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Duault naquit à Saint-Malo. Dès l'âge de dix-huit ans il adressa des vers à VAlmanach des Muses, dont il devint l'un des plus abondants pourvoyeurs. Rivarol écrivait à ce sujet : « VAlmanach des Muses lui doit la vie. » Quand vint la Terreur, Duault, qui était depuis seize ans dans l'administration de la marine, fut renfermé dans une maison d'arrêt. Ayant appris qu'il allait être transféré à Paris, il se porta un coup de poignard qui mit sa vie en danger pendant quelque temps, mais qui lui épargna sans doute de jéiir sur l'échafaid ; car entre ce coup de poignard et sa guérison, survint le 9 thermidor, et il fut mis en liberté. Peu après, l'administration de la marine lui offrit un poste de chef de bureau, d'où il passa aux affaires étrangères.
Les poésies qu'il écrivit dans ses loisirs lui ont assuré une place honorable parmi les poêles élégiaques. On trouve chez lui des sentiments vrais et naturels, de l'élégance dans l'expression et une certaine pureté de forme.
Son bagage poétique n'est pas bien important. Il a fait un petit volume intitule : Athcnaide ou les amours, un Poème des saisons e* diverses poésies. C'était un disciple de Parny. Il chantait les amours, mais en y mêlant des traits de passion véhémente, des peintures de guerre, des chants à Bacchus et du bndinage à la Voltaire, très-spirituel et très-gai. Il n'y a chez lui ni afféterie de langage, ni affectation dans les idées. Il a le plus souvent le terme propre et fuit la métaphore. Il dit tout simplement les canons, les baïonnettes, les pommes, au lieu du bronze des combats, acier qu'inventa Bayonne et fruits chirs aux amours. Les satires en prose qu'il écrivit sous la Terreur sont pleines de force et de traits hardis; il a un entraînement réellement poétique et cette ironie sanglante propre à la satire : « Il faut être parfois pendu par ses égaux, dit-il, pour que l'égalité vous devienne plus chère. »
Malheureusement aucune de ses pièces n'est complète. Ses morcer.ux éroiiques sont le plus souvent d'une finesse et d'une grâce charmaïUe. On pourra juger de ces diverses qualités par quelques vers choisis au hasard :
c Mais le signal se montre à mes yeui rassurés, Et l'audace a banni la prudence timide ; C'est l'amour triomphant, c'est l'amour qui me guide : Je m'élance ; le saut est francbi ; les degrés
DUAULT. Il
Sous mes pas, dans mon vol, sont à peine effl'^urt's. La flèche vers le but s'élance moins rapide. Portes ! tournez sans bruit tur vos gonds préparés, 0 bonlieur! je te vois; à tes pieds je me jette. »
Duault rime richement en général. Il se préoccupe de ces finesses de forme qui nous sont familières aujourd'hui, mais qui alors étaient ignorées.
Il mourut le 31 décembre 1833, à l'âge de soixante-seize ans.
LOYSON (Charles)
Charles Loyson, qui appartint longtemps à l'Université comme professeur au Lycée Bonaparte, et plus tard comme mal Ire de conférences à l'École normale, publia en 1819, une année avant sa mort, un volume de poésies intitulé Epitres et Elégies. Sainte-Beuve lui assigne un rang intermédiaire entre Millevoye et Lamartine, « mais beaucoup plus rapproché de ce dernier, par l'élévation et le spiritualisme habituel de ses sentiments, o
Ses meilleures qualités brillent dans la pièce intitulée l'Enfant heureux. Comme le chef-d'œuvre de Reboul, VAngc et l'Enfant, cette élégie est imitée de l'Allemand Grillparzer.
L'Enfant heureux.
Un ange aux plumes argentées, Au chevet d'un berceau qu'ombrageaient à demi Les ailes dans les airs moUements agitées, Planait d'un vol léger sur l'enfant endormi.
L'immortel incliné vers la douce ûgure,
Où brillaitun sourire et d'amour et de paix,
Comme au miroir d'une onde pure,
Croyait voir son image et contempler ses traits.
De cette illusion entretenant l'ivresse,
Yers la couche tranquille il approche, il se baisse.
Oh ! combien ce sommeil lui paraît gracieux !
Le pur souflle échappé de ces lèvres de rose
Respire le calme des cieux ; Sur ce front argenté l'innocence repose, Et son éclat céleste, en cercle radieux. Semble briller autour de ces boucles flottantes
Dont l'or en ondoyants replis,
Voile deux mains éblouissantes.
Jointes paisiblement sur un beau sein de lis.
L'immortel souriait à cette aimable image. Soudain son front pensif s'est voilé d'un nuage.