COURT DE GÉBELIN
retrouver dans toutes les langues les mêmes primitifs, mais il prétend arriver à des résultats bien autrement importants. Éclaircir la portion d'histoire ancienne qui a précédé les temps où les Grecs et les Romains commencèrent d'écrire; faire prendre une nouvelle forme à l'histoire primitive, en la séparant des allégories et des fables avec lesquelles on l'avait toujours confondue, dérober aux siècles les plus reculés leurs secrets les plus mystérieux, et renouer le fil tant de fois interrompu des sciences anciennes et modernes ; expliquer une multitude de monuments qu'on n'entendait plus ou qu'on entendait mal ; présenter la clef des langues, et trouver, dans la nature et dans la valeur physique des mots, la vraie intelligence du langage figuré ; révéler la langue primitive, mère et clef de toutes les autres, les rapports intimes de celles-ci avec celle-là, et entre elles; l'origine du langage et de l'écriture, les sources de l'alphabet, l'étymologie de tous les mots, la grammaire universelle et les principes généraux du langage, la langue allégorique de l'antiquité, clef de sa mythologie, de ses symboles, de sa poésie, de ses cosmogonies, de son calendrier, de ses fêtes; poser les vraies limites de la mythologie et de Ihistoire ; éclaircir les sources du bien public en présentant les lois anciennes sous leur véritable face; enfin, en restaurant ainsi l'antiquité, jeter un éclat nouveau sur les connaissances modernes : telle était l'ambition de Court de Gébelin, tels sont les immenses résultats qu'il se flattait complaisamment d'avoir atteints K
Pour le premier objet qu'il s'était proposé, établir le système allégorique des anciens, prouver que les premiers législateurs, les premiers philosophes, les premiers théologiens s'étaient exprimés dans un langage symbolique, Gébehn allait contre l'opinion des Le Clerc, des Bannier, des Huet, des Fourmont; mais il avait avec lui, outre les anciens eux-mêmes, Bacon, Blackwell, Basnage, l'abbé de Conti, l'abbé Bergier, tous partisans des allégories. Nous inclinons à croire que ce système est le plus vraisemblable ; mais Gébelin a-t-il réellement pénétré dans l'intelligence de tant d'énigmes mythologiques, a-t-il soulevé le voile de tant d'allégories? ILvidemmentnon ; à peine a-t-il rencontré quelques conjectures probables, découvert la trace de quelques vérités.
La science ne lui est pas redevable de plus de services réels pour la partie Unguistique du Monde primitif; et si cet ouvrage chimérique et mal écrit, après avoir été annoncé à l'avance avec le ton de l'assurance la plus ferme, fut assez bien reçu par la secte philosophique, c'est qu'en plus d'un endroit il frondait la Bible et attaquait les idées catholiques sur la création du monde et l'établissement des sociétés.
Gébelin continue à développer ses idées sur l'origine et la formation des langues dans son Histoire naturelle de la parole^ eu Précis de la grammaire universelle.
La Grammaire universelle de Gébelin tend surtout à établir « que la
1 Voir le Monde primitif, t. VIII, Vue générale.