MONSELET
Elle les yeux baissés, lui le regard superbe. Un tout petit enfant se jouait à leurs pieds. Quand nous voyagerons, l'été prochain peut-être, Nous passerons par là., car il faut les connaître. »
Le ton de ce poème est simple et gracieux comme l'inspiration môme . Charles Monselet décrit, dans les autres pièces de son recueil, les intrigues de l'Opéra, les amusements du carnaval ; il célèbre l'amour et les Andalouses; mais ce qu'il chante, ce qu'il aime avant tout, ce sont les douceurs de la table et les bruits du festin. De là tant d'inspirations chères aux gourmands : le Godiveau, VAndouillette, la Truite, la Choucroute, etc. Nous citerons l'un de ces Sonnets gastronomiques.
L'Andouillette.
Dédaignons la mouillette Et la côte au persil.
Crépite sur le gril, 0 ma fine andoailletlel
Certes ta peau douillette Court un grave péril.
Pour toi, ronde fillette, Je défonce un baril.
Siffle, crève et larmoie, Ma princesse de Troye Au flanc de noir zébré I
Mon appétit te garde
Un tombeau de moutarde,
De mâche ou de vert-pré.
Tout le recueil a la môme allure franche et délibérée. Ou pourrait reprocher au poète ses affections profanes et son Ode à l'ivresse; on pourrait le blâmer d'avoir quelquefois exprimé trop nettement son amour culinaire, et d'avoir dit dans un accès d'enthousiasme :
o Adorable cochon 1 animal-roi 1 — cher ange ! »
Mais on ne saurait porter un jugement sévère contre une œuvre dont le ton alerte et le brillant humour produisent à la lecture une irrésistible gaieté.
L'Amour et le Plaisir renferment deux poésies touchantes : Par la postCy la Flûte.
Ce recueil est, dans son ensemble, charmant d'esprit, de gi'à:e et de légèreté .
Poètes du xix' siècle. — II. 37
Arsène HOUSSAYE
— Né en 1815 —
Arsène Houssaye est un des auteurs de notre époque dont on a le plus vanté le mérite. Hugo et Lamartine lui ont donné « les grandes lettres de naturalisation ». Sainte-Beuve l'a nommé « le poète des roses et de la jeunesse ». Béranger lui disait ; « Cette chanson est-elle de vous ou de moi ? »
L'auteur de la Symphonie de vingt ans mérite d'ôtre loué pour la grâce et la fraîcheur de ses productions. Il a beaucoup étudié l'art et la forme, mais la source de la poésie est dans son âme, et, selon la juste comparaison de Théodore de Banville, « il est poète comme une pèche est une pêche; il donne des vers comme un espalier donne des fruits. » La variété de tons que sait prendre, avec un égal succès, sa muse capricieuse, la montre à tout instant sous un aspect nouveau. Tantôt elle a des élans de sensibilité rôveuse qui font dire à un critique d'outre-Rhin, Etienne Eggis : « Si M. Arsène Houssaye n'a pas vu l'Allemagne, c'est qu'alors il l'a devinée; « tantôt elle se laisse emporter par un vol rapide vers les horizons purs de l'antiquité, et Tliéocrite, Bion, Moschus, Auacréon semblent lui révéler les grâces et les parfums de leur délicate simplicité. Ailleurs, s'éveillant aux souvenirs mondains du dix-huitième siècle, elle pénètre, furtive, indiscrète, dans les boudoirs des marquises, et fait résonner sa lyre des échos de Trianon.
Mais, sous ces diverses transformations, on voit presque toujours renaître, comme un spectacle préféré, les tableaux de bonheur, de gaieté et d'amour, qui sont de tous les temps et de tous les pays. Houssaye a le lyrisme de l'épicurien cherchant, infatigable, le soleil et les roses, s'enivrant à la coupe d'Hébé de toutes les allégresses des vingt années, et chantant sans cesse l'hymne enthousiaste de la nature en fête:
« Le printemps ! le printemps! la magique saison !
Le ciel sourit de joie à la jeûna nature,
L'aube aux cheveux dorés s'éveille à l'horizon,
Dieu d'un rayon d'amour pare sa créature.
Avril a déchiré le manteau de l'hiver ;
Les mairoaniers touflfus dressent leurs grappes blanches :
Partons! le soleil luit, et le chemin est vert,
Les feuilles et les fleurs frémissent sur les branches *. »
1 La P csie di:)is le^ àois. La symphonie du printemps.