à l'étranger. C'était un des ouvrages avec lesquels Mirabeau, enfermé à Vincennes, consolait sa captivité, et occupait son esprit avide de connaître.
Pendant la période révolutionnaire, les journalistes, envahis par la politique, abjurèrent le culte des muses. La littérature n'occupa plus dans les écrits périodiques qu'une place insignifiante. D'anarchiques folliculaires prirent empire sur la foule fanatisée et aveuglée, et tandis que cette lie d'écrivains politiques gangrenait l'opinion publique, outrageait audacieusement le bon sens, la morale, tout ce qui est respectable et saint, à peine si quelques voix parlant de littérature et d'art pouvaient se faire entendre d'un petit nombre d'esprits d'élite restés fidèles aux lettres.
La Harpe, après avoir défendu le despotisme républicain dans le Mercure, le combattait avec Fontanes et Vauxelles dans le Mémorial.
La Décade philosophique, « le plus estimable recueil de ce temps* », comme l'appelle Sainte-Beuve, tâchait de ranimer le sentiment affaibli du goût, et, quoique malheureusement anticatholique', défendait
' L'Esprit des journaux ne s'occupait pas uniquement de littérature, mais encore de politique. On y trouvait aussi, comme porte le titre : les Inventions et découvertes dans les sciences et la arts ; les Spectacles; les Causes célèbres ; les Acad. de Paris et de provinces ; la Notice des édits; les Avis particuliers, etc.
* Chateaubriand et son groupe litt., l" leç., t. I, p. C3, note.
• Pour juger de l'esprit très philosophique qui animait les auteurs de la Décade, lire leurs réflexions à propos d'un livre qui parut l'an VI, sous ce titre : Le Catéchisme des Christicoles, avec les vraies réponses aux questions du prêtre, à l'usage des vieux enfants, avec cette épiyraphe :
D'où Tient que si longtemps cette horrible démence De nos grossiers aïeux perpétua l'enfance? C'est que de la nature on étouffa la voix ; C'est qu'à sa loi sacrée on ajouta ses lois; C'est que l'homme abruti, méchant, sot ou volage, Fit, dans ses préjugés. Dieu même à son image. Volt.
Les auteurs de la Décade sont des admirateurs enthousiastes de J.-J. Rousseau. Voir leurs réflexions à propos d'un livre intitulé : De mes rapports avec J.-J. Rousseau, par J. Dussallt, 1 vol. in-8°, chez Didot jeune, et de quelques réponses qui ont été faites à cet écrit.