‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 87 sur 196 · ROUBAUD · texte numérisé non relu

ROUBAUD

que dans ce genre de recherches, comme partout ailleurs, les connaissances positives sont d'un puissant secours i. »

Le mérite de Beauzée est d'avoir le premier senti l'utilité positive d'un livre de synonymes, d'avoir prévu que, d'essais partiels en cette branche d'étude, devait nécessairement résulter quelque jour un excellent dictionnaire. L'abbé Girard, en traitant de la synonymie des mots, n'avait songé qu'à diriger le goût d'un petit nombre d'hommes dans le choix des termes analogues, qu'à leur donner des exemples de cet art de bien dire qui regarde principalement la beauté de l'expression, et fait parler en homme d'esprit. Beauzée, moins soucieux du langage que de l'idée, comprit qu'il s'agissait vraiment là d'une science lexicologique, ayant des principes certains et des règles absolues. C'est en se plaçant au point de vue général de cet habile dialecticien, que d'Alembert devait, quelques années plus tard, demander avec sollicitude « une main patiente qui, en achevant ce grand et utile édiflce, rendît à la langue française un service immortel ».

A côté de Beauzée, plaçons l'abbé Roubaud (1730-1792), qui, en 178;), à un moment où, dans la haute société, l'on se plaisait à jouer aux synonymes^, publia de Nouveaux Synonymes français qu'il enrichit de recherches étymologiques très sérieuses, mais appuyées trop systématiquement sur le celtique.

Roubaud diffère essentiellement de Beauzée. Ni logicien, ni classificateur, le nouveau syaonymiste, indifférent aux idées d'ensemble, procède par le détail et prend les mots par le menu. Il n'a nullement songé à poser la base d'un dictionnaire général des synonymes français. Le but évident de son travail est de montrer, à l'aide d'exemples ingénieusement mis en parallèle, la fraternité des langues et leurs mille rapports étymologiques. C'est la seule prétention de cet émule de Court de GébeUn, de Dœderlein. Mais si le philologue n'a pas su coordonner ses matériaux et donner à son œuvre l'unité du plan, lia du moins fait preuve, dans le détail, d'une érudition très sûre et d'une sagacité singulière.

« L'abbé Roubaud, dit Guizot, n'écrit ni pour plaire ni pour amuser, mais pour trouver la vérité et pour instruire ; il choisit, non les applications les plus propres à le faire briller, mais celles qui présentent les principes avec le plus de clarté et d'évidence; il ne perd jamais de vue cette analyse rigoureuse qui doit servir de fil conducteur dans la découverte des nuances distinctives du sens des mots ; il sait mettre dans ses dissertations de la vérité et de la chaleur ; enfin, on voit en lui un homme nourri de la lecture des classiques anciens et modernes, qui sait puiser chez eux ses exemples et qui cherche toujours à donner au développement de ses idées un intérêt propre, tiré du sujet même 3. «

1 Guizot, Synon. franc. Introd.

* Voir les Lettres inédites de la marquise de Cr/'qui à Sénac de Meilhan.

3 Ces remarques de Guizot sont d'une grande justesse; mais c'est bien à tort

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