‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 107 sur 110 · CASIMIR DELAVIGNE · texte numérisé non relu

CASIMIR DELAVIGNE

Vierge comme Minerve, elle aura pour demeure

Ce qui reste du Parthénon.

Guerre, guerre aux tyrans ! Nochers, fendez les flots ! Du haut de son tombeau Thémistocle domine

Sur ce port qui l'a vu si grand ; Et la mer à vos pieds s'y brise en murmurant

Le nom sacré de Salamine.

Guerre aux tyrans! Soldats, le voilà, ce clairon Qui des Perses jadis a glacé le courage ! Sortez par ce portique, il est d'heureux présage : Pour revenir vainqueur, par là sortit Cimon. C'est là que de son père on suspendit l'image. Partez, marchez, courez, vous courez au carnage : C'est le chemin de Marathon.

0 sommets du Taygète, ô débris du Pirée, O Sparte, entendez-vous leurs cris victorieux? La Grèce a des vengeurs, la Grèce est délivrée, La Grèce a retrouvé ses héros et ses dieux. »

Casimir Delavigne a été loué outre mesure par ses contemporains ; sa popularité fut surtout une popularité politique. Les grands écrivains qui s'élevèrent après lui ont effacé cette réputation exagérée. Mais il occupe encore et gardera parmi les poètes secondaires un rang distingué.

Persévérant et consciencieux, amoureux du travail et de la correction, il avait pour doctrine de penser juste, de peindre vivement et d'écrire avec pureté.

COPPÉE (François)

(Tome I, page 161, ligne 10)

Il nous reste encore à nommer, de M. François Coppée, le Passant et, les Deux Douleurs ', compositions appartenant moins aa théâtre par leur disposition matérielle, qu à la poésie lyrique par l'inspiration et le ton de leurs vers.

LePassant, représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Odéon, le 14 janvier 1869, est une exquise bluette.

Un soir, Silvia, la courtisane idolâtrée de Florence, s'ennuie. Lasse de plaisirs et rassasiée d'adulations, elle songe tristement au calme depuis si longtemps perdu dans l'éclat bruyant des fêtes ; elle aspire à l'amour dont elle a tant de fois entendu profaner le nom par ses compagnons d'orgies. Accoudée sur la rampe de sa terrasse, le regard perdu dans le ciel étoile, Silvia s'abandonne à ces pensées de désenchantement, et rien ne peut soulager son amertume. Les larmes ne montent plus de son cœur à ses yeux :

a Que l'amour soit maudit! je ne puis plus pleurer. «

Mais, si du moins une âme encore vierge, une âme ignorante de toutes les hontes de la passion, venait à partager sa souffrance, comme il serait ardent, l'amour qu'elle lui donnerait en échange de sa tendre pitié !

« Oh ! qu'il n'espère pas que mon cœur se résigne

A le laisser partir, celui-là, si jamais

D vient dans mon chemin fatal ! Je lui promets

Que je ne serai plus la seule malheureuse

Et que je n'entends pas faire la généreuse. »

Tandis que Silvia prononce ces paroles passionnées, une voix fraîche et jeune se fait entendre près d'elle. C'est un enfant de seize ans, un musicien, un poète, Zanetto, qui passe en fredonnant un chant d'amour. N'est-ce pas celui-là dont tout à l'heure elle évoquait l'image ? La courtisane interroge doucement l'insoucieux voyageur. Sa voix caressante éveille dans le cœur de Zanetto les premiers désirs qu'il ait encore

' Chez Lemerre.

ressentis. Ce matin il était libre, « avide seulenaent d'horizon et d'espace »; il marchait en avant, sans fatigue et sans regrets; ce soir, il voudrait auprès d'elle un asile qu'il n'abandonnerait plus ; il quitterait à jamais sa vie capricieuse comme celle de l'oiseau dans l'uir pour une place, la plus humble, à son foyer. Mais si l'étrangère refuse aujourd'hui de le guider dans cette route nouvelle et repousse sa tendresse, demain il ira chez Silvia. La courtisane a senti défaillir son courage :

