‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 85 sur 196 · DUMARSAIS · texte numérisé non relu

DUMARSAIS

Tai mis cela pour les femmes. Il ne faisait guère honneur au goût du sexe.

On a justement oublié cette grammaire où l'abbé Girard a tant subtilisé, en un style maniéré, sur la théorie de la langue, et s'est si peu occupé de la pratique ; ses Synonymes avaient une valeur plus sérieuse. Longtemps ils furent étudiés par les amateurs de l'élégance et de la propriété du style, et mis à profit par les auteurs qui voulaient approfondir cette matière délicate et féconde. De nos jours une œuvre autrement large, autrement profonde, les a remplacés pour jamais; mais elle n'a pas enlevé à l'abbé Girard le mérite d'avoir ouvert la carrière, et d'avoir, jusqu'à notre époque, comme l'a reconnu M. Lafaye lui-même, donné le ton à tous les essais postérieurs du même genre, soit en France, soit à l'étranger ^

DuMABSATs, qui naquit et mourut à peu près aux mêmes époques que Girard (1676-1756), s'occupa comme lui, toute sa vie, de grammaire; mais il avait dans l'esprit une dialectique plus profonde et plus nette, et il était plus versé que l'auteur des Synonymes dans la connaissance des langues anciennes qu'il professa même pendant quelque temps.

Dumarsais suivit avec succès, pour enseigner le latin au jeune de Beaufremont, une marche ingénieuse qu'il fit connaître en publiant, en 1722, sa Méthode raisonnée pour apprendre la langue latine. Ce qu'elle a de pratique, c'est de commencer par faire apprendre aux enfants, sans les fatiguer, et comme par manière d'amusement, les mots latins les plus usités, et sa nouveauté consiste dans l'usage de deux traductions, l'une interlinéaire, d'après un texte ramené à la construction française, et l'autre sur le texte pur et conforme au génie de notre langue. La grammaire s'apprend au fur et à mesure que l'enfant avance dans ces exercices, et on lui en fait aussitôt faire l'application dans les auteurs qu'il traduit.

Dumarsais entreprit, pour développer son système, d'écrire un ouvrage qui devait avoir pour titre : Les véritables principes de la grammaire, ou ?\ouvelle Grammaire raisonvée pour apprendre la langue latine. 11 donna, en 1729,1a préface de ce traité, et pubUa à part, l'année suivante, un morceau important qui devait faire le dernier objet de sa grammaire générale, le Traité des tropes, ou des différents sens dans lesquels un mot peut être pris dans une môme langue. Le peu de succès qu'obtint ce livre auprès d'un public qui ne savait plus goûter de pareils sujets détourna Dumarsais d'achever le vaste travail qu'il avait promis. Il reprit plus tard ses études de grammaire et de métaphysique du langage pour V Encyclopédie, à laquelle il fournit un certain nombre d'articles dont plusieurs méritent encore d'être lus.

Le bon sens domine dans les travaux de ce grammairien ; on y

1 Lafaye, Dictionnaire des synonymes de la langue française. 3' édition, 1869, Hachette.

Page 1