‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 11 sur 110 · M""^ SOPHIE GAY · texte numérisé non relu

M""^ SOPHIE GAY

M»* Sophie Gay, née Michault de Lavalette, élait née à Paris le 5 mars 1776. Son pure, homme de finances, attaché à la maison de Monsieir plus tard Louis XVIII), et sa mère, très-répandue dans le monde et célèbre par son esprit et sa beauté, lui firenldonnor l'éducation la plus brillante. On la disait spirituelle de naissance, et les agréments de sa personne ajoutaient encore au charme qu'elle exerçait autour d'elle. Sainte-Beuve raconte d'elle un trait d'esprit piquant: A l'une des cérémonies de sa première communion, la petite espiègle portait une robe traînante qui l'embarrassait, et elle était obligée de se retourner souvent pour la rejeter en arrière. Une de ses compagnes lui dit à ce propos: « Cette Sophie est bien ennuyeuse avec sa tête et sa queue: (( — Toi,çi nete gOnera pas, répliqua-t-elle, cartun'as ni tête ni queue.» A cette époque, il y avait des gens, dans l'entourage de la jeune fille, qui affirmaient qu'elle devait tout cet esprit à un baiser qu'à l'âge de deux ans elle avait reçu de Voltaire. S'il fallait de semblables accointances pour avoir de l'esprit, on pourrait demander quel démon avait embrassé Voltaire enfant.

M'i^dela Valette fut mariée en 1793 à un agent dschange,M. Liottierj mais en 1796, profitant de la loi sur le divorce, elle se sépara de son premier mari, et épousa M. Gay, receveur général du département de la Roër. A cette époqueSophie Gay fut très-répandue dans lemonde, et devint une des célébrités féminines du Directoire. Les mœurs de ce temps ont été plus tard fidèlement retracées dans ses romans, qui euxmêmes trahissent la nature simple et brusque de leur auteur, un peu portée à s'aflranchir des strictes convenances. Il est vrai qu'elle avait été aux premières places dans ce théâtre si curieux du Directoire, et qu'elle avait pu bien voir cette étrange société de l'ancien régime, de la Révolution et de la Terreur. Elle avait été une des commensales de M^i^Tallien, de U"'^ deBeauharnais, et l'une des habituéesdes concerts- Feydeau, où se dandinait l'incroyable fashioa d'alors. Et comme elle était l'une des plus distinguées d'entre les femmes de ce monde, elle n'eut pas de peine à mar«iuersa place dans les salons du Consulat et surtout de l'Empire.

« Au milieu des mille choses qu'une jeune femme, lancée dans le monde comme 'ille l'était, avait droit d'aimer à cette époque et à cet \gp, dit Sainte- Beuve, il en était une que M™' Gay mit dès l'abord sans hésiter au .'^^emie^ rang, je veux dire l'esprit, les talents, la louange et le succès qui en découlent. On la voit liée de bonne heure avec tout ce que la littérature et les arts offraient

M°ie SOPHIE GAY a

alors de distingué. Excellente musicienne, elle recevait des leçons de Méhul; elle composait des romances, musique et paroles. Le vicomte de Ségur avait pour elle une amitié coquette ; le chevalier de Bouflers lui apprenait le goût ; mais elle ne s'en tenait pas à des aperçus timides, et, sa nature l'emportant, elle prit bientôt la plume. Le premier usage qu'elle en fît fut d'écrire en faveur de la grande gloire controversée du jour, en aveur de M"* de Staël ^. '>

Ce n'est guère qu'après l'empire que M™« Sophie Gay s'occupa sérieusement de littérature. Elle publia plusieurs pièces de vers dont les meilleurs sont le Bonheur d'être vieille et l'élégie l'Inconstant. Parmi ses romances, la plus connue et la meilleure est celle de Mœris, dont elle fit également la musique. La voici :

Mais d'où me vient tant de langueur, Qui peut causer le tourment que j'ignore ? Près des objets de son bonheur Mon triste cœur hélas soupire encore

Quoi! ces bosquets, ces prés fleuris.

Dont j'aimais tant la fraîcheur, le silence, Ces chants d'amour de jeux suivis, Tous ces plaisirs n'étaient que sa présence?

Pourtant Zéphir est do retour, On dansera ce soir sous le feuillage ; Rien n'a changé dans ce séjour, Mœris lui seul a quitté le village !

Hélas combien je hais le jour

Qui l'éloigna de notre humble ermitage I

Tout renaîtrait dans ce séjour,

Si Mœris seul revenait au village.

Elle mourut à l'âge de soixante-seize ans. Sa mort, comme sa vie, fut celle d'une femme du monde. Elle s'était arrangée pour n'être jamais isolée. Ses amies la venaient voir à tour de rôle dans sa dernière maladie : on causait et l'on faisait de la musique autour d'elle. Et il en fut ainsi jusqu'à son dernier jour : « parce que, disaitelle en parlant de la mort, je n'aimerais pas que cette demoiselle me trouvât seule. »

1 S&iiUe-Beuve, Causeries, 26 avril 1852.

DUAULT (François-Marie-Guillaume)

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