‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 15 sur 110 · MILLEVOYE · texte numérisé non relu

MILLEVOYE

Millevoye a encore écrit des dialogues rimes d'après Lucien, des tragédies, des traductions de VIliadc et des églogues selon la manière de l'abbé Delille, enfin quelques poëmes dont le plus important est celui d'Alfred roi de Danemark, auquel nous avons fait allusion plus haut ; mais rien dans ces différentes œuvres ne mérite une mention spéciale, si ce n'est peut-être VAniour maternel, petit poëme qui présente un tableau charmant imité de la Mère de famille de Greuze :

« Que j'aime à contempler cette mère adorée, De rejetons charmants avec g:âce entourée! L'un assiège son front, d'autres pressent sa main ; Tandis que le plus jeune, étendu sur son sein, Sans bruit cherchant la plaça où son amour aspire, Gravit jusqu'à la bouche où l'appelle un sourire. »

Un aussi bon flls que Millevoye devait trouver les accents du cœur pour chanter l'amour maternel.

Le recueil de ses œuvres complètes offre bien des pauvretés, mais rien qui parte d'un cœur corrompu, ni d'un esprit méchant. Il a pu dire :

« Jamais dans mes tableaux l'obscène nudité

Ne vient effaroucher la pudique beauté ;

Jamais surtout mon vers, qu'aucun fiel n'envenime.

N'immole un honnête homme au besoin d'une rime :

Je hais le satirique et son rire moqueur •. »

Impatient de réaliser ses conceptions, son premier jet était rapide, mais le plus souvent il portait l'empreinte d'un travail précipité. Il fallait retoucher, refondre, et le poëte n'arrivait pas toujours à éliminer de son travail toutes les incorrections qui s'y étaient glissées.

Si Millevoye ne contribua pas à préparer la grande révolution littéraire du dix-neuvième siècle, il eut au moins sur ses devanciers l'avantage d'être un poëte, et non un artisan de rimes plus ou moins habile.

• A M. D***, mon guide et mon ami.

LEBRUN (Pierre-Antoine^

Pierre Lebrun se présente entre deux Mécènes qui furent ses parrains : l'un sous le Directoire, François de Neufcliâteau, l'autre sous le Consulat et l'Empire, le comie Français de Nantes. Il dut à ce dernier une sinécure administrative qui lui donna la tranquillité d'esprit et les loisirs si nécessaires pour l'éclosion des talents et la poursuite de tout travail sérieux.

La carrière poétique de Pierre Lebrun s'ouvre par une aventure assez piquante. Peu de jours apiès la bataille d'Austerlitz (décembre 1805) l'Empereur lisait dans le Moniteur, à Schœnbrunn, une ode pinJarique portant la signature de Lebrun, dédiée à la grande armée, ode qui débutait ainsi :

« Suspends ici ton vol ; d'où vlens-tu, Renommée? Qu'annoncent tes cent voix à l'Europe alarmée? Guerre ! — et quels ennemis veulent être vaincus 'i Allemands, Suédois, Russes, lèvent la lunce ;

Ils menacent la France.

Reprends ton vol, déesse, et dis qu'ils ne sont plus. »

Napoléon crut que la pièce étai.t de Lebrun -Findare, chantre du Vengeur, qui cessait à peine de bouder l'Empire. Un brevet de six mille francs de pension viagère fut envoyé à l'ancien barde, qui habitait une chambre dans les combles du Palais-Royal. Le vieux poêle fut outré de celte méprise. Il ne pardonna pas ce succès à son jeune homonyme, et, pour s'en venger, il accepta la pension dont il fit toucher régulièrement les semestres jusqu'à sa mort. Le véritable auteur de l'ode s'égaya fort de l'aventure, du moins on l'a écrit, — mais il dut se contenter d'une pension de douze cents francs, qui lui fut du reste supprimée à la Restauration. A la mort de Lebrun-Pindare,il publia une belle ode en son honneur : noble vengeance !

Les douleurs de l'invasion et les maux de la patrie inspirèrent encore à Lebrun de beaux vers, parmi lesquels nous remarquons cette imitation du psaume Super flumina Babylonis:

« Songe à ce jour oîi soûs ses portes, La ville si chère à ton choix, Vit les étrangères cohortes Passer avec leurs chars, leurs drapeaux et leurs sacs

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