‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 84 sur 196 · GIRARD · texte numérisé non relu

GIRARD

sous le titre de Synonymes français, leurs différentes significations et le choix qu'il en faut faire pour parler avec j>istesse.

Pour quiconque possède sa langue, il n'est point de synonyme ; la logique des peuples s'oppose à ce que divers termes puissent être absolument identiques. L'objet d'un livre sur les synonymes doit donc être de faire sentir les nuances différentes qui existent entre les mots qui paraissent synonymes, et cet objet, Girard l'a bien rempli tout en ne consultant que l'usage et sa sagacité naturelle '. Seulement il aurait dû ne pas se contenter de marquer les idées qui différencient, mais indiquer aussi celles qui sont communes. On peut encore lui reprocher de n'avoir pas assez choisi ses exemples et d'en avoir trop présenté qui sont vides de sens. Girard s'abstient de toute citation, comme il s'abstient de toute recherche étymologique et de toute analyse grammaticale approfondie. Au lieu de cela, le désir de briller et de placer des phrases spirituelles l'engage souvent dans des dissertations fort étrangères à son sujet. La plus grave imperfection de son Dictionnaire est de ne présenter aucune idée d'ensemble, de manquer de plan. C'est un livre de détails isolés, un « composé de pièces détachées entre lesquelles l'auteur ne soupçonne aucun enchaînement possible, ni pour la forme ni pour le fond, ni pour la méthode, ni pour les idées ^. »

Girard, reçu à l'Académie française pour ses Synomjmes, s'occupa toute sa vie de cet ouvrage ; mais il le gâta dans les dernières éditions en le surchargeant d'agréments légers et coquets.

Tout en revisant continuellement ses synonymes et en en préparant de nouveaux articles qui ont été publiés par Beauzée après la mort de l'auteur, l'abbé Girard s'appliquait à rechercher par l'analyse logique les règles de la grammaire française. Il donna, en 1747, les Vrais Principes de la langue française, où la parole est réduite en méthode, conformément aux lois de l'usage.

Désirant affranchir la grammaire française des méthodes latines, il voulut ne confier la conduite de son travail qu'à la raison pure et dégagée de préjugés, ne se proposer que la nature et l'usage pour guides, et ne consulter aucun des auteurs qui l'avaient précédé dans ce genre ^.

Cette annonce était prétentieuse. Le style dans lequel il écrivit tout son livre le fut beaucoup plus. Jamais écrivain ne s'exprima d'une manière si emphatique, si maniérée et si bizarre, et en môme temps si lourde et si plate *. Quand on lui reprochait ce qu'il y avait de trop figuré, de trop affecté, de trop mignard dans ses phrases, il répondait:

1 Guizot, Dict. des synonymes, préface, p. xxxi.

* Lafaye.

3 Principes de la langue franc., l" dise.

♦ Voir en particulier, dans la préface, le passage qui commence par ces mots : « C'est pourquoi on n'a pu se résoudre; » dans le premier discours la phrase : « Mais à juger des choses; » et le premier alinéa du septième discours.

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