SAINTE-BEUVE. H
Ils ont (ous doux, par la suite, préféré retomber et ne plus souffrir.
Du reste, Sainte-Ueuve a-t-il élé, mûme un moment, en possession de l'idéal religieux dont il parle plus haut? Un homme qui avoue n'avoir jamais aimé d'amour sans mensonge a-t-il bien pu gravir l'échelle mystérieuse qui de la terre monte au ciel?
L'aveu est formel; il est adressé à Ulric Guttinguer:
« Mais, comme un flot nouveau chasse le flot sonore, Com.iae passent des voix dans un air embaumé, Comme l'anbe blanchit et meurt à, chaque aurore, Ainsi rien ne durait. .. et je n'ai point aimé I
Non, jamais, non, l'amour, l'amour vrai, sans mensonge, Ses purs ravissements en un cœur ingénu, Et l'unique pensée où sa vertu nous plonge. Et le choix éternel. .. je ne l'ai pas connu I »
Déranger, un autre ami de Sainte-Beuve, ne s'est pas trompé sur la conversion du poète. Il tient à lui dire finement qu'il n'y croit point.
« Vos touchantes Consolatio7iif, lui écrit-il, m'ont pénétré l'âme, et je me réjouis maintenant du calme de la vôtre. Il faut pourtant que je vous dise que moi, qui suis de ces poètes tombés dans l'ivresse des sens dont vous parlez, mais qui sympathise môme avec le mysticisme, parce que j'ai sauvé du naufrage une croyance inébranlable, je trouve la vôtre un peu affectée dans ses expressions. Quand vous vous servez du mot Seigneur, vous me faites penser à ces cardinaux anciens qui remerciaient Jupiter et tous les dieux de l'Olympe de l'élection d'un nouveau pape. Si je vous pardonne ce lambeau de culte jeté sur votre foi de déiste, ]c'est qu'il me semble que c'est à quelque beauté tendrement superstitieuse que vous l'avez emprunté par condescendance amoureuse. »
Le chansonnier populaire termine sa lettre par une pensée de critique qui aaussi beaucoup de justesse : « L'éloge commun à Joseph Delorme et aux Consolations, éloge qui restera, dit-il, c'est de nous offrir un genre de poésie nouveau en France : la haute poésie des choses communes de la vie.
Sept ans s'écoulèrent entre les Consolations et les Pensées d'août (1837). Ce troisième recueil, dont le titre est tiré de la première pièce, exprime la disposition habituelle où se trouvait l'auteur et sa prétention de créer un genre qu'on pourrait appeler moyen. Le poète aurait désiré ne pas trop rester poète et ne pas devenir trop prosaïque non plus. Il entremêle, en conséquence, le récit domestique et moral de chants inspirés par l'amitié et « d'épîlres à demi critiques ». Déjà il avait touché à ce genre dans la pièce IX des Consolations, John Kirkby. Il y entre pleinement dans l'épître à MM. Villemain et Patin. Par l'épître A Boileau et par l'anecdote de Maria, ajoutées à la seconde édition des Pensées d'août, il est tout à fait dans cette double pensée , et, selon ses propres expressions, il offre un échantillon final très-net de ce qu'il aurait voulu. »
En parlant de 3Ionsieur Jean dans les avertissements de la réimpres-