‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 86 sur 196 · BEAUZÉE · texte numérisé non relu

BEAUZÉE

voit cependant quelques vues systématiques. Ainsi Dumarsais était partisan d'une réforme radicale de l'orthographe. La sienne, qui était aussi celle de beaucoup d'écrivains d'alors, tels que les Pères Buffier et Sanadon, se distinguait surtout par la suppression des lettres doubles qu'on ne prononce point.

Dumarsais, malgré tout ce qu'il y a de contestable ou de faux dans certaines de ses théories, fut un grammairien véritablement profond; et un écrivain de nos jours, très autorisé en ces matières, n'a pas beaucoup exagéré l'éloge quand il a dit de l'auteur des Tropes :

« Je le regarde comme le premier des grammairiens ; du moins je n'en connais pas qui, sous le voile de l'expression, démêle aussi habilement la véritable opération de la pensée'. »

Dumarsais eut pour successeur, dans la tâche de rédiger les morceaux destinés à \di Nouvelle Encyclopédie, Nicolas Beauzée (1717-1789), écrivain un peu lourd, mais esprit très cultivé et quelquefois assez profond. Le nouveau grammairien s'attacha à suivre la marche et môme à imiter les locutions de son prédécesseur. Cependant les idées ne lui manquaient pas, et il fit preuve, dans ce travail, de beaucoup de méthode et d'une grande rectitude de jugement. Ce sont aussi les qualités qui recommandent la Grammaire générale, ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires pour seitir de fondement à l'étude de toutes les langues (1767). L'auteur voulut traiter les principes du langage comme on traite ceux de la physique, de la géométrie, ceux de toutes les sciences. Il évita de multiplier les principes et tâcha de ramener à un seul tous les usages qui lui semblèrent analogues. Trouvant partout les mêmes vues, les mêmes principes généraux, la môme universalité dans les lois communes du langage, il comprit et démontra « que tous les peuples de la terre, malgré la diversité des idiomes, parlent absolument le même langage sans anomalie et sans exception ; et qu'enfin l'on peut réduire à un assez petit nombre les éléments nécessaires du langage, et à une méthode simple, courte, uniforme et facile l'enseignement de toutes les langues. »

Beauzée jouit aussi d'une réputation de traducteur et surtout d'étymologiste. Un sérieux esprit de notre époque qui, dans sa jeunesse, s'est essayé à continuer le travail des Girard, des Beauzée, des Roubaud, des Condillac, des d'Alembert, a dit de Beauzée :

« Logicien plus sûr que son prédécesseur, mais doué de moins de finesse, Beauzée était plus capable de classer dans une grammaire les principes de la langue, que d'assigner les nuances distinctives des mots : les synonymes qu'il a ajoutés à ceux de Girard, quoique pleins de solidité et de justesse, ont rarement tout le développement dont ils sont susceptibles. Il ne possède ni la précision nécessaire, ni Tart de choisir ses applications : en revanche, il cite à propos ; et l'usage qu'il fait des classiques anciens et modernes prouve

1 De Tracy, Élérn. d'idéolog. , Gramm. , introd.

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