‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 91 sur 196 · ANQUETIL-DUPERRON · texte numérisé non relu

ANQUETIL-DUPERRON

assez singulier, c'est que ce nom, qui n'était que d'emprunt, est resté à la beauté, et a été perdu pour le soleil. C'était dépouiller le ciel pour enrichir la terre i. »

Gébelin accuse tous ceux qui l'ont précédé de déraisonner sur l'étymologie. ISous ne lui ferons pas le môme reproche; nous nous contenterons de dire que trop souvent ses conjectures paraissent plus ingénieuses que plausibles, et que si ses devanciers ont eu des vues trop resserrées, il en a eu de trop singulières.

Court de Gébelin entreprit donc une tâche très disproportionnée à ses forces, et son nom ne peut pas être inscrit parmi ceux des savants sérieux. Qu'on vante, avec son caractère^ et ses vertus, sa connaissance approfondie de certaines langues, du latin, du grec, de l'hébreu, de l'arabe, et sa vaste érudition historique et mythologique : c'est tout ce qu'on peut dire à sa louange. Il n'a pas plus dévoilé l'origine des langues que celle des nations. C'était une intelligence très cultivée, un esprit très ingénieux et très actif ; ce n'était pas un de ces génies qui épuisent les sciences humaines et en étendent le domaine et les applications.

Tandis que Court de Gébelin se complaisait à des recherches et à des conjectures assez peu utiles sur l'origine des langues et sur l'étymologie, un savant sérieux, A.\quetil-Duperrox (1723-1806), entreprenait de faire connaître à l'Europe sa véritable langue-mère. Il préparait une immense révolution linguistique et ethnographique, en découvrant que non seulement le sanscrit était l'origine des idiomes modernes de l'Inde et de l'ancien persan, mais aussi qu'il était la souche d'où s'étaient formées toutes les grandes branches du langage européen, le grec, le latin et le teutonique, avec toutes leurs ramifications, le celtique et le slave, avec leurs applications diverses.

Depuis la mort d'Anquetil-Duperron, l'étude des langues et de la littérature de l'Inde a pris un grand développement, et l'on a étudié d'une manière déjà fort approfondie ses rapports particuliers avec le français. Ce sera toujours un très grand honneur pour Duperron d'avoir le premier imprimé ce mouvement, et d'être allé, au prix de tant de peines, chercher cette science nouvelle dans le pays même où s'écrivirent les Védas et les autres livres sacrés des Brames ^.

1 Gramm. univ., u* part., cliap. m.

* Court était un élève du séminaire protestant de Lausanne. Les études sur les origines anciennes ne l'absorbaient pas tout entier. Il s'occupa très ardemment de l'affranchissement des protestants de France, et fut un de ceux qui contribuèrent le plus à préparer la promulgation de l'ordonnance par laquelle Louis XVI, en 1787, rendit aux calvinistes l'état civil.

3 Louis XV favorisa le mouvement qui portait à l'étude des idiomes de l'Asie, en établissant l'école des langues orientales dans le but de servir les besoins du commerce et de la diplomatie, et en donnant naissance au riche fonds oriental de la bibliothèque du roi, dont les premiers trésors furent apportés par l'abbé

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