‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 16 sur 110 · LEBRUN · texte numérisé non relu

LEBRUN

Lorsqu'ils disaient : « Sapons ensemble Les monuments de sa grandeur ; Partageons l'or qu'elle rassemble.

Emportons ses trésors, sa gloire et sa splendeur. »

« Malheur à leur coupable audace I Malheur à leur coupable paix !

Malheur au dernier de leur race !

Heureux qui leur rendra les maux qu'ils nous ont faits ! »

Les mûmes sentiments d'un chaud palriotisme percent encore dans l'ode Amour de la patrie ;

« Qu'il est beau de briser les fers de sa patrie !

Ou vaincue et meurtrie Avec elle, du moins, qu'il est beau de mourir !

Non, un puissant État ne saurait être esclave, Non, dans l'ordre du monde, un peuple fier et brave Ne peut languir longtemps conquis et désarmé ; Non, sa chute du monde a rompu l'équilibre,

Son sort est d'être libre Pour rendre à l'univers son cours accoutumé. »

C'est lu un beau commentaire de l'axiome des anciens :

Dulce et décorum est pro pafvia mort.

Bien que P. Lebrun ait célébré dignementles hauts faits et les grands hommes de l'époque impériale, il n'obtint son premier grand triomphe poétique que sous la Restauration.

En 1817, l'Académie avait proposé pour prix les Avaniaçjes de l étude. L'épître de P. Lebrun remporta la palme, contre des émules tels que Xavier Saintine, Casimir Delavigne, Victor Hugo, Charles Loyson, enlevé de si bonne heure aux espérances des lettres, et enfin la princesse Constance de Salm « cachée parmi les concurrents, dit-on alors, comme Clorinde parmi les chevaliers de la Urusalem. » « Ce fut pour moi, dit-il, un grand honneur d'être nommé le premier dans un pareil concours. » C'était l'acheminement vers le grand succès théâtral de Marie Stuart, dont nous avons parlé dans notre précédent volume. . ,.,

P.Lebrun partit alors pour la Grèce. Il pensa, non sans raison, qu u trouverait dans le charme et la grandeur des souvenirs historiques une nouvelle veine d'inspiration, et, dans tous les cas, des sujets neufs et intéressants à traiter. 11 y amassa en effet un riche trésor d'impressions et d'images.

De retour en France, un grand événement, la mort de Napoléon a Sainte-Hélène, vint réveiller au fond de son cœur la vivacité de ses anciens sentiments et lui inspira ce chant de regrets et d'admiration rendu si louchant par une émotion sincère :

0 jours de ma jeunesse! 0 beaux et nobles jours,

Jours de printemps, jours d'espérance,

Que votre souvenir toujours

A sur mon âme de puissance !

A peine au sortir de l'enfance J'ai vu sa gloire naîlre et commencer son cours. Les sons qui les premiers ont frappé mes oreilles

Furent le bruit de ses exploits,

J'entendais partout mille voix D'Arcole et de Lodi raconler les merveilles. Lui-même à ma pensée apparaissait alors Beau comme ces héros dont elle était remplie

Et brillant comme l'Italie

Dont il avait conquis les bords.

Que de fois, ô Saint-Cyr, dans ton doux prytanée, Lui-même a visité notre enfance étonnée! Mes yeux, autour de lui fixés incessamment, Ne pouvaient se lasser de leur étonnement. Comme nous entourions de nos regards avides

Cet homme qui, si jeune encor, S'était assis vainqueur au pied des Pyramides

Et sous les palmiers duThabor!

Son front tout rayonnant de cent palmes nouvelles,

De cent triomphes inouïs, Ce regard héroïque et chargé d'étincelles

Qui frappait nos yeux éblouis ; Ce vêtement si simple et ce visage austère

Si doux, hélas! en souriant.

Et ces fiers mamelouks, cortège militaire.

Qui me figurait l'Orient :

Tout attachait mon cœur d'un lien invincible. Et celui que les rois ne voyaient que terrible, Ceint d'éclairs, entouré de drapeaux triomphants, Il venait au milieu de ses heureux enfants Reprendre de son front la majesté paisible. Qui ne l'aurait aimé ce tuteur glorieux ?

Pierre Lebrun fit ses adieux à la poésie en donnant un poëme sur la Grèce, qui parut en 1828, sous le titre modeste de Voyages de Gi'éce. Il célébra, il peignit cette patrie encore esclave, mais dont la délivrance était proche, avec une chaleur de sentiments et une vivacité de coloris qui gagnèrent à sa cause de nouveaux amis et lui en ramenèrent d'anciens. Il se trouva ainsi, par son talent sur-

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