GUSTAVE MATHIEU
Cette légende uaïve a ému le cœur du poète; mais il revieut bientôt aux descriptions joyeuses, aux portraits folâtres!
« Chignon tombant, bandeaux tressés
Sur un'front pur faisant ombrage,
Aux yeux noirs, vaguement baissés Sur le creux d'un mouvant corsage, La lèvre en arc sous le nez fier.
Le rire aux dents, joue à fossette, Voici l'esquisse faite en l'air De la blonde Cenderinette. »
Et encore :
« Elle est si belle la meunière, Un jour de fête, le matin, Quand elle descend le ravin.
Clocher devant, moulin derrière...
Courte de jupe, et flanc pressé, Elle va comme une hirondelle, • Le chignon lourd et haut troussé
Entre deux ailes de dentelle, »
Gustave Mathieu aime les tableaux des champs, il aime les belles paysannes; mais il aime aussi la mer. Ayant fait dans sa jeunesse le tour du monde sur un navire à voile, il recueille dans une partie de son livre ses plus charmants souvenirs, ses souvenirs d'admiration pour ces fins voiliers « filant comme des pétrels dans l'écuaie* » :
a Comme un pirate à mine fière, Vuidé de pourpre, hardi d'avant.
Long de vergues, mâts en arrière. Pouvant refouler mer et vent ; C'était le trois-màts le plus brave Qui fîit sorti de Saint- T-Ialo :
Fin de l'étambot à l'étrave, Haut de mâture et ras sur l'eau. »
Pourquoi un poète si gracieux s'est-il aventuré sur le terrain de la politique? Vers la fin de son recueil, embouchant la trompette guerrière, Gustave M;ilhieu s'exerce à donner à ses vers des accents de Marseillaise. Il crie : Aux armes I pour la liberté qu'on immole; aux armes ! pour un peuple qu'on égorge, et ne réussit souvent qu'à donner des exemples du plus détestable goût. Ainsi, dans sa pièce sur la Poloijne, où ses accents sont les mêmes que dans « la fanfare du crapaud » de la pièce burlesque Monsieur Gaudéru :
1 André Lemoyne, Le Courrier littéraire, 1877.
« Peuples, entendez-vous ce grand peuple qui prie Et qui, las de prier, en étouffant, vous crie. Du sang dedans la gorge et le poignard au sein : A l'as sa sa sa sa sa sa sa sa sas sin ' / »
0 Le crapaud vengeur, au houhou lointain, -"" "
Parfois à grand bruit coasse à dessein, Imitant la voix ifuti quelqu'un qui crie, Du sang dans la gorge et poignard au sein : A l'as sa sa sa sa sa sa sas sin * / »
Les Parfums, chants et couleurs ont des parties très défectueuses ; la forme n'est pas assez soignée; les rimes sont presque toujours pauvres et privées de la consonne d'appui; l'expression est quelquefois mal choisie ; les répétitions de refrains, dans certaines pièces un peu longues, sont fatigantes; certaines onomatopées discordantes, les cla, cla, cla de la foudre, les kl, ki des martins- pécheurs, les quit, quit de la bergeronnette, sont trop prodigués ; mais le ton en général gracieux et spirituel de la poésie, la fraîche simplicité des détails rustiques et maritimes, la délicatesse harmonieuse des vers descriptifs rendront longtemps agréable à lire ce léger recueil, cette
« Chanson de flot, de grève et de lande fleurie. »
* La Pologne.
' Monsieur Gaudéru.
SOULARY (JosÉPHLx)
— Né en 1815 —
L'auteur des Sonnets humouristiques, M. Joséphin Soulary, a publié, sous le titre de Poèmes et Poésies, ua volume formé de compositions très diverses, et qui garde, dans son ensemble, l'allure fantaisiste de la poésie légère. Les sujets amoureux y dominent. Quelques pièces ont, dans leur préciosité, de la grâce et de la gentillesse. Les autres sont fades et médiocres. Le principal défaut des Poèmes et Poésies estl'étrangeté des inspirations et des images. On y rencontre les comparaisons les plus inexplicables :
« Nous avons tous au fond de la poitrine Un vase plein d'une rouge liqueur :
Tendons au loin cette coupe divine, A la ronde versons le cœur*.
J'ai déraciné l'arbre immense
Né dans mon cœur!
Il y semait l'ombre insondable
D'une forêt ; Sous sa majesté formidable
Tout se mourait ^ ? »
Ces caprices poétiques ne sont pas heureux. En recherchant surtout l'originalité, M. Soulary a souvent trouvé l'exagération et l'invraisemblance. Le soin môme qu'il apporte dans le choix des rythmes laisse voir un amour trop exclusif de la forme et de l'élégance minutieuse de l'exécution. Artiste au suprême degré, il attache beaucoup de prix à la perfection plastique ou à la sonorité du vers, mais ne s'abandonne pas assez librement à la franchise de ses inspirations. Les Poèmes et Poésies renferment cependant quelques détails piquants. Nous signalerons parmi les pièces les plus remarquables : Variantes sur un vieux thème et A Sur. El. Araoud. Les vers de cette dernière poésie sont pleins de chaleur et d'harmonie.
1 Poèmes et poésies : Le Chant du cœur, ' La Plaie du chêne.
MONSELET (Charles)
— Né en 1825 —
Ce spiriluel fantaisiste a répandu dans quelques pièces légères les qualités les plus brillantes de son talent.
Gaies sans être licencieuses, les poésies de son recueil l'Amour et le Plaisir ont une facilité, une verve entraînantes.
La première pièce du livre, le Médoc, a des passages charmants. Le poète décrit d'abord cette heureuse contrée aux bois épais, aux innombrables ceps de vigne; puis il commance un doux récit. C'est en automne. « Parmi la grande herbe » vont deux enfants pleins d'amour, Lucien, Nicette, qui demain seront séparés. Lucien doit partir :
tt Vingt ans et voir Paris 1 »
Lucien connut Paris. Il y laissa, hélas! sa candeur virginale et ses radieuses chimères. Quand il revint au Médoc, à l'époque des vendanges,
« 11 avait vu Paris^ il n'avait plus vingt ans. »
Les vignerons pressent le raisin dans la cuve. Au fond du parc et « parmi la grande herbe », Lucienj Nicette s'entretiennent des bonheurs d'autrefois. Mais il faut se quitter! Ce soir, près de l'étang, Lucien doit retrouver Mcette. L'enfant s'est rendue là, tremblante, après sa prière. Elle attend :
« Elle attendait toujours : — Lucien ne venait pas. » Le jeune homme était venu, mais il était parti, car
« Dans la nuit sereine il se sentit broncher,
Lorsqu'il se demanda ce qu'il venait chercher ; Alors il reporta ses regards en arrière ; Sa jeunesse à son cœur remonta tout entière, Et retrouvant soudain son amour d'autrefois, 11 s'enfuit en cachant sa tête entre sas doigts, a
Quelques mois se sont passés. Lucien, Mcette sont mariés :
« Ils n'ont plus que la joie et le calme dans l'ànie, Et le ciel a béni leurs charmantes amours. Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe, Je les ai vus passer, l'un sur l'autre appuyés, A travers la bruyère et les bleuets ployés,