L'ABBE SICARD
lumière sur le chaos où étaient restées jusqualors nombre de règles.
On doit citer aussi avec éloge les Éléments de Grammaire générale, appliqués à la langue française, publiés en 1796 et réimprimés avec de grandes améliorations en 1 801 , par un homme que recommandent d'autres titres bien plus honorables, l'abbé Sicard (1742-1822), le successeur et l'émule de l'abbé de l'Épée, instituteur des sourds-muets. Ce maître habile, — bien digne d'avoir fait partie de l'Institut dès le moment de sa formation, — en écrivant sur la grammaire après tant d'autres, ne s'est pas traîné péniblement sur des routes déjà battues ; il a réellement tracé quelques lignes nouvelles, et plus courtes, et plus lumineuses, et les observations toutes particulières que sa position lui permettait de faire chaque jour n'ont pas été perdues pour la science.
lia philosophie et la métaphysique. — I^es derniers soutiens da curtôsiaiiisme. — D\içne8seau, le cardinal de Poligfnae, le P. André. — Eieibiiitz. — SnTasion du sensualisme, — liocke, Condillac, Lie Cat, Mériun, Bonnet. — Triomphe da matérialisme, du scepticisme et de l'athéisme. — Boulainvilliers, Voltaire, flelvétius, Diderot, d'ilolbach, Maigreon, etc. — Commencement d'un retour au spiritualisme. — Saint-llartin.
La plupart de ceux qui, dans l'ère voltairienne, prennent le nom de philosophes, sont des esprits sans profondeur et sans connaissances sérieuses. La présomption, l'audace, un certain enthousiasme, leur tiennent lieu de science et de génie. Ils affirment, ils tranchent, évitant au besoin de toucher les difficultés, éludant les objections et remplaçant le raisonnement par le sophisme. L'infaillibilité de leur jugement paraît être le seul dogme de ces hommes pétris d'orgueil et de morgue. Ils ne souffrent pas la contradiction, ils ne savent pas douter. Car, il importe de le remarquer, le dix-huitième siècle est bien plus dogmatique que sceptique. Il aborde avec la plus téméraire confiance tous ces problèmes, tous ces doutes qu'on a tournés de tant de manières depuis l'origine de la philosophie. Il croit avoir sur chaque question des réponses certaines. Cependant il ne savait rien résoudre, et, comme s'en plaignait un métaphysicien du temps *, on était ramené après tant de siècles à disputer encore sur les premiers éléments. Quelques beaux talents s'exercèrent alors sur la métaphysique, mais on ne vit pas apparaître un seul métaphysicien, un seul philosophe français sachant penser en grand et s'élever à ce haut point d'intelligence métaphysique et scientifique qui avait fait la gloire de plusieurs génies des époques antérieures.
Bossuet, voyant l'intempérante ardeur avec laquelle Descartes et ses disciples s'affranchissaient de toute tutelle et se soustrayaient à toute autorité, exprimait de vives appréhensions pour l'avenir. Il voyait un grand combat se préparer contre l'Église. Il prévoyait que des principes mal entendus de la philosophie cartésienne plus d'une hérésie allait naître. Ils devaient surtout, pensait-il, produire une liberté de juger qui ferait que, sans égard à la tradition, on avancerait les pensées les plus téméraires. Déjà de son temps il s'apercevait que,
1 Béguelin, Prem. mém. sur les prem. principes de la métaphys. [Histoire de VAcad. de Bevliiiy 1755, p. 405.)