GUSTAVE MATHIEU
Les Parfums, chants et couleurs ' de Gustave Mathieu sont un long cri d'allégresse :
« Partout du sud au nord, sous le ciel noir ou bleu, D'un cœur libre et content je chante la nature, Ses couleurs, ses parfums, son rythme qui murmure,"] Les profondeurs du ciel, les eaux, l'air et le feu. »
Ami de Jean Raisin, chantre joyeux du soleil, des fleurs et des jolies filles, Gustave Mathieu est le poùte des vendanges et du plaisir. Assez d'auteurs ont entretenu le monde de leurs deuils imaginaires, il ne veut, lui, célébrer que les grappes mûres et les gaietés champêtres.
« Ils sont si courts les instants Pour aimer et vivre. »
Aussi, comme il se hâte ! et comme il presse les autres, les vendangeurs surtout 1
« Des pieds, des mains, jusques aux flancs, Gens du pressoir, foulez la grappe, Coupeurs, coupez, que rien n'échappe; Coupez raisins rouges et blancs ! »
Le via est prôt :
« Le bras levé, franc tonnelier, Fais tonner ton tonneau sonore! »
Le mâme accent alerte, éclatant de joie, anime ses chansons « des bois au printemps » et ses symphonies rustiques. Mais alors une qualité nouvelle se môle au charme entraînant de cette poésie, la grâce :
a Tout là-haut ! là-haut 1 le ramier roucoule. On voit dedans l'eau les bouleaux tremblants Et les genêts d'or et le ciel qui roule. Les joncs et les fleurs, les aubépins blancs, Tout là-haut 1 là-haut ! le ramier roucoule. »
» Un volume in-18. Bibliothèque Charpentier.
Les Parfums, chants et couleurs renferment des pièces charmantes : Cenderinette, le Retour des hirondelles, la Plainte du pâtre, les Adieux à la falaise, et enfin la Légende de l'Etang, poésie douce et simple, pleine de détails délicieux, dont on a fait une romance touclianle. Cette pièce est bien connue; mais nous ne résisterons pas au plaisir de la citer encore :
Légende de l'Étang. — L'enfant noyé.
Écoulez ce qu'il arriva De cet enfant qui s'esquiva
Du toit de sa mère.
Par ce beau jour, jour sans pareil, Tout de parfums et de soleil.
De brise légère!
Les doux rossignolets sous bois Réjouissaient à pleine voix
La nature entière
Le nez en l'air, la joue en feu, L'enfant fuyait sous le ciel bleu,
Et par la prairie ; Quand il eut fait de papillons Et de bluets par les sillons
Sa moisson fleurie, Voilà qu'il arrive à l'étang, L'3 front mouillé, tout haletant,
Face épanouie.
La demoiselle aux ailes d'or Allant, rasant, rasant encor
L'onde frissonnante, Sur un beau nénuphar en fleurs, Fière de ses vives couleurs,
Se fixa brillante.
Pour la saisir l'enfant courut.
Prit l'eau pour l'herbe et disparut
Sous la fleur tremblante.
Petits enfants, n'approchez pas, Quand vous courez par l'a vallée, Du grand étang qu'on voit là-bas.
Dans le brouillard, sous la feuillée.