‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 90 sur 196 · COURT DE GÉBELIN · texte numérisé non relu

COURT DE GÉBELIN

parole est une peinture, et que les hommes furent nécessairement dirigés dans cette peinture par la nature même qu'ils n'eurent qu'à imiter *».

Ramenant les principes généraux du langage à cette imitation simple de la nature, il prétendit faire voir que les langues les plus éloignées et en apparence les plus opposées, la langue chinoise et la langue française, la langue grecque, la langue latine, celle môme des Hébreux, et jusqu'aux langues des sauvages de l'Amérique, étaient fondées sur une base identique. Une aussi grande multitude de mots, tous liés par le son et par le sens, et subsistant chez tant de nations diverses, sont une preuve, selon lui sans réplique, qu'une énergie particulière les maintenait contre toutes les révolutions des temps et qu'ils avaient une origine commune. Il croyait donc n'avoir à rendre raison que d'un petit nombre de mots, c'est-à-dire de noms primitifs dont la cause lui était expliquée par l'analyse môme de l'instrument vocaP.

La Grammaire universelle, comme le Monde primitif, est d'un homme qui croit avoir épuisé toutes les difficultés, quand à peine il a su les aborder.

Après avoir essayé de remonter à l'origine primitive de toutes les langues, il s'attacha particulièrement à rechercher les origines de la langue française. Il les vit surtout dans le celtique, qu'il regardait comme la langue primitive de l'Europe, d'accord en cela avec Latoor d'Auvergne, l'auteur de V Origine des premières sociétés. Établir cette priorité d'origine du celtique et en faire découler la plupart des langues, tel est l'objet du Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne, considéré dans les origines françaises.

Justice a été faite de ce système sans solidité parla philologie moderne, qui a trouvé dans la langue sacrée de l'Inde des sources plus certaines.

Un seul exemple suffira pour donner une idée des étymologies hasardées par Court de Gébelin. Voici quelle est, suivant lui, l'origine du mot 6e/, beau :

(f Pour peindre la beauté, dit-il, pour exprimer qu'une femme réunissait ei elle tout ce qui plaît, tout ce qui charme, pour désigner en un mot la première mère de famille, on n'eut à prononcer qu'un seul mot, et ce seul mot signifia toutes ces choses, et les signifia de la manière la plus énergi'|ue, parce que ce mot fut le nom de l'astre le plus beau, celui dont l'apparition porte dans l'univers la vie et le plaisir, comme une mère de famille, jeune, belle et touchante, est pour sa famille une source de bonheur et d'agrément.

« Ce mot fut Bel : nom du soleil, comme souverain des astres. Dire une Femme-belle, c'était dire une Femme-soleil.

« L'on exprimait par là tout ce que renferme l'idée de beauté ; on l'exprimait de la manière la plus courte, la plus précise, la plus énergique : et ce qui est

* Gramm. univ., liv. Il, ii« part., chap. v, § 9.

* Ibid., chap. i.

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