« Quoi I Ce passant qui s'appelle Amour, cet inconnu Dont la vue a rempli mon âme de tendresse, C'est le bonheur qui passe, et je le chasserais ! Non, C'est trop étouffer mes sentiments secrets, Et je veux... »

Rapide éclair de passion '.Un sentiment nouveau s'éveille subitement dans l'âme de Silvia. La courtisane oublie ses premiers desseins; elle veut être généreuse, proléger l'innocence de Zanetto et lui laisser toutes ses illusions. Elle ne brisera pas la joie folle et libre du trouvère, elle n'enchaînera pas son heureuse ifidépendance. Zanetto lui demandait tout à l'heure d'être l'arbitre de ses destinées ; Silvia supplie l'enfant de détourner ses pas d'une route fatale, et tendant la main dans la direction opposée à Florence, elle lui montre le chemin qu'il doit suivre. Zanetto s'éloigne. La courtisane restée seule fond en larmes, et s'écrie :

« Que l'amour soit béni ! Je puis pleurer encore. »

Le Passant, très-souvent joué nu théâtre, dans les salons et dans les concerts, est le chef-d'œuvre de François Coppée, — bien qu'il ne soit pas tout à fait un chef-d'œuvre dans le sens absolu du mot. La donnée, si ténue, si délicate, ne comportait pas de grands développements, mais celle idée simple est rendue dans un langage très-harmonieux et vraiment poétique. Il est seulement regrettable que l'auteur quelquefois, tout en variant les expressions, ait trop répété, trop étendu les mêmes pensées.

Nous aimons moins les Deux Douleurs, pièce en un acte, où, mettant en opposition la soutfrance de la maîtresse abandonnée et le désespoir de la fiancée trahie, toutes deux délaissées par le môme homme, M. Coppée s'attache à tirer de ce contraste d'émouvants effets dramatiques. Les vers ont souvent une grande énergie; l'idée ne manque pas d'originalité; mais la situation respective des personnages est généralement présentée d'une manière trop invraisemblable pour émouvoir fortement les cœurs. Cette pièce, acceptée par le Théâtre- Français en 1870, eut peu de succès à la scène.

DUPATY (Emm.\nu£l) [1775-183 1] (Tome I, page 425, ligne 8)

Cet écrivain distingué composa un certain nombre de comédies et d'opéras qui, très goûtés autrefois à la représentation, semblent encore aujourd'hui fort agréables à la lecture. Ce sont : la Prison militaire, comédie en cinq actes, où l'intrigue est supérieurement conduite, où la versification a beaucoup d'éclat et de légèreté ; les Dei/as J/eres, jouées, en iS13, aux Tuileries, devant la famille impériale, et particuliùrement goûtées de la reine de Naples qui parut sur le théâtre dans un quadrille allégorique ; le Chapitre second, la Leçon de botanique, Vlntrigue aux fenêtres, les Voitures versées, charmantes opérettes dont le souvenir est encore vivant ; enfin ?sinon de Lenclos chez M"'^ de Scvigné, le Poète et le Musicien, délicieusesbluetles toutes formées de vers gracieux et faciles.

Emmanuel Dupaty laisse voir, en ces différentes pièces, une remarquable entente des exigences de la scène; ses vers ont de la prestesse, malgré quelques défauts classiques : la forme est généralement soignée, littéraire. Le talent principal de ce poète était, comme l'a fait remarquer Musset \ de savoir poser une scène, c'est-à-dire saisir l'à-propos, roccasion, le moment précis où, l'intérêt et la curiosité ayant été graduellement excités jusqu'à un certain point, l'action peut s'arrêter, et la passion, le sentiment pur, peuvent se montrer et se dévelop^jer.

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