Scène XL — CLARISSE, M. GRICHARD, ARISTE
Clarisse. Vous me voyez, monsieur, dans un si grand excès de joie que je ne puis vous l'exprimer.
M. Grichard. Comment donc, d'où vous vient cette joie si déréglée ?
Clarisse. Mon père vient de m'accorder tout ce que je lui ai demandé,
M. Grichard. Et que lui avez-vous demandé?
Clarisse. Tout ce qui pouvait me faire plaisir.
M. Grichard. Mais encore?
Clarisse. Il m'a rendue maîtresse de tous nos apprêts de noces.
M. Grichard. Quels apprêts faut-il donc tant pour...
Clarisse. Comment, monsieur, quels apprêts? les habits, les festins, les violons, les hautbois, les mascarades, les concerts ; et le bal surtout, que je veux avoir tous les soirs pendant quinze jours.
M. Grichard. Gomment diable I
Clarisse. Vous voyez cet habit, c'est le moindre de douze que je me suis fait faire. J'en ai commandé autant pour vous.
M. Grichard. Pour moi?
Clarisse. Oui ; mais il n'y en a encore que deux de faits, qu'on vous apportera ce soir.
M. Grichard. A moi?
Clarisse. Oui, monsieur. Croyez-vous que je puisse vous souffrir comme vous êtes? Il semble que vous portiez le deuil des malades qui meurent entre vos mains.
M. Grichard. Elle est folle.
Clarisse. Il faut quitter cet équipage lugubre, et prendre un habit plus gai.
M. Grichard. Un habit plus gai à un médecin!
Clarisse. Sans doute, puisque nous nous marions ensemble, il faut se mettre du bel air. Serez-vous le premier médecin qui porterez un habit cavalier?
M. Grichard. Elle extravague.
Clarisse. Pour le festin, nous avons deux tables de trente couverts, je viens d'ordonner moi-même en quel endroit de la salle je veux qu'on place les violons et les hautbois .
M. Grichard. Mais songez-vous...
Clarisse. J'ai préparé une mascarade charmante.
M. Grichard. A la fm...
Clarisse. Quand nous aurons dansé une bonne heure, nous sortirons tous deux du bal sans rien dire, et nous nous déguiserons, moi en Vénus, et vous en Adonis.
M. Grichard. Je perds patience.
Clarisse. Que nous allons danser! c'est ma folie que la danse. Au moins j'ai déjà retenu quatre laquais, qui jouent parfaitement bien du violon.
M. Grichard. Quatre laquais?
Clarisse. Oui, monsieur, deux pour vous, et deux pour moi. Quand nous serons mariés, je veux que vous ayez le bal chez nous tous les jours de la vie, et que notre maison soit le rendezvous de toutes les personnes qui aimeront un peu le plaisir.