‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 9 sur 196 · VELLY, VILLARET · texte numérisé non relu

VELLY, VILLARET

sur la manière dont Clo\is remplissait les sièges épiscopaux qui venaient à vaquer en régale. 11 débite ainsi mille erreurs du ton le plus sérieux et avec l'affirmation la plus tranchée. Jamais, pour former son opinion, il ne remonte aux sources les plus authentiques. Il ne les connaît même pas; car, suivant l'aveu d'un de ses continuateurs, Garnier, il se mit à composer son Histoire sans préparation et sans études, et avec le seul avantage d'une élocution facile, élégante et ornée. 11 disait lui-même que Daniel formait toute sa bibliothèque, et qu'il trouvait là tout ce qu'il lui fallait. Il puisait encore abondamment dans les compilateurs du seizième siècle, Pasquier, Fauchet, du Tillet, Loysel, etc. C'est là ce qu'il appelle « des autorités décisives' ». La Constitution de la monarchie française, extraite de VAlmanach royal, était aussi une de ses sources les plus ordinaires. Enfin, pour donner à ses derniers volumes plus de solidité qu'aux premiers, il fit de nombreux emprunts aux mémoires de l'Académie des inscriptions et belleslettres ; mais ils ne lui fournirent que des dissertations inexactes sur les usages et les mœurs antiques.

« Son plus grand soin, dit A. Thierry, fut de mettre en lumière, à chaque siècle, ce qu'il appelle les fêtes galantes des cours. Ce ne sont que banquets, festins, dorures et pierres précieuses. Les magnificences de toutes les époques sont confondues, et pour ainsi dire brouillées ensemble, afin d'éblouir le lecteur -. »

L'histoire de Velly manque d'originalité comme d'exactitude. C'est presque d'un bout à l'autre un plagiat non déguisé. Enfin la composition est faible, et la disproportion entre les parties choquante. Ainsi le règne de Charlemagne occupe environ cent pages, et celui de saint Louis remplit deux volumes.

De son vivant, Velly était une autorité devant laquelle tout se courbait. Malgré les réclamations timides de quelques savants sur ses méprises géographiques et sur ses erreurs en matière de faits nationaux et étrangers, on voulait voir en lui le premier historien de France. Cette prévention beaucoup trop favorable dura longtemps après sa mort, et elle n'a cédé que de nos jours, devant le haut jugement de M.Augustin Thierry.

L'abbé Velly, mort à l'âge de cinquante-neuf ans, ne put donner que les six premiers volumes de l'Histoire de France. Le septième qu'il avait achevé, et le huitième auquel il avait presque mis la dernière main furent publiés par Villaret, son continuateur jusqu'au dix-septième volume. Villaret savait peut-être mieux l'histoire que Velly, bien qu'il •s'y soit appliqué assez tard, et après avoir longtemps exercé le métier de comédien. Cependant il manque souvent d'exactitude et d'impartialité. 11 est dénué d'agrément et de naturel. Son style est prétentieux, ampoulé et gâté par une fatigante affectation de sensibilité et

• Préface du tome I, p. xi.

2 Lettres sur l'histoire de France, IV.

d'énergie. Garnier, 1729-1805, reprit l'histoire où Villaret l'avait laissée, à l'année i i69, au milieu du règne de Louis XI et la conduisit jusqu'à la moitié du règne de Charles IX. Sa proUxité et sa manière terne rebutent ; du reste il avait du bon sens, du savoir et de l'érudition, et possédait le mérite de bien classer ses matières *.

Le volumineux travail sur l'ensemble de l'histoire de France, auquel prirent part successivement Velly, Villaret, Garnier, avait été préparé par des études particulières sur des périodes plus ou moins longues, et par des exposés systématiques et des dissertations dont il convient de faire ici mention.

Le comte de Boulai.nvilliers (1638-1722), l'un de ces pionniers de notre littérature historique, eut assez d'élévation d'esprit pour concevoir et pour tenter d'écrire « une histoire de France qui proposerait plutôt celle du génie des princes et du gouvernement de la nation que celle des événements la plupart déjà connus^ ». Il publia d'abord, en trois volumes in- [2, un Abrégé chronologique de l'histoire rfe France, jusqu'à Charles VIII. Il n'avait entrepris les études qui l'amenèrent à composer cette histoire qu'atin de rechercher les titres, les alliances, les faits glorieux de sa maison pour laquelle il professait une sorte de culte.

Ce qui a fait la réputation de Boulainvilliers, ce sont deux écrits que leur hardiesse l'empêcha de mettre au jour de son vivant, et qu'il se contenta de faire circuler en copies, VHistoire de l'ancien gouvernement de la France^, elles XIV Lettres sur les anciens parlements.

1 Garnier est aussi l'auteur des ouvrages suivants : l'Origine du gouvernement français, l'Homme de lettres, Traité d'éducation civile.

2 État de ta France, Préf., 2" p. (Euv., t. I, p. 19, éd. 1727.

3 Le titre complet est : État de la France, dans lequel on voit tout ca qui regarde le gouvernement ecclésiastique, le militaire, la justice, les finances, le commerce, les manufactures, le nombre des h'ibitant-t, et en général tout ce qui peut faire connaître le fond <le cette monarchie : extrait des mémoires dressés par les intendants du royaume, par ordre du roi Louis XIV, à la sollicitation de monseigneur le duc de Bourgogne, père de Louis XV, à présent régnant. Avec des Mémoires historiques sur l'ancien gouvernement de cette monarchie, jusqu'à Hugues Capet.

Boulainvilliers, en entreprenant ce vaste travail, avait eu principalement en vue ses enfants, dont « l'instruction était le premier objet de ses soins et de ses travaux ». Il avait voulu « leur procurer une connaissance intime de l'histoire de France générale et particulière, non seulement des provinces, mais des églises épiscopales, des abbayes, des grandes terres; la connaissance de la noblesse, de ses différents degrés, de son antiquité et nouveauté, de ses possessions, de ses emplois présents ou passés ; connaissance de toute la magistrature de la France et de ses différentes fonctions; connaissance des emplois militaires et politiques ; connaissance de tous les revenus particuliers des nobles ou des ecclésiastiques; des facultés des peuples, et de la nature de leurs biens; connaissance de tout ce qu'on nomme les droits du roi, de ce qu'il perd, de ce qu'il gagne et de ses véritables intérêts ; connaissance de topographie et même de physique par rapport a ce qu'il y a de singulier en chaque

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